24 novembre 2009

Partie 1

Chapitre 5 : Les Autres

Novembre était arrivé et les feuilles des arbres étaient presque toutes tombées, arrachée par des bourrasques froides sur fond de ciel d’acier. Arisa lança un soupir. La moindre chose portée par le vent l’attirait plus que son devoir maison de physique. Assise à une table du CDI avec Asuka et Naru, seulement occupé de quelques élèves qui discutaient ou travaillaient, elle jouait distraitement avec son stylo, le regard perdu en direction des fenêtres.

Le loup avait envie de sortir s’amuser. Et elle sentait que sa partie humaine le désirait presque autant. Elle tourna la tête vers ses deux amies et leur lança un regard rempli d’innocence :

-Et si on allait se balader ?

-On a du travail à finir, répliqua Asuka qui était elle aussi plongée dans des exercices impliquant des chiffres associés à des symboles bizarres et farfelus.

-Alllezzzzz ! Insista Arisa en lançant son regard de chien battu. Juste histoire de se dégourdir les jambes !

-Les « jambes » ou les « pattes » ? Demanda Naru d’un ton soupçonneux.

Naru sentait aussi un peu la peur et la colère. Arisa s’aperçut alors qu’elle massait machinalement le bandage qu’elle portait à la main depuis bientôt 2 semaines et demie. Elle retira presque aussitôt la main en grinçant les dents.

Arisa savait qu’elle n’aimait pas ces histoires de transformation, qu’elle trouvait ça dangereux et complètement insensé. Elle pensait que « Mimiko et elle devrait arrêter de se transformer et chercher s’il existe un quelconque vaccin, comme pour la rage ».

Elle n’avait guère apprécié la comparaison par ailleurs. Et il lui semblait impensable, maintenant qu’elle y avait goutée, d’abandonner cet incroyable sentiment de force et de liberté totale. Naru ne savait pas ce que c’était. Elle n’avait jamais courue dans la fraîcheur nocturne où tout était plus beau, où l’air pétillait d’odeur exquise, où la lumière se diffusait presque de façon mélodieuse et ténue, caressant la surface de toute chose en silence et en douceur.

Lui ôter tout ça, ce serait comme lui mettre une muselière avant de l’enfermer dans une cage d’où elle ne pourrait voir la lune qu’à travers d’épais barreaux.

Le loup en elle grogna à cette idée et menaça Naru de l’intérieur. Extérieurement, Arisa s’était redressée, levait le menton et un son presque inaudible sortit du fond de sa gorge. Elle avait encore du mal à contrôler ça… Mais c’était toujours mieux que Mimiko qui ronronnait quand elle était contente.

Si, si, véridique.

D’ailleurs la panthère était en retard.

-Fait attention Arisa, ya ta queue qui est sortie, lança Asuka d’un coup d’œil vers le manteau de la louve qui, posée sur le dossier de la chaise, laissait apparaitre un pinceau de poil clair.  .

-OH PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! Lâcha la jeune fille en se retenant de ne pas se lever et ainsi montrer à tout le monde, l’appendice qui n’avait pas lieu d’être.

Evidemment, le seul jour où elle avait décidé de mettre une jupe… Mais bon, ça lui permettait de mettre aussi ces superbes bottes qu’elle s’était achetée

-Tu devrais faire plus attention, la réprimanda Naru alors qu’elle essayait tant bien que mal de faire disparaitre cet attribut canin.

Ca aussi, ça arrivait de temps en temps. Lorsque le loup cherchait à sortir et que l’humain résistait, elles se transformaient à moitié. Leurs cordes vocales pour les ronronnements et les grognements, parfois leurs oreilles, parfois leurs yeux… Mais bon, cela restait généralement discret quoiqu’un peu déroutant.

La queue disparut, Arisa sentit alors l’odeur caractéristique, forte et encore un peu écœurante pour elle, de Mimiko envahir la pièce.

-Un problème ? Lança cette dernière, encore emmitouflée dans un gros manteau beige.

-C’est réglé, expliqua Arisa. Viens t’asseoir !

La brune ne se le fit pas dire deux fois et pris place autour de la table, regardant d’un air dégoutés les exercices de physique.

-… Je vois que vous vous amusez bien…

-On t’attendait, expliqua Asuka en fermant son cahier. Alors ?

Mimiko avait dû se présenter à un interrogatoire de police ce matin, tout comme ses amies qui avaient été convoquée tout le long de la semaine.

-Ca y est, l’affaire est bouclée : ils ont conclu que les deux policiers avaient été tués par des bêtes sauvages. Par contre ils vont continuer à patrouiller dans le secteur… Soupira Mimiko avant de se tourner vers Arisa : Il va falloir trouver un nouveau territoire…

Arisa hocha la tête gravement.

-Je me sens mal tout de même pour ce pauvre policier qu’on a essayé de sauver… Sans succès… Commenta Naru en baissant tristement la tête.

-Tu as fait de ton mieux, temporisa Arisa en voyant que Mimiko et Asuka était gênée par ce sujet.

Naru fit un signe de la tête et recommença à se malaxer son bandage. S’en apercevant, Mimiko fronça les sourcils :

-Naru, tu as encore mal ? Demanda-t-elle, continuant à se sentir mal à ce sujet.

-Je sais pas pourquoi, mais ça m’élance… Ca me brûle… Ca a dû s’infecter avec toute la boue de ce jour là… Il faut dire que j’étais tellement inquiète pour le policier que j’ai même pas pensé à me bander ou à désinfecter…

-Ca brule, tu me dis… Ca m’inquiète, moi aussi ma morsure me brulait…

-Oui, mais moi j’ai pas été mordu, s’empressa d’ajouter la jeune fille, à présent anxieuse.

-On sait pas si c’est uniquement avec morsure, répliqua Arisa. En fait on sait rien du tout sur nous… Peut être que les griffures ont le même effet…

-Oh non… Oh non… Mimiko, dis moi que ce n’est pas vrai ! Je ne veux pas me transformer en bête féroce !

-Comme l’a dit Arisa, on en sait rien… Et puis on n’est pas des bêtes féroces !

Naru lui lança un air désabusé et réprobateur en guise de réponse.

-Cependant… Je viens de me souvenir de quelque chose… Continua Mimiko.

-Quoi ? Fit Arisa.

-Lorsque j’ai été mordu, on m’a emmené à l’hôpital et j’ai rencontré un médecin très gentil qui m’a dit de retourner le voir si ma blessure me brûlait… Quand ça a été mon cas, j’ai pas fait le rapprochement… Mais il m’a aussi demandé il me semble s’il ne s’était pas passé des choses bizarres… Je me demande s’il n’est pas au courant de quelque chose.

-Tu m’en as jamais parlé, réalisa Arisa.

-J’avais pas fait le rapprochement ! Et puis j’ai une mémoire sélective, que veux-tu !

-Ah ! Ce serait tellement bien si un médecin savait ce qui VOUS arrivez ! S’exclama Naru en insistant pour ne pas s’intégrer dans cette histoire.

-Hm… Oui… Mais je ne connais pas son nom… Avoua Mimiko, un peu piteuse. Mais ça peut peut être se trouver… A votre avis : est-ce que je peux utiliser un des ordis du CDI ?

-Je vais t’inscrire à mon nom, fit Arisa en se levant pour aller s’inscrire sur le cahier se trouvant au bureau des documentalistes, invoquant une hypothétique recherche sur le milieu hospitalier pour les cours de SVT.

Pendant ce temps là, Mimiko s’installa devant un ordinateur, entourée d’Asuka et de Naru entra sur Google le nom de l’hôpital. Elle chercha alors la liste des praticiens, regardant particulièrement leurs horaires, se souvenant que l’homme lui avait expliqué qu’il était de garde la nuit. Elle s’arrêta finalement sur un nom qui semblait correspondre.

-Le docteur Kyogane Aoba… Tiens, je n’avais pas réalisé qu’il était asiatique… Songea à voix haute la brune.

-C’est lui ? Demanda Naru.

-On dirait… Mais il n’y a pas de photo, alors je peux me tromper.

-Alors ? Tu pense qu’on devrait aller le voir ? La questionna Arisa qui s’était penchée sur son épaule.

-On ne perd rien à le faire, répondit Mimiko.

Elles se décidèrent alors sur une date et une heure pour rendre visite au mystérieux docteur, en espérant qu’il aurait des réponses à leurs questions.

Elles ne s’attendaient cependant pas à ce qu’elles allaient entendre.

***

Posté par Mkat à 21:16 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


27 novembre 2009

Partie 2

***

Naru s’excusa en arrivant la dernière devant l’hôpital : elle avait ratée le bus comme avait pût le constater ses amies qui s’étaient donnée rendez-vous à l’arrêt.

La façade du bâtiment administratif de l’hôpital Purpan se tenait devant elles, dans sa brique d’un rouge fané que l’absence de soleil ternissait en ce samedi après-midi. Les jeunes filles firent alors un tour à l’accueil pour connaitre la situation géographique du bureau qu’elles recherchaient, sachant très bien que ce complexe pavillonnaire était labyrinthique. Elles finirent par trouver le bon bâtiment après un quart d’heure de recherches _valait mieux ne pas être agonisant ici_  et la gorge de Naru se noua.

Bien qu’elle mette un point d’honneur à paraitre confiante au sujet de ses blessures, au fond d’elle, elle était paniquée et marchait presque à reculons… Il ne fallait pas chercher bien loin la raison de son retard. Elle espérait secrètement maintenant que cet homme ne sache rien et se révèle incapable de dire si oui ou non elle allait se transformer en bête féroce assoiffée de sang.

Elle revoyait dans sa tête la panthère feulant, découvrant ses crocs cruellement tranchants dans un cri de pure rage. Et la louve, les babines relevée sur sa mâchoire crispée, un grognement menaçant montant de sa gorge. Elle essayait cependant d’oublier toute la scène accompagnée d’hémoglobine, bien que l’image du policier qu’elle avait soutenu durant toute la traversée du bois jusqu’à une ambulance, ses mains fermement serrée contre le bandage de son cou, essayant de limiter le sang lui coulant sur la main, restait ancrée dans sa mémoire.

Elle se sentait d’autant plus malheureuse que malgré ses efforts, il avait succombé.

Augmentant de un le nombre de meurtre proféré par son amie, même si elle et Asuka était sous le sceau du secret. Pour Arisa, c’était différent. Mimiko lui faisait entièrement confiance, ce qui d’ailleurs ne manquait pas d’étonner les deux autres filles.

Non pas qu’Arisa n’était pas digne de confiance, mais Mimiko et elle ne se connaissait que depuis le début de l’année scolaire, à peine quelques mois, et se comportaient déjà comme des sœurs.

Un truc de bête apparemment.

Arisa avait appelé ça « la meute ».

Naru s’arrêta, manquant de rentrer dans cette dernière qui avait freiné des quatre fers à quelques mètres de la porte arborant la plaque dorée indiquant le nom du Docteur Kyogane Aoba.

-Tu ne sens pas Mimiko ?

La brune se mit à renifler l’air sans beaucoup de conviction, avant de faire une grimace confuse.

-Désolé, je sens que toi…

-Ca sent quelque chose de bizarre… C’est moins fort que toi, plus faible… Mais ce n’est pas celle d’un Homme… Je n’ai jamais senti ça…

La porte s’ouvrit soudain, laissant apparaitre un homme plutôt jeune : il devait avoir dans la vingtaine, peut être la trentaine… Ses cheveux noirs étaient soigneusement coiffés sur son visage à la mâchoire carrée, il portait une grande blouse blanche, et dessous un pull en V beige assorti d’un pantalon ocre coupé droit. 

Ses yeux exprimèrent l’étonnement, puis ses sourcils se crispèrent légèrement, formant des petites rides sur son front, tandis que dans ses yeux, une lumière s’éteignit pour devenir ternes et tristes.

-Alors c’est donc vous la cause de tout ce bazar… Lâcha-t-il en s’effaçant contre la porte pour les laisser entrer.

Arisa et Mimiko se raidirent légèrement, mais l’homme leur adressa un sourire qui estompa toute impression de tension.

Cet homme était au courant, et pire : il était l’un deux ! Réalisa Naru en passant avec méfiance devant lui.

Méfiance qu’il ne semblait pas mériter, il dégageait tellement de douceur que son imposante silhouette carrée en devenait sympathique. Elle rejoignit Mimiko, Asuka et Arisa prés de son bureau, s’asseyant sur le canapé d’auscultation prés de cette dernière. Il ferma la porte derrière lui et à la place de prendre place dans son fauteuil, s’assit sur un coin de son bureau.

-Est-ce que vous vous souvenez de moi ? Demanda finalement Mimiko. J’ai été admise aux urgences après avoir été mordue par un chien…

-Bien sur, j’ai espéré que vous ne reviendriez pas me voir… Ces chiens sont une telle nuisance… Alors c’est vous le foyer de contamination ?

-Pa… Pardon ? Grimaça la brune.

Naru trouva aussi le terme étrange et craignit un instant qu’ils ne parlaient pas de la même chose.

-C’est à moi de m’excuser, je m’exprime mal et vous n’avez sûrement aucune idée de ce qui vous est arrivé, s’excusa le Docteur Kyogane en hochant la tête avant de reprendre : commençons par le début : Je m’appelle Kyogane Aoba, je suis docteur dans cet hôpital, mais je suis aussi un Changeur.

-Un « changeur » ? Répéta Asuka.

-Oui… Comme vos deux amies, je possède deux formes : une forme humaine et une forme animale. La forme animale représente, d’après certaines légendes, son totem, ou alors son ancienne incarnation. Elle varie selon chacun, allant du plus petit insecte au plus grand mammifère terrestre, passant par l’oiseau et par les mammifères marins.

-Alors on peut ne pas se transformer en loup ou en lion ? Intervint brutalement Naru.

Elle commençait déjà à respirer mieux. Si elle devait se transformer, elle préférait que ce soit dans la peau d’un animal pacifique.

-Bien sur. Dans notre monde, nous différencions quatre, voire cinq, types de changeurs : les carnivores, les herbivores, les oiseaux et les marins. Voire, anecdotiquement, les insectes. Généralement, on peut deviner dans quelle catégorie se trouve une personne en fonction de son comportement. Les carnivores sont des prédateurs, des personnes au caractère très tranché et bien trempé, d’une certaine façon, ils sont fait pour prendre des décisions et ce sont des meneurs, à leur façon, ils sont dangereux, sans être pour autant des meurtriers ou des voleurs. On trouve par exemple de nombreux hommes d’affaires dans cette catégorie. Vous connaissez le dicton : « l’homme est un loup pour l’homme. »… Ensuite les mammifères : ce ne sont pas pour autant que des moutons, bien qu’il y en ait beaucoup, ce sont des personnes au caractère plus souple, plus craintif aussi, aimant vivre en compagnie et se fiant aux décisions des autres. Ils sont la catégorie la plus représentée. Les oiseaux et les marins sont, eux, des légères déclinaisons de ces deux catégories…

-Et les insectes ? Demanda Asuka, curieuse.

-Les insectes sont très rare, représentatif d’une personnalité insignifiante, si je puis dire. Comme exemple… hm… Il y a eu le cas de ce japonais qui passait sa vie à travailler, il s’est transformé en fourmi. Malheureusement… Il a vite quitté notre monde après s’être transformé dans un carrefour de Tokyo… (Le docteur fit une légère grimace) Ah oui, et aussi ce cas qui a défrayé la chronique pendant plusieurs mois : Une femme, qui passait son temps à se marier et a tuer ses maris pour amasser une fortune qui ne lui servait à rien, s’est, elle, transformée en mante religieuse. C’est comme ça d’ailleurs qu’elle s’échappait de prison…

-Quel horreur… Lâcha Naru, les mains crispées par sa peur qui était à présent revenue.

L’idée qu’elle puisse se transformer en insecte la révulsait. Elle se mit à détester un peu Mimiko et Arisa qui écoutaient l’homme sans se faire du souci, buvant ses paroles avec intérêt. Elles, elles savaient déjà ce qu’elles étaient. Contrairement à elle. Cependant, avant qu’elle se mette à chercher si elle n’avait pas vécu de façon vaine, elle se secoua en se rappelant qu’elle n’était même pas sure de se transformer. Il était inutile de mettre la charrue avant les bœufs, ainsi, elle s’efforça de se calmer.   

-Alors nous sommes nombreux ? Le questionna Mimiko. Jusqu’ici, on avait l’impression d’être les seules…

-Nombreux… Nous représentons 5% de la population humaine et nous sommes dispersés dans toute la planète. En tout anonymat évidemment. Il est important que les Hommes ne sachent rien de notre existence, insista le Dr Kyogane en fixant Asuka et Naru. 

-Pourquoi, vous mangez des humains ? Demanda faiblement cette dernière.

-Bien sur que non ! Nous sommes aussi humains : ce serait comme du cannibalisme ! Non, la raison est que l’Homme a toujours eu peur de ce qui était différent de lui. De plus, nous avons quelques exigences qu’ils ne sont pas en mesure de comprendre… Et puis la moitié d’entre nous sont pourvus d’une force, d’une vitesse, d’une acuité sensorielle au double de ce que eux ont. Et puis, nous sommes… Très contagieux.

-Ah ! C’est la raison pour laquelle nous sommes venus vous voir ! Annonça Arisa. Mimiko a, sans le vouloir vraiment, griffé la main de Naru et celle-ci dit que ça la brûle. Nous nous inquiétions pour elle.

-Le virus ne se contracte pas par les griffures, répondit aussitôt le docteur.

Naru se sentit soudainement mieux, libéré d’un lourd fardeau qui s’était posé sur ses épaules. Maintenant qu’elle savait qu’elle ne courait plus aucun risque, elle pouvait considérer sereinement les deux nouvelles « changeuses ».

-Cependant, je trouve que la brûlure est étrange, je ferais mieux de faire un test au cas où, ajouta t’il en ouvrant un tiroir d’où il sortit une seringue. Puis je vous prendre un peu de sang ?

Naru hocha la tête et découvrit l’un de ses bras pour qu’il puisse y poser un garrot et y piquer son aiguille.

-Vous parlez d’un virus ? C’est vraiment une maladie alors ? S’étonna Arisa.

-Pas vraiment. Ou alors une maladie encore inguérissable. Une fois que le virus entre dans un corps sain, il se multiplie en moins d’un mois, de façon à contaminer chaque cellule du corps. Le virus est cependant inactif a part pendant la période de multiplication, ce qui explique la brûlure : il est inoffensif du point de vue de notre santé, et même les globules blancs et toutes les défenses auto-immunitaires l’ignorent. C’est en contact avec des hormones ou des neurotransmetteurs qu’il devient actif, entrainant tous les autres virus présent dans le corps et causant la transformation.

Pendant qu’il leur expliquait cela, il pompa un peu de sang dans le creux de l’épaule de Naru et se tourna vers une table de travail où il attrapa des flacons. Il se tourna finalement vers elles, un bécher rempli d’une substance bleutée dans les mains.

-Je suis désolée mademoiselle, mais vous avez été contaminé quand même.

-QUOI ?!

Naru avait l’air d’un poisson hors de l’eau tandis qu’elle sentait son univers s’écrouler devant elle à cause d’un liquide bleu pâle chimique.

-Mais je croyais que les griffures… Commença-t-elle avant de s’arrêter, sentant son sang se retirer de sa tête et le monde tourner autour d’elle.

-Il faut l’allonger ! S’aperçut Kyogane en se précipitant vers elle.

Arisa se leva brusquement de sa place pour laisser le Docteur allonger la jeune fille pâle comme un morte le long du canapé en cuir noir.

-Voila, calmez vous et respirez, lui dit-il d’une voix douce.

-Mais les griffures…

-Les griffures ne contaminent pas. Le virus peut être uniquement propagé par la salive, le sang, la lymphe ou les fluides sexuels. Bien, sur, il faut que ces liquides pénètrent votre corps, si du sang infecté coule sur votre peau, vous ne risquez rien, mais s’il entre par une blessure ou si vous le léchez par exemple, il y aura contamination. Ainsi, une morsure provoque immédiatement contamination car la salive infectée est en contact avec le sang. La contamination par le sang est la plus rapide, elle prend moins d’un mois, le reste est plus long. En gros, si vous m’avez compris, vous vous apercevez à quel point le fait d’être un changeur vous éloigne des Hommes. Il vous faudra vérifier maintenant scrupuleusement que tout vos couverts de table ne soient pas utilisé par d’autre, arrêter de boire directement à la bouteille, mais dans un verre… Je tiens à préciser ce fait car même si vous utilisez une paille pour boire une cannette de soda, vous ne devez en aucun cas permettre à d’autre de boire dedans. Ne laissez personne toucher vos blessures… Et évidemment plus de baisers ou de relations sexuelles à moins que la personne soit consentante et ait pris toute la mesure de ce qu’elle va devenir.

-Génial… Comme si c’était déjà pas assez difficile de trouver un petit ami… Grommela Mimiko du haut de sa chaise. Au fait, j’ai une question : les chiens qui nous ont attaqués Arisa et moi…

-Ce n’était pas des changeurs, la coupa Kyogane en comprenant ce qu’elle voulait lui demander : les animaux peuvent aussi contracter le virus, mais celui-ci a un très mauvais effet sur eux : il les rend complètement fou et incontrôlable. C’est pour ça qu’a chaque fois que vous chassez, vous avez ordre de tuer l’animal. Si celui-ci s’enfuit, il risque de contaminer de pauvres passants… Comme ça a été le cas pour vous…   

-Je me demande comment font les changeurs… Ca doit être horrible d’être toujours sur ses gardes et de ne pas pouvoir se relâcher ? Songea Asuka.

-C’est pour cela que nous vivons en meute, répondit le Dr Kyogane.

-En meute ? Répéta Naru qui reprenait petit à petit ses belles couleurs dorées, bien qu’elle assistait à tout cela avec détachement, comme coupée de la conversation par une glace, attrapant des bribes de paroles par ci, par là, le corps froid et raide.

-Mimiko fait partie de ma meute, répondit automatiquement Arisa avant d’apercevoir sur le visage du docteur un sourire triste.

-Oui, il est temps que je vous parle de ça aussi. Si vous avez remarqué, depuis le début, je vous parle d’exigences particulières, de devoirs, d’obligations… Sachez qu’à partir du moment où vous êtes devenus changeurs, vous n’êtes plus uniquement sous le contrôle des lois du pays où vous vivez, mais aussi, et surtout vous dirons certains qui renient même le pouvoir des Hommes, sous les lois des changeurs. Car nous avons des lois qui nous permettent de vivre au milieu des Hommes sans être découvert, et des chefs pour les maintenir. En France, toutes les meutes sont plus ou moins sous le contrôle de la Meute de la forêt des Cévennes. Et en Europe, toutes les meutes sont sous le contrôle de la Meute de la forêt de Bavière en Allemagne.

-Les meutes sont forcément liées à une forêt ? S’étonna Asuka.

-Une meute est liée à son territoire. La notion de territoire est une chose très importante (et Mimiko et Arisa hochèrent la tête), c’est ce qui fait que nous sommes peu nombreux, car plus nous sommes, plus nous avons besoin de territoires, contrairement aux Hommes qui peuvent se contenter d’un 2 pièce minuscule. Une forêt est un territoire idéal, car elle offre une cachette, une réserve de gibier pour les carnivore, de la végétation pour les herbivore, et le plus souvent un coin d’eau clair pour s’abreuver. Et pour finir, elle est généralement assez grande pour contenir toute la meute. Malheureusement, il y a de moins en moins de forêt et le nombre de Meutes est limité aux forêts. Evidemment, il y a quelques regroupements de changeurs qui vagabondent de ville en ville, généralement pas plus de six individus. Et il y a des solitaires comme moi, qui s’installent dans un coin et se font discrets… Mais la meute me manque. Avoir une meute c’est très agréable, c’est comme une famille : on se sent à sa place, aimé et protégé.

-Pourquoi vous ne retournez pas dans votre meute alors ? Fit Arisa.

-Je ne peux pas. Je me suis enfui. C’est très dur de s’enfuir d’une meute… Ou plus précisément, de s’arracher à l’emprise de l’Alpha.

-L’Alpha ?

-Oui, parce que dans chaque meute, il y a un chef qu’on appelle l’Alpha. C’est le plus fort, il a dû se battre avec les autres pour avoir ce titre. Du moment qu’il est Alpha, le changeur a une certaine emprise sur les autres, par exemple, il est très difficile de lui désobéir. Mais le revers de la médaille, c’est qu’il passe son temps à être inquiet pour les membres de sa meute, à la limite de la paranoïa.

-Bouh… J’aimerais pas être alpha… Conclut Arisa. Notre meute à nous : elle n’en a pas besoin !

-Vous n’avez pas de meute à vous pour l’instant, répliqua gentiment le Dr Kyogané, pour l’instant, ce n’est que des balbutiements de meute. De plus, ne le prenez en aucun cas mal, je vais m’exprimer comme le feraient certains changeurs, vous n’êtes que trois jeunes femelles sans expérience. C’est déjà un miracle que personne ne vous ai senti. Actuellement, vous êtes en danger sans mâles pour vous protéger.

-NON MAIS C’EST PAS VRAI !!! S’insurgea Arisa, le visage et les oreilles rouge écarlate. C’est quoi cette vision machiste ?!

-La plupart des animaux sont machistes, pour reprendre vos mots, ricana légèrement Kyogané.

Mimiko n’avait pas l’air plus heureuse que son amie, et des grognements grésillaient dans l’air. Asuka soupirait, elle aussi désespérée. Arisa bouillonnait de rage, trépignant légèrement sur place.

Naru dû faire un gros effort de concentration derrière sa glace pour comprendre ce qui se passait, mais même après, elle était incapable de réagir, se sentant soudainement toute molle, toute lasse, laissant le soin au premier intéressé de la prendre totalement en charge et de la trainer derrière lui. Entretemps, Kyogane avait repris la parole :

-Ca a beau ne pas vous plaire, je dois vous apprendre certaines règles, qui certes, sont les lois de la jungle. Croyez moi, vous serez plus heureuses au sein d’une Meute qui vous protégera, qu’à la merci des vagabonds dont je vous parlais tout a l’heure et qui jouisse d’une très mauvaise réputation.

-Vous croyez qu’on est pas capable de se défendre seules ? Grogna Mimiko.

-Vous n’en avez aucune idée, vous ne vous êtes jamais battus contre un autre changeur, qui plus est, mâle… Alors imaginez qu’il y en est toute une bande… Je connais bien l’alpha de la Meute du parc national des Pyrénées, même si ce n’est pas la plus proche, c’est un homme bien, si je lui parle de vous je suis sure qu’il acceptera de vous prendre…

-Hors de question !

-Pareil !

-Quoi ! Vous voulez les expatrier dans les Pyrénées ?!?

-Sinon c’est les Cévennes, mais je n’apprécie pas trop Samuel Clear, c’est un ours, au sens propre, comme au figuré.

-Samuel Clear ? Comme le Samuel Clear PDG de la plus grosse boite de pharmaceutique européenne ??? S’exclama Asuka. C’est un changeur ?!

-Oui, il a beaucoup d’influence sur le gouvernement. Mais moi je ne l’aime pas.

-De toute façon, la question est réglée, il est hors de question que je quitte ma famille pour partir vivre dans une forêt ! Encore moins sous les ordres d’hommes que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam ! Répliqua Arisa, toujours remontée.

-Tu mets ta famille en péril ainsi…

-Nous ferons très attention !

-Tu ignores ce à quoi tu t’engage à faire face.

Arisa lui répondit d’un sec grondement.

Asuka se leva soudainement de sa chaise, semblant réaliser qu’il valait mieux réagir. Naru s’en voulut faiblement de ne pas lui être d’un grand secours, mais bon, là, elle était hors service.

-Bon, bien, je crois qu’il va leur falloir réfléchir à tout ça : Ca fait beaucoup d’informations pour une seule journée ! Affirma Asuka. Alors on va rentrer et puis on reviendra un autre jour !

-Ouais, maugréa Arisa en obligeant Naru à tenir sur ses jambes.

Mimiko se leva à son tour et s’aperçut que le docteur lui tenait un petit carton blanc. Il avait l’air très soucieux.

-Voici ma carte avec mon numéro de téléphone. N’hésitez pas à m’appeler. Et surtout, ne prenez pas à la légère ce que je vous ais dit : vous êtes une proie facile, le danger est bien réel et vous pourriez regretter de ne pas avoir intégrer une meute aux mœurs correctes.

Arisa grimaça, mais Mimiko, dont les yeux étaient plongés dans ceux de l’homme, s’empara quand même de la carte et lui murmura un rapide merci.

purpan_zoom

Posté par Mkat à 10:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

12 février 2010

Partie 3

***

-Ca y est ? T’es remise de tes émotions ? Demanda Asuka en la regardant fixement.

Deux semaines avait passé depuis qu’elles étaient allées rendre visite au Dr Kyogane et entre les cours de chacune, les punitions des autres (Leurs parents les avaient évidemment punie pour ce qui s’était passé dans la forêt), elles n’avaient pas vraiment eu le temps de discuter entre elles. Ce qui arrangeait bien Naru, car moins on lui rappelait cette visite, mieux elle se portait. Elle se contentait dans le déni total et basait tous ses espoirs sur une hypothèse à laquelle elle avait réfléchie pendant plusieurs nuits d’insomnie :

-Arisa a été contaminée il y a presque quatre ans et elle a réussi à vivre normalement sans se transformer, expliqua Naru.

-Hm… Normalement, je sais pas, tempera Asuka. Et puis elle a fini par craquer… D’ailleurs t’as l’air plutôt tendue…

Naru ne répondit pas, quittant son sourire crispé. Tendu était un euphémisme : elle avait l’impression qu’elle allait exploser d’une seconde à une autre, telle une bombe à retardement. Elle était énervée et son cerveau semblait sauter d’une pulsion à une autre de façon incontrôlée. Des pulsions totalement à l’opposée avec son comportement habituel.

D’habitude, se promener dans le centre de Toulouse lui plaisait et elle était habituée au monde, mais aujourd’hui, elle ne supportait pas de se cogner sans cesse aux gens, de les sentir envahir son espace personnel. Alors à certains moments elle avait envie de hurler sur les passants, à d’autres, elle avait envie de s’enfuir et de courir loin loin loin, et puis… Et cette pensée l’effrayait plus que toutes les autres : elle avait envie de se jeter sur eux pour les mordre…

Et plus elle essayait de se contenir, plus ces pulsions devenaient erratiques et la mettait à cran.

-C’est ta cinquième semaine n’est ce pas… ? Lança brutalement Asuka.

-… Quand nous rejoigne Arisa et Mimiko ? Demanda la brune pour changer de sujet.

-Une demi-heure, Mimiko est encore en contrôle commun et Arisa doit prendre le train. Mais est ce que c’est vraiment une bonne idée ? Je veux dire… T’as vraiment pas l’air bien.

-C’est rien.

Asuka se mordit la lèvre, ennuyée pour son amie, cependant elle choisie d’abandonner la partie : Etre têtue semblait être une deuxième nature dans leur groupe.

Elles continuèrent donc à flâner dans les boutiques à la recherche de cadeau de Noël, Asuka étant décidée à trouver ceux d’Arisa et de Mimiko avant qu’elles n’arrivent. Bien que ce n’était pas encore Décembre, les vitrines proposaient déjà leurs articles de fêtes au milieu de décorations lumineuses.

Naru, elle, n’arrivait décidemment pas à se concentrer et depuis qu’ils étaient entré dans une boutique de papeterie, elle avait l’étrange intuition qu’une menace planait au dessus d’elle. Son cou la picotait et ses poils s’hérissaient, tandis qu’une étrange odeur de pourriture flottait dans l’air. Alors que son amie était penchée sur le rayon des carnets, elle chercha du regard, dévisagea tout les occupants du magasin, reculant intuitivement jusqu’à se retrouver aculée contre un présentoir.

Quelque chose en elle la prévenait du danger.

Il faut sortir d’ici.

-Asuka… Je… Je me sens pas très bien finalement, j’aimerais aller dans un endroit où il y a moins de monde…

-Oh… Bon d’accord… C’est dommage, il y avait des trucs intéressants et… Déclara Asuka avant de se faire tirer arbitrairement hors de la boutique par la jeune fille.

Jeune fille qui avait une poigne de fer…

Naru sortit du magasin, tout en découvrant avec déplaisir que l’odeur était toujours là… Mais bon, ça, c’était peut être simplement un problème d’égout… Toutefois, ne se sentant toujours pas en sécurité, elle s’engouffra dans la foule et remonta la rue en zigzaguant entre les passants, cherchant un lieu où il n’y aurait personne. Entrainant évidemment Asuka qui faisait de son mieux pour la suivre.

-Bon sang… Ils sont quand même bizarres ces changeurs, maugréa cette dernière en se prenant les pieds dans les pavés de la rue.

Finalement Naru obliqua dans une ruelle et s’arrêta après quelques mètres, permettant à Asuka de reprendre sa main et son souffle.

-Bein qu’est ce qui t’as pris ? S’étonna Asuka. On aurait dit que t’avais le diable à tes trousses. Tu sais, c’était juste des gens normaux dans le magasin… Et même si faire du shopping rend à moitié fou…

-Tu sens cette horrible odeur ? Grimaça Naru car celle-ci devenait de plus en plus forte.

- Quelle odeur ? Je sens rien qui puisse être qualifié d’horrible… Mais en même temps, c’est normal que t’ais le flair plus développé…

-Je ne me suis pas transformée !

Asuka haussa les épaules.

-Bon, on attend que tu aille mieux, puis on retournera là bas… Bien qu’on pourrait aller dans un meilleur endroit pour se reposer… Constata Asuka en levant la tête sur les hauts murs délavés qui ressemblaient à un étau prêt à se refermer sur elles.

Soudain, Naru tourna la tête vers la direction de la rue principale, avertie par son instinct et par le bruit de pas. Deux hommes qui devaient avoir la trentaine se tenaient à l’entrée de celle-ci.

Ils étaient habillés de façon plutôt débraillés avec des jeans délavés et troués, des vestes mi-longues pour l’un et courte en cuir brun pour l’autre. Ils portaient au pied des baskets qui avaient surement connu des jours meilleurs.

C’est parce qu’ils s’approchèrent d’une allure nonchalante qu’elle remarqua leurs visages aux traits secs, et plus particulièrement celui du plus grand, qui portait un début de barbe qui ne cachait pas une grosse balafre qui commençait au bord de son œil et qui coupait sa joue jusqu’au coin de sa bouche.

Un sourire ironique fit d’ailleurs remonter ce dernier.

Le deuxième avait quand à lui carrément une barbe aux poils rêches qui lui donnait l’air de descendre de la montagne.

Asuka jura en les voyant s’approcher, se raidissant et se mettant à la hauteur de Naru.

-Passons à côté d’eux sans les regarder, peut être que…

-Non, ils ont les yeux braqués sur nous, ça ne marchera pas, répliqua Naru.

-Bon alors on se carapate… Je suis quasiment sure que cette rue mène vers un endroit fréquenté, ils n’oseront pas nous aborder dans la foule.

Naru hocha la tête et les jeunes filles, bien que paralysée par la peur _comment ne pas l’être quand deux loubards s’avançaient vers vous ?_ pivotèrent sur elles même et se mirent à courir droit devant.

Elles entendirent un rire à glacer le sang répondre à leur tentative de fuite et elles n’osèrent pas tourner la tête au risque de les voir les suivre ou de trébucher. Rapidement, Asuka vit Naru la dépasser et freiner presque aussitôt des quatre fers en criant d’horreur.

Apparaissant d’elles ne savaient où, un autre homme venait d’atterrir devant Naru en lui faisant « BOUH ! ». Il semblait plus jeune que les deux autres avec les chaines qui pendaient à son jeans, sa crête de cheveux châtains ébouriffés et son visage imberbe.

Elles voulurent faire demi-tour, mais se retrouvèrent presque aussitôt face aux deux premiers assaillants qui ne cachaient pas leur hilarité à leurs dépends.

Les deux jeunes filles se serrèrent dos contre dos, aussi effrayée l’une que l’autre. L’une cependant plus mal à l’aise que l’autre car Naru découvrait avec dégout d’où venait l’odeur de pourriture : elle émanait de ces hommes. A présent elle l’enveloppait et l’étouffait, au point qu’elle se sentait défaillir. Heureusement, ce n’était pas le cas d’Asuka qui restait concentrée pour se donner toutes les chances de sortir indemne de cette malheureuse aventure.

-Bein alors, qu’est ce que nous avons là ? Lâcha le barbu. Qui aurait pût penser qu’on allait trouver une jolie petite femelle en passant dans ce coin.

*Femelle ?!*

-Sans aucun autre mâle dans les parages en plus ! Continua le cadet en passant en un geste obscène la langue sur ses lèvres, avant d’approcher la main de Naru.

Asuka réagit aussitôt et s’empara vivement du pic d’acier qu’elle avait vu dépasser de la poubelle qui se tenait à côté d’eux et le menaça avec. (Découvrant par la même occasion qu’il s’agissait d’une broche de barbecue.).

-Ne vous approchez pas ou nous hurlons ! Les menaça t’elle en reculant vers l’autre côté du mur, gardant Naru derrière elle pour la protéger.

-Haha, non regarde, on dirait bien qu’elle a un protecteur ! Se moqua le plus grand qui ne semblait pas le moins du monde inquiété par les mises en garde de la jeune fille.

-Je suis très sérieuse ! Répliqua-t-elle.

-Oh mon dieu ! Une petite humaine veut me faire fuir avec… un pic à brochette !

Sa remarque causa à nouveau l’hilarité de ses compagnons.

Alors qu’il faisait un pas vers elles, Asuka tenta de le blesser avec son arme improvisé, mais il l’évita avec une rapidité qui surprit la jeune fille. Sans même avoir le temps de riposter, il se tenait face à elle et la soulevait de terre par le col de son manteau comme si elle ne pesait pas plus lourd qu’un sac.

-Asuka ! Cria Naru en se plaquant contre le mur.

-Tu rigole fillette ? Tire-toi de là, tu nous intéresse pas !

Ainsi dit, c’est bel et bien comme un sac qu’il l’a projeta en dehors du cercle d’un seul mouvement du bras. Asuka atterrit sur le sol, roulant sur deux mètres contre le pavé qui lui meurtrit le visage.

Passé l’hébètement et la douleur, elle s’efforça de se reprendre en entendant Naru hurler de toutes ses forces. Deux solutions s’imposa immédiatement à elle, mais l’une semblait plus raisonnable que l’autre : elle devait courir jusqu’à la rue principale pour appeler à l’aide…

Malheureusement, cette solution si raisonnable s’évapora en quelque seconde lorsqu’elle vu que le plus jeune du gang, qui semblait très excité, était en train de se déshabiller en quatrième vitesse, allant même jusqu’à craquer son T-shirt. Elle craignit immédiatement pour l’honneur de son amie et se remit aussitôt sur pieds pour foncer sur eux avec son pic.

Cependant, elle n’était même pas debout que le jeune avait disparue… Laissant place à un animal plus gros qu’un chien, fauve, tacheté de marques plus sombre, une crête de poils touffus parcourant l’échine de son dos…

Une hyène !

Ces types étaient des changeurs !

Des changeurs comme Arisa et Mimiko !

Ce qui expliquait donc leur rapidité et leur force !

Ce qui…

Elle se rappela soudain la mise en garde du docteur Kyogane :

Croyez moi, vous serez plus heureuses au sein d’une Meute qui vous protégera, qu’à la merci des vagabonds dont je vous parlais tout a l’heure et qui jouisse d’une très mauvaise réputation.

Leurs intentions n’avaient en effet pas l’air très honorable.

Et si c’était des changeurs, des gens normaux ne pouvaient rien faire…

ELLE non plus ne pouvait rien faire… Se rendit-elle compte avec désespoir.

Mais non… Elle ne pouvait pas laisser son amie se faire abuser sous ses yeux sans rien tenter.      

Refermant vigoureusement les doigts sur son arme, elle profita que le grand, celui qui devait être le chef, gronde son cadet de son impatience, pour se précipiter et lui enfoncer le pic quelque part dans le dos. Cependant, elle avait encore une fois sous-estimé l’homme et plus particulièrement son ouïe, car il se retourna en un mouvement et se protégea en la poussant sur le côté. Asuka se retrouva à nouveau par terre.

-Très bien, lança l’homme avec un sourire sardonique, je me sens d’humeur à jouer avec toi petite humaine… Avant de jouer à d’autres jeux bien plus intéressant avec ta copine… John ! Bertrand ! Gardez la petite qu’elle ne s’échappe pas ! Et interdiction d’y toucher : elle est à moi !

Le barbu grommela à cet ordre, mais ne désobéit pas, à la place de ça, il retira ses chaussures et se transforma d’un coup, sans même retirer ses habits qu’il déchira une fois transformé.

*Une autre hyène…*

Naru se retrouvait entouré des deux fauves qui tournaient autour d’elle en faisant claquer leurs mâchoires tout en glapissant d’excitation.

Asuka quant à elle, se remit debout, chassa les quelques mèches qui étaient venues se placer devant ses yeux et serra les mâchoires, prête à affronter le Changeur. Elle fonça sur lui, mais il l’évita sans problème, elle se retourna et se mit à jouer de son arme pour se protéger. L’homme ne faisait aucun effort et esquivait tous ses assauts en riant, la laissant s’épuiser et tourner autour de lui à la recherche de son point faible.

Mais la jeune fille ne se décourageait pas et à la faveur d’un geste adroit, griffa la joue qui n’était pas déjà balafrée de son adversaire du pic de la broche, faisant apparaitre une ligne sanglante.

-Touché ! Exulta-t-elle.

L’homme perdit toute trace d’amusement sur son visage. Il porta une main à sa joue et en récupéra une trainée rouge. Alors ses yeux devinrent froids et il s’empara d’un mouvement du pic de la jeune fille.

-Putain salope ! Si j’ai une autre cicatrice après ça ! … Tu vas le regretter !

La faisant lâcher son arme, il l’a fit s’échouer à nouveau par terre et lui bourra le corps de coups de pieds. Asuka se recroquevilla instinctivement pour protéger les parties de son corps les plus fragiles, criant à chaque secousse.

-Ah oui, on fait plus la fière !

Elle entendit Naru qui sanglotait derrière et tourna le visage vers elle.

Elle fut alors témoin de sa transformation.

Un instant la jeune fille criait à l’homme de s’arrêter de lui faire du mal, puis l’autre il y avait un chien de couleur brune qui aboyait comme un fou.

*…Un labrador…* Reconnu Asuka alors que ses esprits devenaient de moins en moins clair.

Le chien couleur chocolat tenta de lui venir en aide et d’échapper aux deux hyènes qui l’entouraient, mais celles-ci le repoussèrent.

Asuka se sentit alors soulevée de terre et plaquée contre un mur, se retrouvant face à face avec l’homme qui lui souriait d’un air mauvais :

-On dirait que j’ai cassé mon jouet… Quelle déception…

*Bordel pourquoi personne ne se rend compte de ce qui est en train de se passer ?*

Asuka se força à se secouer pour reprendre conscience et ne pas se laisser humilier :

-Je suis pas un jouet…

-Bien sur que si, entre mes mains, tu n’es qu’un jouet, tu ne peux rien faire contre moi et moi je peux tout faire de toi…

Et comme pour le lui prouver, il attrapa ses cheveux d’une main pour lui relever la tête et s’empara de sa bouche pour lui rouler une pelle.

Asuka se raidie, littéralement dégoutée de sentir cette langue se remuer dans sa bouche. Cela ne dura pas assez longtemps pour qu’elle pense à le mordre, mais après coup, elle pensa que c’était vraiment dommage qu’elle n’ait pas eu l’esprit plus clair.

Le changeur la lâcha, la laissant avec la nausée au bout des lèvres.

-C’est vrai que t’es pas trop mal, je pourrais aussi te transformer pour faire de toi une de mes feme…

Refusant d’en entendre plus, la jeune fille le fit taire sur le champ en lui crachant au visage.

-Plutôt crever !

L’homme s’essuya le visage avec sa manche, un peu comme un chat passe sa patte sur son museau pour faire sa toilette, sans rien dire ni même la regarder, jusqu’à ce que ses yeux, durs et froids se reposent sur elle :

-Tant pis !  Articula-t-il doucement avec un air un peu fou.

Asuka qui fixait son visage resta un moment sans comprendre, avant que son cerveau lui envoie le signal d’une intense douleur dans son ventre.

Elle devint toute blanche, des larmes de souffrance s’échappèrent de ses yeux et elle baissa la tête avec lenteur pour découvrir sa broche dans son propre abdomen.

Elle retint un cri, la respiration haletante.

Puis l’homme la lâcha et la jeune fille s’affaissa à terre, son sang commençant à s’étaler autour d’elle.

Naru se rendit alors compte de ce qui venait de se passer. Folle de chagrin et impuissante, elle inspira un bon coup et se mit à hurler à la mort.

*Comment était-ce possible !!!! Asuka était en train de mourir !!! Pourquoi avait-il fallut qu’elle se transforme en animal aussi inoffensif ! Incapable de se défendre ! Pourquoi n’était t’elle point devenue un fauve, un loup ou même un ours ! De quoi faire fuir ses horribles créatures et protéger Asuka !!!*

Lorsqu’elle se retrouva à cours de souffle, elle s’aperçut que le dernier homme/celui qui avait tué Asuka/  venait lui aussi de se transformer, à l’instar de ses compagnons, en grosse hyène malfaisante.

Alors qu’il s’approchait, elle se mit à grogner pour les prévenir de ne pas approcher.

-Si… Si… Si vous vous approchez, je vous mords jusqu’à l’os !!!

-Vas-y chérie, mors moi, je n’attends que ça !

-Vous êtes…

Naru ne continua pas, car, tout comme les hyènes, elle fut distraite par une nouvelle odeur.

Un missile noir bouscula la hyène de ses soixante kilos de muscles. Celle-ci tomba sur le flanc et lança un regard furieux au nouveau arrivé.

Ses deux comparses fonçaient sur le félin, mais l’un d’entre eux fut fauché par un nouvel adversaire tandis que la panthère évitait d’un saut l’attaque.

Arisa atterrit sur ses quatre pattes et rejoignit aussitôt Naru qui couinait misérablement, lui donnant quelques coups de langue sur le museau pour la consoler.

-Qui êtes-vous ? Grogna Mimiko qui ne lâchait pas des yeux les trois changeurs.

Le meneur fut un instant étonné mais se reprit, montrant les dents :

-Je n’ai pas à te répondre femelle ! Et sache que tu m’as eu uniquement par surprise ! Si tu ne faisais pas partie d’une espèce rare, je t’aurais évité sans problème !

Naru et Arisa se faufilèrent derrière Mimiko et la louve s’approcha d’Asuka qui gisait, inconsciente dans son sang.

-Mimiko… Asuka a l’air… Dans un très mauvais état ! Gémit Arisa.

La panthère ne lui adressa pas de regard mais se crispa et sa queue se mit à se balancer.

Contrairement aux canins, ce n’était pas une manifestation de joie chez les félins, mais un signe d’inquiétude et de nervosité.

-Naru… Est-ce que tu te sens capable de redevenir humaine ? Prends son portable et appelle le numéro du Dr Kyogané, je sais qu’elle l’a en mémoire… Répondit Mimiko.

La chienne, toujours effrayée, hocha la tête.

-Et en attendant… On va les mettre en charpie, grogna Arisa en se plaçant aux côtés du félin, les babines relevée sur ses crocs.

-Vous ne faites pas le poids ! Fit la hyène de droite.

-Vous allez regretter de vous en être pris aux membres de notre meute ! Répliqua la louve.

-Une meute de petites femelles ?! C’est bien la première fois que j’entends ça !

-Il faut un début à tout !

Les deux clans se mirent à tourner autour d’un cercle invisible, oreilles baissées, mâchoire découvertes, pupilles ronde et iris brillants de rage.

Soudain les hyènes s’élancèrent et les deux changeuses bondirent. La détente de Mimiko restant sa meilleure arme, elle attrapa la gorge ou ce qu’elle pensait être la gorge de la plus jeune hyène et referma ses crocs dessus, l’égorgeant.

Arisa, quant à elle, s’était heurté à celui de gauche et avait essayé de trouver une prise, mais sans beaucoup de succès. La queue de ces animaux était ridiculement petite ! Elle tourna autour de lui en cherchant à éviter les crocs de ce dernier, ainsi que ceux du meneur qui réussit à l’atteindre prés de la gorge.

Heureusement, Mimiko en ayant fini avec sa hyène, tenta de s’attaquer au meneur… Avec hélas moins de succès, mais celui-ci lâcha Arisa pour se protéger. Les panthères étaient taillées pour la traque et pour des attaques surprises foudroyantes, pas pour les combats de ce genre. Elle évitait sans problèmes les assauts, mais se trouvait incapable de lui porter un coup décisif.

Arisa finit par saisir une patte de derrière et chercha à la briser de ses crocs. Son ennemi, prisonnier, perdit l’équilibre en essayant de s’échapper, signant la fin du combat. Elle le lâcha et il s’enfuit en boitillant sans demander son reste. Ce qui ne laissait plus que le meneur qu’elle n’avait pas l’intention d’épargner.

Celui-ci commençait à montrer des signes d’anxiété alors qu’il se trouvait en minorité. Il ne s’était pas attendu à rencontrer pareille riposte.

-Ecoutez les filles, on peut s’arranger…

-Pas après ce que vous avez fait à Asuka ! Grogna Mimiko, bandant ses pattes antérieures, jouant de celles-ci.

-C’était juste pour rigoler, vous comprenez ? C’est qu’une humaine de toute façon…

-C’est notre amie ! Aboya Arisa qui le menaçant au flanc inverse.

Une lueur mauvaise brilla dans les yeux de la hyène qui, pensant avoir déconcentré ses ennemies, tenta de s’enfuir.

C’était impossible.

Arisa et Mimiko se jetèrent sur lui en même temps.

hyene_tachetee_03

Credit Photo

Posté par Mkat à 02:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

07 octobre 2010

Partie 4

 

***

Une voiture déboula soudain dans la ruelle piétonnière : c’était une petite Twingo grise aux vitres fumées. Les deux fauves se détachèrent de leur dernière victime pour se tourner vers cette nouvelle menace. Naru, qui avait reprise sa forme humaine et avait noué des lambeaux de ses anciens vêtements autour d’elle, referma un peu plus son étreinte autour du corps d’Asuka qui, malgré la pression des mains de la jeune fille sur sa plaie, continuait de perdre son sang. Alors que chacun réfléchissait à ce qu’ils devaient faire, Arisa perdit son attitude agressive et se détendit, ses oreilles se pointant au dessus de sa tête avec curiosité : elle avait sentie son odeur avant même qu’il n’ouvre sa portière.

Le Dr Kyogane sortit de sa voiture, regardant avec un air catastrophé le massacre devant lui. Mais en tout bon médecin qu’il était, il se focalisa presque aussitôt sur Asuka et après quelques enjambés, fut à son chevet pour l’examiner.

-Est-ce que c’est grave ? Elle va mourir ? Demanda avec inquiétude Naru quand il l’obligea à écarter ses doigts de la blessure.

-Elle a perdu beaucoup de sang… Mais ça devrait aller si on l’emmène à l’hôpital. Que s’est-il passé ici ?

-Asuka et moi on se promenait tranquillement lorsque trois hommes nous ont agressés… En fait c’était des changeurs !

-J’ai vu ça, commenta Kyogane en jetant un bref regard sur les corps des deux hyènes, ces vagabonds avaient sûrement flairé votre odeur Naru… Je ne vois pas de marque de morsure sur votre amie… A-t-elle été contaminée ?

-Ce type… celui qui semblait être le chef… Il l’a embrassé…

Derrière eux Arisa et Mimiko se mirent à montrer les crocs à cette nouvelle. Kyogane fronça les sourcils et se massa l’arrête du nez avant de reprendre :

-Bien. On ne peut pas l’amener à l’hôpital dans ce cas.

-Quoi ?!

-C’est trop risqué. Arisa, Mimiko, j’ai besoin que vous repreniez votre apparence humaine. Il y a des vêtements dans ma voiture. C’est peut être pas votre taille, mais tant pis. Ensuite, je voudrais que vous hissiez les cadavres de ces deux hyènes dans le coffre. Naru, vous allez m’aider à installer Asuka dans la voiture, ordonna le docteur tout en arrachant des bandes de sa chemise pour pouvoir bander grossièrement la plaie.

Malgré leurs réticences, Mimiko et Arisa obéirent et cachèrent les cadavres pendant qu’Asuka était placée sur la banquette arrière de la voiture, Naru gardant de son mieux la plaie de la blessée fermée bien que le bandage commençait déjà à se teindre d’écarlate. Le coffre fermé, Mimiko monta aux côtés de Naru, maintenant la tête d’Asuka sur ses cuisses, constatant alors qu’elle avait le front brûlant. Arisa grimpa devant et eut à peine le temps de fermer la porte que Kyogané faisait reculer la voiture à toute vitesse. Arrivé dans une rue, il se fraya un passage à coups de klaxon.

-Bon sang, il y avait une tonne de gens dans le coin et ils ont rien entendu ?! S’exclama Arisa.

-Vous étiez dans une longue ruelle et les travaux de l’immeuble empêchaient d’entendre quoique ce soit, répondit Kyogané. Ces hyènes n’ont pas choisit l’endroit par hasard… Arisa, vous saignez à l’épaule.

-C’est là où l’autre connard m’a mordu… Mais c’est rien par rapport à Asuka. Dites moi plutôt : vous avez une voiture aux vitres fumée, des vêtements de rechange pas à votre taille… On dirait que vous êtes plutôt habitué à ce genre de galère ?

-Habitué n’est pas exactement le mot, je vous l’ais dit, j’ai fait parti d’une meute et ce genre de débordement en plein jour et en pleine ville n’ait pas autorisé. Les différents se règlent dans nos territoires, à l’abri des regards humains. S’il y avait une unique règle que vous devriez retenir c’est qu’il est formellement interdit de révéler notre existence aux Hommes… Et vous avez bien faillit nous faire tous plonger !

-Mais c’est eux…

-Ca ne serait pas arrivé si vous aviez accepté de rejoindre une Meute ! La coupa le docteur en serrant les dents.

-On a réussi à se défendre toutes seules, marmonna Arisa d’un air buté.

-Certes et croyez moi, j’en suis très impressionné, mais à quel prix ? La contamination d’une autre de vos amies ?! Et sans mon intervention, vous auriez été bien embêtée. Il faut que vous réfléchissiez plus sérieusement à ce qui est en jeu.

La voiture tourna alors, rentra dans une résidence et Kyogane alla se garer dans le parking souterrain.

-Vous allez m’aider à transporter votre amie jusqu’à mon appartement, nous nous occuperons des cadavres plus tard.

Les jeunes filles acquiescèrent et avec l’aide du docteur, soulevèrent la blessée de la banquette et la portèrent jusqu’à l’ascenseur. Kyogané s’assura qu’il n’y avait personne à l’intérieur et le groupe grimpa jusqu’au dernier étage. Après avoir vérifié que la voie était libre, ils purent enfin entrer dans l’appartement. L’homme les dirigea immédiatement dans un grand salon plutôt vide, occupé d’un canapé contre un mur, d’une télé à l’opposé et d’une table dans un coin. Il ferma aussitôt les rideaux opaque de la baie vitrée, les plongeant dans la pénombre, alluma la lumière et sortit d’un des placards un objet métallique qui une fois déplié, formait comme une espèce de lit d’hôpital.

-Déposez la dessus et allez vous laver les mains, je vais avoir besoin de votre aide !

-Quoi ? Vous voulez qu’on vous aide à… S’étonna Arisa sans pouvoir terminer sa phrase, regardant d’un air évocateur le sang qui lui couvrait les mains.

-Mais nous n’avons aucune connaissance en médecine ! Ajouta Naru quand Asuka fut installée sur le lit.

-Peut être mais je n’y arriverais pas tout seul, répliqua le docteur en revenant avec une grosse mallette qu’il ouvrit, dévoilant bandes, flacons, seringues et aiguilles. La première chose dont j’ai besoin, c’est que vous nettoyiez la plaie avec ça, elle doit être parfaitement propre pour que je puisse la recoudre.

Mimiko grinça des dents à cette affirmation mais prit tout de même le flacon qu’il leur tendait. Elles allèrent vite se laver les mains, puis enfilèrent des gants pendant que le docteur découpait le T-shirt de leur amie à l’aide de ciseau, permettant de libérer l’accès à la blessure.

A côté de celle-ci on pouvait voir plusieurs hématomes qui commençaient à rougir sur sa peau.

-Pauvre enfant, murmura Kyogané, ils ne l’ont pas raté…

Il prépara son matériel tandis que les jeunes filles pansaient le sang et désinfectaient les contours de la plaie en serrant les dents. Cela dût faire du mal à Asuka car dans sa fièvre elle se mit à gémir et à chercher à se débattre.

- Retenez-la !

Arisa immobilisa aussitôt les bras de son amie tout en lui murmurant des mots d’apaisements quelle était loin de penser mais qu’elle espérait de toute son âme.

-Il faudra la retenir lorsque je vais me mettre à la recoudre, je ne veux pas prendre le risque de l’anesthésier avec la fièvre qu’elle a. Je vais avoir besoin de quelqu’un pour me tenir la plaie en place.

-Je… Je vais le faire… Murmura Naru en s’installant de l’autre côté pendant que Mimiko s’installait face à Arisa pour immobiliser les jambes.

L’heure qui suivit fut particulièrement pénible. Asuka se débattit comme elle pouvait malgré Arisa et Mimiko qui pesaient de tous leurs poids sur elle, et laissa entendre des gémissements de douleurs, son front noyés de sueur. Puis Kyogané se résolu à lui injecter un antipyrétique et tout se calma, Asuka plongea dans un profond sommeil sans rêves, ni cauchemars, où elle pouvait oublier tout ce qui venait de se passer.

Les heures s’égrenèrent lentement et lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle découvrit un plafond baigné par la lumière du soleil couchant, la pièce résonnant d’un silence paisible que seul le chant des oiseaux venait déranger.

Au début elle ne chercha pas à savoir où elle était, se contentant de respirer cette tranquillité sans penser. Puis elle laissa tomber sa joue contre le matelas qui avait le touché d’une serviette de bain et regarda Kyogané qui se tenait assit sur une chaise, prés du lit.

Comme s’il avait sentit qu’elle s’était réveillée, il fit de même et lui adressa un fin sourire.

- Comment te sens-tu ?

- Comme quelqu’un qui s’est fait écrasé par un camion, répondit-elle avec ironie.

Il se leva et posa la main sur son front :

-La fièvre est tombée, c’est bien, déclara t’il d’un ton approbateur. Tu es sortie d’affaire.

-C’est vrai ?

-Tu es juste quitte d’une belle cicatrice sur le ventre.

-Oh beuh…

Doucement les évènements se remettaient à leurs places dans la tête de la jeune fille. Lorsque le film se fut rembobiné dans son intégralité et qu’elle prit conscience de tout ce que ça signifiait, elle ferma un instant les yeux, accablée.

-Les hyènes…

-Tout ça c’est terminé, tu n’as pas à t’en faire.    

-Ca, c’est peut être terminé mais… Le cauchemar est juste en train de commencer, n’est ce pas ? Lança Asuka d’une petite voix fragile.

-Ca dépend, regarde les, répondit Kyogane en faisant un geste de la tête dans sa direction avant de reprendre : il semble qu’il n’y ait pas que des inconvénients.

La jeune fille tourna le visage et découvrit ses trois amies qui s’étaient endormie sur le divan, complètement abattue par l’opération, la tête tombée sur les épaules ou la tête de leur voisine, sereines et paisibles, un léger sourire aux lèvres.   

ciel001

 

Posté par Mkat à 02:21 - - Commentaires [1] - Permalien [#]