13 décembre 2010

Partie 1

 

Chapitre 6 : Territoire

 

-… AAAAAHHHH JE CRAAAAAAQQQQQUUEEEEE !!! J’EN PEUX PLUUUSSS !!! JE VEUX SORTIR !!!!!

Arisa exprimait sa frustration sur les pauvres barreaux de la grille qui cernait son lycée, les tordant au point d’en faire un trou où elle aurait pût aisément se faufiler pour filer. Mais pour quel résultat ? Pour aller où ? Depuis les derniers évènements, les bois aux alentours de leur ville étaient surveillés par la police qui recherchait toujours les coupables de la mort de deux des leurs. Il était donc hors de question de s’y balader, et ce, sous n’importe laquelle de ses formes.

Mais le loup en elle n’en pouvait plus, il voulait courir, se dépenser, chasser…

-…Je veux du saaaaaaannnnggggg ! Continua t’elle en se tournant vers ses compagnes, un sourire de psychopathe sur les lèvres.

Ses amies savaient bien qu’elle le faisait exprès. Ces dernières, assises sur le gazon sec et cassant, secouèrent la tête avec exaspération. Naru et Asuka avaient du mal à comprendre pourquoi Arisa se comportait comme une gamine en overdose de caféine depuis plusieurs jours, mais Mimiko, qui squattait une nouvelle fois dans leur lycée, fit une grimace compréhensive.

-On y peut rien, il faut attendre que les choses se tassent, exprima philosophiquement Naru.

-Mais je peuuuux pas attendre ! Et pis t’es mal plaçé pour dire ça, toi tu peux te promener n’importe où sous ta forme animal ! Et puis comme ça fait pas longtemps que tu te transforme, t’en ressens pas vraiment le besoin !

Asuka qui, elle, était encore en « incubation » (dixit Kyogane) ne ressentait pas non plus cette envie mais se remarquait de plus en plus sujette aux sauts d’humeurs. Cela faisait une semaine que c’était arrivé, les hyenes, tout ça et elle évitait d’y penser au risque d’avoir envie de recracher toutes ses entrailles. Dans le même genre, elle préférait occulter son état et son futur état et repousser une crise d’hystérie au dernier moment : sa métamorphose.

Elle était fataliste, elle savait qu’elle n’y échapperait pas, qu’elle se retrouverait bientôt confronter à tous les problèmes actuels de ses amies mais comme ce n’était pas encore à l’ordre du jour… Elle y repenserait à mi décembre.

-On a pas le choix Naru, approuva Mimiko, il faut qu’on trouve un nouveau territoire ! De toute façon on sera bientôt 4, notre ancien « territoire » va devenir trop petit, peu pratique, trop étendu et trop prés des habitations. Il va falloir aller plus loin.

-Plus loin ? Reprit Naru avec un haussement de sourcil.

La brune sortit de son sac une carte qu’elle déroula au milieu du cercle qu’elles formaient.

-Je ne vois qu’un endroit : la forêt de Bouconne.

-Bouconne ??? S’exclamèrent les autres en regardant leur panthère avec des yeux ronds.

-C’est la seule qui soit assez grande et accessible.

-C’est aussi rempli de promeneurs, de joggeurs, de cycliste et qui plus est, c’est traversé par plusieurs routes et même par le train !

-Les routes sont effectivement un problème, mais a vrai dire je pensais plutôt y aller de nuit, quand il n’y a plus personne, répliqua Mimiko.

-Et qu’est ce que tu fais des gardes chasses ? Intervint Asuka.

-On est des animaux, on sait les éviter.

-Mmmh c’est possible, approuva enfin Arisa, qui, a vrai dire, aurait dit oui même pour un misérable carré d’herbe de dix mètres carré pourvu qu’on la laisse se défouler à son grés.   

Mimiko fut contente d’avoir trouvé une alliée à son idée et après argumentation, insistance et chibi eyes à l’appui, Naru finit par craquer.

-Très bien ! Lâcha t’elle avec exaspération, mais reste un problème : comment on y va ? En voiture ? Qui sais conduire ?

-On va y aller à pied… Ou plutôt à pattes.

-Pour une nuit ?

-C’est mieux que rien. On verra à l’usage. Je propose qu’on essaie dés ce week-end. On attend que tout le monde soit couché et on sort par la fenêtre et on se retrouve devant le terrain de foot du côté de chez Arisa. D’accord Naru, Risa ?

-OK !

-Essayons…

-Et moi ? Demanda Asuka.

-Tant que tu n’ais pas transformé, tu ne peux pas nous suivre et quelque part je t’envie, j’ai l’impression que ça va pas être une partie de plaisir, grommela Naru.

 

***

grille_800

Credit

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Partie 2

 

Naru avait souvent raison. Pourtant parfois elle aurait préféré que ce ne soit pas le cas : comme en ce moment par exemple.

Elle avait espéré une vie tranquille, avec une maison confortable /un tapis devant une cheminée/, un boulot pas trop chiant / une balle et un bâton à rapporter/ et peut être même un mari et des enfants si possible, mais voila qu’elle était obligée de suivre une louve et une panthère, sous la flotte, de nuit, à travers les champs qui bordait la route qu’elles suivaient.

Bon, autant être honnête, la pluie elle ne la sentait pas, contrairement à Arisa qui s’arrêtait parfois pour s’ébrouer en râlant. Et le contact de ses coussinets s’enfonçant dans la boue n’était pas particulièrement désagréable. Mais ce n’était pas non plus ce qu’elle aurait préféré faire en ce moment.

Elles arrivèrent finalement face à une autre foute et durent prendre la décision de traverser de l’autre côté. Décision qui n’emballait personne. Les trois fauves se retrouvèrent à piétiner d’inquiétude.

-On peut aussi faire demi tour, proposa Naru d’un jappement et d’un coup de tête vers l’arrière.

Invitation refusée par Mimiko qui lui adressa un grognement et, les oreilles couchées par l’angoisse, profita qu’il n’y avait plus de voiture pour traverser avec de grands pas, le corps presque collé à la route.

Elle arriva de l’autre côté saine et sauve et invita ses amies d’un miaulement rassurant. 

Arisa s’approcha alors du béton à son tour. Elle recula brutalement lorsqu’une voiture passa à toute vitesse, aveuglant les animaux de ses phares.

-Je n’ai pas envie de me retrouver à la rubrique « chien écrasé » ! Couina Naru en se collant à Arisa.

Celle-ci lui donna deux petits coups de langue sur la tête pour la rassurer :

-Mais non, tout va bien se passer.

Après quoi, elle se dégagea de la chienne et entama la traversée à son tour. La route était finalement moins large qu’elle le pensait et elle fut rapidement aux côtés de la panthère.

Toute deux encouragèrent Naru qui s’était collé par terre, les oreilles baissées et qui leur faisaient les yeux de chien battu.

-Allez Naru, tant que tu ne vois pas de phare, tout va bien, l’encouragea Arisa.

-Viens ou on te laisse de l’autre côté ! Grogna Mimiko.

Naru gronda de dépit, puis se résigna. Relevant une oreille, elle s’approcha du macadam et y posa une patte. Elle regarda autour d’elle et ne voyant aucun phare, se lança.

Elle était presque arrivée quand une tache de blanc apparut sur le goudron et s’avança très vite vers elle. Des phares ! Des phares ! Qu’est ce qu’avait dit Risa ? Tout allait bien tant qu’il y avait pas de phares ! Qu’est ce qu’elle faisait maintenant ????

L’esprit logique de Naru complètement emmêlé dans celui illogique du chien, elle était figée, incapable de savoir ce qu’elle devait faire alors que la voiture approchait à toute vitesse d’elle.

Soudain elle sentit une douleur dans sa patte arrière et découvrit que Arisa s’était faufilée derrière elle et l’avait mordue.

La douleur la fit partir droit devant elle, suivie de son amie et toute deux se jetèrent de l’autre côté alors que la voiture passait dans un courant d’air.

-Putain de bordel de merde de voitures a la con qui roulent trop vite ! Aboya Arisa derrière elle.

Naru, quant à elle, avait du mal à reprendre ses esprits.

C’est Mimiko qui les pressa de reprendre la route, pas particulièrement perturbée tandis que Naru se fondait en remerciement auprès de la louve.

Petit à petit, elles aperçurent la frondaison des arbres, ainsi que les odeurs délectables de la forêt, ce qui les fit forcer inconsciemment le pas. A travers l’essence, la pollution, la fumée des cheminées, des fragrances de sèves de sapin, de pomme de pins, d’aiguilles mouillées et de mousses caressèrent leurs museaux.

Les quelques mètres qui les séparèrent de l’orée de la forêt furent franchit au pas de course. Une fois à l’intérieur, Arisa laissa éclater sa joie en bondissant d’un arbre à un autre, suivie de Naru qui ne pouvait empêcher sa queue de battre follement de ravissement et de Mimiko qui s’étirait longuement et se roula et frotta par terre de façon assez peu digne.

-C’est génial ! Oh tu avais raison de nous amener ici Mimiko ! S’exclama Arisa.

-Je dois avouer que je suis plutôt de son avis, fit Naru, bonne joueuse.

La panthère ne répondit pas et continua à se rouler d’un côté puis de l’autre. Puis se laissant tomber sur son flanc, elle se releva et s’approcha d’un arbre pour y faire consciencieusement ses griffes.

-On va chasser ? On va chasser ? On va chasser ? Demanda Arisa en sautillant autour de Naru. Je vais t’apprendre tout ce que je sais !

-Euh…

-Allez-y, approuva Mimiko, on se retrouve aux premiers rayons de soleil ici même.

Et sur ce, d’un bond, elle disparut dans les branches des arbres tandis que les canidés s’élançaient dans les profondeurs de la forêt.

Labrador_Retriever_by_Bleedinheartz

 

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18 décembre 2010

Partie 3

***

Cette première virée dans leur nouveau territoire se révéla assez satisfaisante pour que l’on prévoie d’autres sorties de ce genre tous les samedis. Evidemment, il y avait la route à traverser, mais avec un peu de pratique, cela finirait par ne plus être un obstacle.

L’avenir se présentait donc sous un bon jour et un nouvel évènement se présenta dans ces heureux auspices.

Trois jours après leur première virée, Kyogane les appela pour leur confier qu’un nouveau changeur, un ancien ami à lui, venait d’arriver dans leur ville. Il lui avait parlé d’elles et les enjoignaient à prendre contact avec lui. Le docteur ne pouvait pas toujours les protéger et il n’était pas mauvais pour elles de se mettre sous la sécurité d’un autre mâle.

Arisa râla, pesta et maugréa qu’elles n’en avaient pas besoin, mais finalement, Naru, Mimiko, Asuka et elle, se rendirent à l’endroit où l’on pouvait le trouver.

-Je me demande quel animal il peut bien être, après tout, il est peut être moins fort que nous, expliqua Arisa alors qu’elles arrivaient en vue d’un bâtiment de deux étages, mi brique, mi béton, à la toulousaine, où trônaient une plaque indiquant « FFK- Fédération française de Karaté, FFAB-Fédération française d’Aikido et Budo ».

-Tu te souviens ce que Kyogané nous a dit : C’est impoli de demander a quelqu’un quel animal il est ! Lui rappela Naru.

Ce qui fait que le « mystère Kyogané » comme l’appelait Mimiko et Asuka était toujours irrésolu. Démangée par la curiosité, ces deux là n’avaient pas pût s’empêcher de demander au docteur en quoi il se transformait. Depuis, elles se fondaient en conjecture à son sujet.

Concluant que son refus d’avouer son autre forme venait du fait qu’elle devait être peu flatteuse, Asuka avait arrêté son choix sur un marsouin et Mimiko un gorille.

-Je sais, je sais…

Naru passa devant, ouvrant la porte et pénétrant à l’intérieur d’un petit hall qui s’allongeait en deux couloirs partant pour l’un vers la droite, pour l’autre vers la gauche. Alors que les autres s’y amassaient, elle se pencha sur le comptoir de l’accueil pour demander à une femme qui faisait un sudoku où se trouvait le dojo de karaté. Elle lui désigna la droite du bout du doigt, sans lever les yeux.

Les jeunes filles prirent donc le couloir de droite, observant distraitement les affiches, photos ou coupures de presses affichées et passèrent devant deux portes qui devaient être les vestiaires (les odorats de Arisa et de Naru étaient formels : vieille chaussette.). Au bout se trouvait une double porte, dont l’un des côtés était ouvert. Des voix s’en échappaient, ainsi qu’une odeur de plastique et de sueur. Ca c’est ce que Naru et Mimiko identifièrent, car Arisa, plus expérimenté, capta une odeur en plus qui la fit s’arrêter.

-Je LE sens, affirma t’elle.

-Hein ? Comment ? S’étonna Naru en levant le nez, à la recherche de la fragrance.

-C’est comme pour Mimiko, ça pue le chat mouillé.

« Le chat mouillé » en question s’empressa de manifester son mécontentement en frappant sur la tête de la blonde.

-Alors c’est une panthère ? S’étonna Asuka.

-Mmh… Je sais pas… Non… C’est différent mais ça se ressemble, expliqua Arisa en se massant le crâne et en foudroyant la brune du regard.

-Et… Euh… Moi je sens quelque chose ? Demanda timidement Asuka.

-… Non, tu sens comme d’hab. Mais j’avais rien senti sur Mimiko ou Naru avant trois semaines.

-Ah… Fit la jeune fille un peu déçue.

Arisa ne pouvait s’empêcher d’être sur ses gardes à présent et elle s’aperçut que Mimiko et Naru l’avait automatiquement imitée. Le changeur derrière la porte était un inconnu/ne fait pas partie de la meute/, /un mâle/, /dangereux/ et alors que le docteur Kyogane lui avait toujours donné un sentiment de tranquillité, elle ne ressentait pas la même chose vis-à-vis de son ami. Son instinct, son odorat… Tout lui désignait que l’autre changeur était un ennemi /un carnivore/… /un dominateur/.  

Elle poussa la porte légèrement entrebâillée et pénétra dans le dojo. Il n’y avait pas beaucoup de monde. La plupart des personnes présentes se trouvaient en dehors du tatami qui recouvrait le centre de la salle. Et au milieu… Se trouvait uniquement deux personnes.

Son regard fut aussitôt happé par des yeux d’un brun clair, presque caramel et la louve en elle se mit sur ses gardes et à montrer les crocs.

/C’était lui./

Il savait aussi qui elle était.

Cela ne dura qu’une minute tout au plus car le jeune homme à qui appartenait ces yeux se concentra à nouveau sur le combat qu’il était en train de mener, ignorant les nouvelles arrivantes. Il para une attaque de ses avant bras et contrattaqua d’un coup de pied.

Arisa et sa louve intérieur se détendirent, l’une plus intriguée que l’autre. Elle entendit à peine ses amies derrière elle le désigner comme le garçon qu’elles étaient venus voir.

Il était roux, pas comme une coloration, vraiment comme une couleur naturelle, ce qui était étrange lorsqu’on se rendait compte de ses yeux légèrement bridés, preuve d’une origine asiatique. Son corps, que l’on ne pouvait qu’imaginer sous son kimono noir, semblait être celui qu’on ne pouvait attendre que d’une pratique assidue des arts martiaux. Fins avec des muscles élégants, souple, mais capable de mouvements secs comme c’était le cas en ce moment. Ses mouvements au combat, qui semblaient presque naturel et sans efforts, étaient harmonieux, fascinant à regarder et… Presque félins.

Son visage était calme, concentré, mettant en valeurs des traits fins et obstinés. Ses pupilles perçantes suivaient son adversaire sans faillir.

Il encaissait les coups, les rendaient, sans aucun temps mort. Le combat était intense et le silence présent dans le dojo le rendait plus encore. Chaque coup porté, le froissement de leurs kimonos, leurs pieds frappant le sol et leur respiration saccadés rythmaient le combat tels des tambours.

Et puis brusquement, sans aucun signal, le combat cessa.  

Arisa daigna alors s’intéresser à l’adversaire et découvrit un homme beaucoup plus âgé. Il sourit et s’inclina :

-Vraiment impressionnant Kyo. Je suis content d’avoir pût tester ça moi-même.

Le dit Kyo s’inclina à son tour :

-Tout le plaisir était pour moi Maître Robert.

-Ouah, m’étonne plus que le docteur a confiance en lui, fit Asuka derrière Arisa.

-Oui… Répondit simplement la blonde.

Etonnement elle ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas réagir normalement à Asuka. Etre enthousiaste ou blasée ? Elle comprenait que quelque chose dans son instinct de changeuse contrecarrait ses habituelles réactions humaines. Intriguée, oui, c’était sûrement ça.

Un petit /charmée ?/ essaya de se faire entendre mais elle le repoussa d’un mouvement de la tête moqueur.

Entretemps, le jeune homme avait quitté le tatami, enfilé ses zoris et attrapé une bouteille d’eau pour se désaltérer. Les filles se regardèrent, se sachant pas trop comment l’aborder. Mais c’est lui qui vint à elles. Après avoir reposé sa bouteille, il tourna la tête et d’un regard perçant et sombre les jaugea les une après les autres.

La louve en elle semblait revoir ses dernières opinions, se retenant à peine de ne pas grogner comme Mimiko qu’on sentait offusqué par un tel examen.

Attrapant son sac il s’approcha d’elles :

-Vous devez être les filles dont m’a parlé Kyogané san.

-Et vous devez être le garçon dont nous a parlé le doc., répondit fort à propos Asuka qui semblait être la seule à ne pas être embarqué dans un conflit de dominance.

-Hm, oui. Je vais me changer et puis on ira discuter tranquillement ailleurs.

Elles s’écartèrent pour le laisser passer et rejoindre les vestiaires.

-Très mauvaise première impression, marmonna Mimiko une fois que la porte se referma. Je ne vote pas pour lui !


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25 décembre 2010

Partie 4

***

Le changeur les entraina dans son sillage sans leur demander leur avis. Ils prirent le métro jusqu’à Esquirol, sortirent, obliquèrent dans une place où se trouvait une fontaine et prirent une petite rue jusqu’à se retrouver face à une façade d’un vieux restaurant chinois désaffecté dont l’insigne s’ornait d’une tête de tigre rugissante.

-Euuuh… ce truc a dût être ouvert dans une autre vie, mais je doute que ce soit le cas en ce moment, fit remarquer Asuka en passant un doigt sur la couche de poussière amassé sur la vitre.

Le garçon ne l’écouta pas et ouvrit la porte. Celle-ci ne résista pas, ne grinça pas et aucune alarme ne se déclencha si ce n’est le bruit d’un carillon de clochettes familier aux lieux de ce genre.

-Venez ! Fit t’il en leur faisant signe de la main d’entrer.

L’entrée était un couloir tapissé de tentures rouge brodés de tigres dorés, pas du tout à l’abandon comme semblait le suggérer la devanture. Derrière un comptoir se tenait un vieux chinois qui les fixa sans rien dire. Il laissa passer Arisa, Mimiko et Naru mais fit obstacle à Asuka. Kyo repoussa le bras du vieillard et le fusille du regard :

-Changeur en devenir.

Cela sembla calmer le vieux chinois qui se rassit et se remit à fumer de sa pipe.

-Qu’est ce que… ? Commença Asuka, poussée par le changeur.

-Kyogané san ne vous a jamais parlé de cet endroit ? C’est un bar réservé aux changeurs.

-Hein ? Réservé aux changeurs ? Parce qu’il y en a d’autres ?

-Vous vous croyiez les seules dans une ville comme celle là ? Non, on doit bien être une dizaine : un ou deux couples et plusieurs mâles solitaires. Et puis il faut bien un point de chute aux nomades quand ils passent dans le coin. On pourra parler sans crainte ici.

Cette nouvelle laissa les filles muettes. Effectivement, elles avaient toujours pensé qu’à part le docteur Kyogané, il n’y avait aucun autre changeur qui habitait dans les environs.

Arrivant au bout du couloir, ils soulevèrent un rideau et entrèrent dans une très grande salle en pierre, percée au centre d’une ouverture permettant aux eaux de pluie de remplir un petit bassin d’eau couvert de plantes aquatiques. Des plantes, il y en avait partout, dans des zones de jardins improvisés, s’enroulant autour des imposants piliers qui soutenaient le plafond, autour des tables, les séparant ainsi d’un petit rideau végétal. Prés de l’entrée se trouvait un bar occupé par un homme qui nettoyait tranquillement des verres et qui fit un signe de salut à Kyo. De l’autre côté de la salle semblait se tenir comme une estrade. Les filles n’eurent pas le temps d’en voir plus car Kyo les mena à une table où ils s’assirent.

Il y eu un petit silence nerveux et gêné, avant que Asuka, qui était la moins perturbée, prit la parole.

-Bon. De quoi vous vouliez nous parler ?

-D’abord qu’est ce que Kyogané san vous a dit à mon sujet ?

-Pas grand-chose, juste que ce serait mieux pour nous de vous avoir dans nos amis. Au cas où. Enfin je sais pas ce qu’il vous a raconté lui, sur nous, mais on s’est fait un peu attaqué…

-Il m’a raconté. Des nomades. C’était plutôt prévisible.

-C’était pas de chance, répliqua Arisa.

-Non. Prévisible. Et le plus effrayant d’après lui c’est que ça ne vous a pas vacciné du fait de vivre sans la protection d’une meute.

-On a pas besoin de meute, on est une meute ! Expliqua Mimiko.

-Non. Une meute a un territoire défini et un alpha. Vous vous êtes d’étranges électrons libres. Je trouve bizarre que Kyogané san vous passe ce genre de caprice. C’eut été quelqu’un d’autre, il aurait prévenu la meute la plus proche et ils vous auraient embarqué sans se poser de questions.

-J’aimerais bien voir ça, répliqua Arisa en grognant. Quoique vous en pensez, on est capable de se défendre toute seule !

-C’est stupide, n’êtes vous pas venu me voir pour que JE vous protège, le cas échéant ? Ce genre de raisonnement fait de moi votre chef de meute, vous savez ?

Mimiko s’ajouta au concert de grognement et la louve et la panthère manquèrent de s’étrangler quand Naru prit la parole :

-Pourquoi ne pas l’être dans ce cas là ?

-NARU !!!!

-Quoi ? On serait beaucoup plus tranquille comme ça !

-Pas question ! Refusa le roux un peu vivement. Je viens de partir d’une meute, je ne vais pas à nouveau m’y enfermer !

-Vous avez la même réponse que le docteur Kyogané, répondit Naru d’un ton déçu.

-Tant mieux ! Lâcha Arisa.

-Ca dépend pour qui… Un peu de discipline ne vous ferait pas de mal.

-QUOI ?!?!

-Et si on se présentait proprement avant de s’engueuler ? Proposa Asuka en s’interposant entre Kyo et Arisa. Ca n’a pas été fait il me semble.

-Bien. Je m’appelle Kyo Soma. Je viens du Clan Soma, la plus puissante meute existante au Japon. Et contrairement à vous, je suis né changeur.

-On peut naitre changeur ? S’étonna Naru.

-De deux parents changeurs, ça semble évident, répondit Asuka. Puisque ça se transmet par hum, bref… Moi je m’appelle Asuka.

-Je suis Naru, ajouta la brunette prés d’elle.

-Arisa.

-…Mimiko… De la meute de Bouconne, ajouta la brune après coup.

-La meute de Bouconne ? Répéta Kyo.

-Hé ça le fait ! Approuva Arisa. Un peu provincial peut être, mais c’est pas mal !

-C’est quoi Bouconne ?

-Notre territoire, eh oui, ça te bouche un coin, on a notre propre forêt. Enfin on se l’est autoattitré.

-… Stupide…

-Et quoiqu’en dise les gens, on est la meute de Bouconne. Point final à la ligne, insista Mimiko.

-J’ai l’impression que quoi qu’on dise, ça ne changera rien, non ?

-Exact, on est une bande de tête brûlée et fière de l’être ! Fit Asuka. Tout ce que vous pouvez faire, c’est accepter de nous aider de temps en temps ou bien continuer votre vie comme si on ne vous avez jamais rencontré… Mais j’avoue que depuis l’histoire des nomades, je ne suis pas du tout contre un peu d’aide. On sera pas toujours là pour nous protéger les une les autres, surtout Mimiko qui va au lycée à Toulouse et qui s’y retrouve seule.

La brune en question fit un geste nonchalant de la main, semblant considérer ce détail comme insignifiant.

Le garçon ne répondit pas immédiatement, il se remit à les fixer les une après les autres avant de fermer les yeux et de pousser un soupir silencieux. Après quoi, il sortit de son sac un stylo et se mit à gribouiller un numéro sur une serviette en papier, coincée sous une salière dans un coin de table.

-C’est mon numéro de portable. Si vous avez un problème, appelez, lâcha t’il un peu sèchement avant de quitter la table et de partir sans leur laisser l’occasion de dire quoique ce soit d’autre.

-Bizarre ce type, conclut Arisa en soulevant la serviette.

-De mon point de vue encore humain, ce sont tous les changeurs qui sont bizarres, répliqua Asuka en ricanant.

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15 mai 2011

Partie 5

***

Le gel de Décembre s’empara de la ville, la couvrant d’une pellicule grise et blanche, tandis que des décorations lumineuses de sapin, de feuilles de houx ou d’étoiles s’accrochaient aux réverbères, formaient des arches dans les rues piétonnières et rappelaient aux lycéens la proximité engageante des vacances de Noël.

Arisa s’enivrait des odeurs de marrons grillés, de gaufres, crêpes et autres chocolats et vin chaud alors qu’elle déambulait aux côtés de sa mère et de sa petite sœur dans le marché de noël réunis sur la place du Capitole. Tout cela lui donnait l’eau à la bouche.

Elle devait cependant se contenter de regarder à l’intérieur des cabanons en bois disposés en rangées pour trouver quelque chose à offrir le 24. Devant un stand à bijoux, sa petite sœur s’extasiaient sur des broches colorées, tandis qu’elle-même louchait sur des pendentifs et boucles d’oreilles en onix. C’était tout elle, ça, c’était quand elle devait trouver pour les autres, qu’elle trouvait des choses intéressantes pour elle.

La blonde ne put s’empêcher de se demander si ces boucles iraient bien sur sa forme de loup. Question qu’elle se posait depuis samedi soir dernier, lorsqu’elle avait constaté que le labrador avec lequel elle chassait avait de petits anneaux dorés aux oreilles. Mimiko ne portait pas de boucles d’oreilles et comme elle n’avait jamais eu l’occasion de se regarder dans un miroir lorsqu’elle était transformée (elle s’était juste aperçue dans des flaques d’eaux), elle n’avait jamais réalisé qu’elles gardaient leurs piercings et bijoux.

Ce soir elles retournaient toutes chasser, elle avait envie d’essayer quelques « styles », histoire de customiser son loup. Mais rien qui la gênerait pour chasser, car ça l’énerverait beaucoup. Naru et elle venait tout juste de mettre au point une technique plus ou moins concluante pour attraper des petits animaux. Le labrador trouvait que c’était un jeu amusant, mais contrairement à Arisa, son instinct ne la poussait pas particulièrement vers la chasse. C’était moins pour manger que pour jouer qu’elle suivait la louve. Et la chienne déplorait généralement qu’Arisa, une fois la proie attrapée, la tue. Mais elle savait qu’elles n’avaient pas le droit de laisser en vie un animal mordu. Le docteur Kyogané le leur avait interdit.

Penser à la chasse rappela à Arisa qu’elle se mettrait bien un petit truc sous la dent. Suivant sa mère et sa sœur qui bougeaient jusqu’au stand suivant, elle huma l’air, cherchant ce qui sentait le plus bon. Le fondant au chocolat ? Les gaufres au Nutella ? Les churros ? Les marrons… ? … L’odeur détestable de fauve ?

Hé ?

Arisa se retourna brusquement, cherchant dans la foule d’où venait cette odeur. Elle était certaine, pour en avoir senti d’autres, qu’il s’agissait d’un changeur.

-Arisa, tu viens ? Fit sa mère en se retournant dans sa direction.

-Ouais, ouais, j’arrive.

La jeune fille se tourna vers elle en faisant en sorte de se calmer. Après tout, Kyo leur avait dit qu’elles n’étaient pas les seuls changeurs de la ville. Rien d’étonnant à ce que l’un d’eux se trouve aussi à flâner au marché de Noël. Il ne lui voulait probablement aucun mal.

Malgré cette réflexion, elle sentait ses poils s’hérisser tout le long de son échine. La louve n’aimait pas l’idée d’être aussi prés d’un changeur qui ne faisait pas partie de sa Meute.

/Danger/

*Tout va bien, il va peut être s’éloigner, il ne m’a peut être même pas senti*

En plus, par chance, sa mère et sa sœur avait accéléré le pas pour passer des stands de charcuterie, fromages et autres mets en rapport plus ou moins proche avec les fêtes de fin d’années. Elles tournèrent, passèrent devant un Père Noël longiligne qui avait tenté de se remplumer avec un coussin  et s’engagèrent dans une nouvelle allée de petits chalets. L’odeur du changeur disparut un moment, laissant Arisa respirer et se détendre. Mais elle réapparut bien vite à son goût, accentuant son impression de malaise.

*Grrrr dégage… Laisse moi faire les boutiques tranquille !*

Elle jetait des regards en arrières, mais avec la foule, impossible de deviner de qui il s’agissait. Un changeur sous sa forme humaine ressemblait à n’importe quel humain, suffisait de la regarder : qui pourrait deviner qu’elle cachait en elle une bête féroce ?

Ne supportant plus cette situation et jugeant plus prudent de s’éloigner de sa mère et de sa sœur, elle inventa un prétexte pour se séparer d’elles, indiquant qu’elle les appellerait une fois qu’elle voudrait les retrouver, et disparut dans la foule.

Elle craignait un peu que le changeur sente son odeur sur les membres de sa famille, mais apparemment, il semblait plutôt vouloir suivre sa trace. Elle sentait toujours son odeur lorsqu’elle quitta le marché de Noël alors elle se mêla dans la foule qui naviguait sur les trottoirs.

C’était à présent officiel, pour un motif inconnu, elle était suivie. Que ce soit par curiosité ou pour des actions malhonnêtes ne changeait rien à ses yeux : elle n’aimait pas être poursuivie comme une proie. Elle était tentée de l’attirer dans un coin pour lui dire son fait /lui arracher les oreilles/ mais elle savait que ce serait très imprudent. Elle était seule, ni Mimiko, ni Naru n’étaient présente. Personne ne pourrait lui venir en aide si besoin.

Mais alors, quelle conduite devait t’elle tenir ?

Elle sortit son téléphone portable et composa le numéro du docteur Kyogané. Malheureusement de longues intonations lui répondirent avant de tomber sur le répondeur. Le docteur n’était pas disponible.

*Merde, moi qui espérait lui demander conseil…* 

Elle voulut faire défiler les numéros enregistrés sur son répertoire pour appeler l’une de ses amies lorsqu’elle tomba sur « Kyo ».

Elle hésitait.

L’appeler serait lui prouver qu’il avait raison au sujet de ce qu’il leur avait dit. Et ce serait aussi une façon de se mettre sous son autorité et ça l’agaçait au plus haut point. Mais elle ne savait pas quoi faire d’autre.

Elle appuya sur la touche appel et écouta à nouveau les intonations d’attentes tout en continuant à suivre la foule. Heureusement cette fois-ci, quelqu’un décrocha :

-Allo ?

-Oui Bonjour Kyo, c’est Arisa, fit t’elle d’une voix rapide et étranglé. Tu sais la blonde un peu chiante de Bouconne…

-J’avais reconnu ta voix. Qu’y a-t-il ?

Il avait dû sentir sa tension dans sa voix car ces derniers mots sonnaient inquiets.

-Désolé de te déranger dans ce que tu faisais, mais j’aurais besoin d’un conseil là tout de suite. J’étais tranquillement en train de faire mes courses de Noel quand un suiveur a décidé de jouer au chat et à la souris et comme je me suis dit que c’était pas une bonne idée de lui sauter dessus pour le tabasser…

-Excellente décision…

-Je cherche un moyen de le semer et ce, sans succès, continua Arisa qui ne s’était presque pas arrêté au commentaire ironique du roux.

-Tu es sur que c’est un changeur ?

-Oui je suis sure, je l’ai senti. J’ai un excellent odorat, je suis un loup !

Elle n’éprouvait aucune gène à lui révéler quelle bête elle était, surtout qu’elle savait malgré lui qu’il était un félin.

-Je l’ignorais, répondit simplement le roux. Le seul moyen de le semer est de lui faire perdre ton odeur. Où es tu ?

-Dans le centre de Toulouse.

-Tu as une station de métro pas très loin de ta position ?

-Oui, Jean Jaures.

-Très bien, tu vas aller prendre le métro. Il va falloir agir avec rapidité, le but étant d’entrer dans une rame différente que ton poursuiveur. Tu feras passer quelques stations, puis tu en descendras au dernier moment, et quand je dis le dernier moment, c’est le dernier moment. Il ne faut pas qu’il prévoit ta sortie.

-OK, fit Arisa en arrivant aux escalators qui descendait jusqu’au métro.

-Une fois sorti, prend le métro en sens inverse en te rendant à une autre station plus éloigné, puis ensuite arrange toi pour descendre à Roseraie.

-Pourquoi ?

-Je t’y attendrais là bas.

Arrivant sous terre, elle perdit à ce moment le réseau et la communication s’arrêta nette.

-Bon OK, c’est parti, se murmura t’elle en rangeant son téléphone.

Elle sentait toujours l’odeur piquante du musc, celle du changeur, lorsqu’elle poinçonna son ticket, mais la foule présente la lui cachait un peu : elle devinait que ce devait être pareil pour sa propre odeur. Elle descendit un nouvel escalator en piétinant sur place car elle était bloquée sur sa marche par la foule, jusqu’à être libéré à temps : des wagons étaient en train d’arriver à quai. Elle se précipita vers le fond, songeant que le changeur, derrière elle, n’aurait pas le temps d’atteindre sa voiture et rentrerait par la première ouverture. Elle se retrouva pressée contre la paroi de la porte quand celle-ci se referma, écrasée par une foule d’acheteur. Elle ne sentait plus le changeur mais certaines odeurs lui faisaient regretter la précédente.  

Se sentant moins en danger, mais toujours un peu tendue, elle se força à se calmer. Jetant un coup d’œil à son téléphone, elle se sentie reconnaissante envers ce type qui n’avait pas hésité une seconde à l’aider… Après tout elle s’était conduite un peu rudement envers lui et il n’avait aucune responsabilité envers elle.

Et c’était un peu agaçant, mais elle se sentait rassurée à l’idée qu’il l’attendait. Peut être parce qu’il ne s’était pas imposé et qu’il ne leur voulait aucun mal, la louve en elle semblait ne plus avoir de différent avec lui et l’humaine du coup ne ressentait plus de sentiments parasites qui l’empêchait de le considérer comme un humain avant un animal.

S’étant éloigné de deux stations, elle prit sa décision de descendre au prochain car elle craint en voyant des personnes entrer dans le wagon que le changeur qui la suivait en profite pour se rapprocher du sien, voire même d’y entrer.

Profitant du monde qui descendait, elle attendit que la sonnerie de fermeture des portes retentisse pour en sortir comme une furie et de courir jusqu’à l’escalator. Elle ne chercha pas à tourner la tête pour voir si elle était suivie, ni à sentir, elle couru juste pour prendre le métro dans l’autre sens et se sentit rassurée une fois dans un wagon, en sécurité. Elle était presque sur de n’être plus suivie et commença enfin à se détendre.

Qui qu’il était, elle espérait ne plus jamais le rencontrer.

Elle se laissa porter jusqu’à la station roseraie et eut le plaisir d’apercevoir le roux sur le quai. Sortant, elle s’approcha de lui, humant inconsciemment son odeur qui ne lui paressait plus si agressive.

-A première vue, on dirait que tu l’as semé, affirma t’il.

-Oui, je crois.

Il posa soudainement sur le front de la blonde une cannette d’Ice Tea, la légère fraicheur du contact la surprit un instant.

-Tiens.

Il la lui fourra dans les mains sans explication et tourna les talons. Arisa était perplexe, mais il tourna la tête vers elle :

-Tu n’as pas envie de prendre l’air ?

-Si !

Elle le suivit alors en décapsulant la canette : la course poursuite lui avait donné soif… Peut être qu’il y avait pensé exprès ?  

Il semblait secret, un peu bougon, mais il semblait au final qu’il ait plutôt bon fond et qu’il savait prendre soin des autres.

Définitivement, elle ne le voyait plus comme un ennemi ou un adversaire.  

Si ça continuait comme ça, ils pourraient même devenir amis !

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01 août 2011

Partie 6, 7 et 8

***

Sumomo regardait Mimiko anxieusement alors que celle-ci tapait du pied frénétiquement sur le sol en fixant toutes les deux minutes sa montre. Sur sa table se tenaient des cadavres de critérium et de stylo, cassés en deux ou réduit en petits morceaux de plastique. La brune semblait sur le point de craquer, comme si elle avait abusée du café ou d’une autre mixture énergisante. Depuis ce matin, elle ne tenait pas en place et s’agitait nerveusement ce qui agaçait prodigieusement les professeurs.

Mais comment Mimiko aurait pût leur expliquer qu’elle se sentait comme avec un trop plein d’énergie qu’elle n’arrivait pas à canaliser et que le fait de savoir que le week-end prochain, elle ne pourrait pas aller se défouler à Bouconne pour cause de voyage chez ses grands parents, la rendait encore plus nerveuse ?

Ses yeux se fixaient sur chaque bruit, sur chaque mouvement brusque, son corps tremblait d’impatience et la panthère en elle ne comprenait pas pourquoi elle devait rester assise sur cette chaise et ne pas partir pour aller courir.

Elle essayait de se calmer pour éviter de grogner, ce qui aurait attiré encore plus l’attention sur elle.

*Vite, vite… La sonnerie de fin de cours !*

Son existence devenait de plus en plus difficile.

Finalement, comme pour soulager à la fois la changeuse et son amie, la fameuse musique retentit dans l’établissement et leur professeur d’histoire leur donna leurs devoirs.

Mimiko rangea ses affaires en trente-sixième vitesse sous les yeux éberlués et un peu inquiet de Sumomo.

-Mi chan, ça va ? T’es bizarre et un petit peu flippante ces temps-ci…

-Maintenant ça va, t’inquiète pas, c’est juste l’hiver qui me rend comme ça, il fait moche et il fait nuit tôt, marmonna Mimiko comme excuse. A demain !

-N’oublis pas qu’on a contrôle d’anglais!

-Comment je pourrais oublier ça…

Démarrant au quart de tour, la brune quitta la classe et courut vers les escaliers auxiliaires pour éviter d’être pris dans la masse du central. Etant au quatrième étage, ça en faisait des marches à descendre… Mais malgré ça, elle n’était toujours pas fatiguée…

Refusant de prendre le train, et malgré les avertissements de Kyogané, elle choisit de déambuler dans la rue afin de se calmer un peu, c’était mieux que rien…

Pourtant elle s’aperçut vite que ça ne la calmait pas du tout… Au contraire. Elle se tendait à chaque fois qu’un individu passait à côté d’elle. Se tenant la tête, elle poussa un long soupir :

-Peut être que je devrais me remettre au sport…

C’est à ce moment là que retentit un cri de femme :

-AU VOLEUR !

Un jeune en scooter venait d’arracher un sac à une vieille femme et s’enfuyait dans sa direction sans que personne ne réagisse, se contentant de s’écarter de son chemin.

Il passa à côté d’elle avec un sourire narquois et pendant un bref instant son odeur acre s’imprima dans ses narines et les iris de la jeune fille s’agrandirent tandis que sa pupille se rétrécissait en une étroite ligne.

Et alors qu’il la dépassait, elle ne fit ni un ni deux, agissant sans penser, elle se retourna et malgré son sac de cours, fit quelques foulées rapide et bondit sur lui.

Le jeune homme fut déséquilibré de l’engin et porté à terre, Mimiko le tint contre le goudron, pesant de tout son poids, sa tête prés de la sienne, grognant pour l’intimider tandis que le deux-roues allait s’écraser contre un banc.

Et effectivement il l’était. Horrifié par les yeux félins qui le fixait sans ciller, par le son roque qui résonnait autour de lui et par la force de cette lycéenne.

-Laissez-moi partir, je vous rends le sac ! Pleurnicha-t-il.

La petite grand-mère s’était approchée et arracha le sac des mains du voleur avec une exclamation indignée.

-Merci jeune fille ! Tenez le encore un instant, j’appelle la police !

Mimiko ne répondit rien mais constata qu’elle se sentait d’un coup beaucoup mieux et qu’elle avait cessé de grogner pour ronronner, satisfaite d’avoir attrapé sa proie et de la maintenir, l’empêchant de s’échapper.

Elle ne pouvait renier ou contenir sa nature de chasseuse. C’était impossible. Et elle était capable d’attraper des proies beaucoup plus grosses qu’elle et sans l’aide de personne.

En ce moment, elle avait l’entière conscience de sa puissance.

La police finit par arriver et Mimiko le lâcha, récupérant ses yeux normaux pour pouvoir faire sa déposition au poste de police. La petite grand-mère la suivit dans la voiture et lui mit dans la main un billet de 20 euros.

-Ce n’est pas grand-chose, mais c’est pour vous remercier, lui souffla t’elle.

Mimiko voulut le lui rendre, mais sans succès, aussi le rangea t’elle dans sa poche.

Une fois arrivée au commissariat, le voleur envoyé en cellule, Mimiko dût attendre dans le hall que la victime ait finit d’être interrogée. Elle observa un moment le manège des policiers, puis ne tenant à nouveau plus en place, se mit à fixer les affiches des murs.

Son regard fut alors captivé par des avis de recherches près du poste de l’accueil. Elle était étonnée de découvrir que la plupart de ces hommes et femmes avaient leur « tête » mise à prix, elle avait pensé que ça ne se faisait plus depuis le far west…

Puis soudain elle eut une idée.

Si elle ne pouvait pas se rendre à Bouconne tous les jours, rien ne l’empêchait cependant d’écumer la ville… Et à défaut de proies animales, ces têtes-là feraient très bien l’affaire ! Après tout, ILS voulaient les attraper, alors pourquoi ne le ferait-elle pas ? Ce ne serait pas illégal… Et puis elle avait attrapé avec tant de facilité ce type tout à l’heure…

Contre un autre changeur, elle voulait bien admettre (bien qu’à contre cœur) qu’elle ne faisait pas le poids… Mais contre un simple humain…

Satisfaite par cette idée de génie, elle prit grand soin de noter dans son carnet les renseignements de l’une des affiches et de croquer le portrait-robot présenté.

A présent… Il ne lui restait plus qu’à mener son enquête !

***

L’évènement du métro avait légèrement refroidi Arisa, ainsi, lorsqu’elle fut à nouveau obligée de se rendre à Toulouse, elle s’assura d’abord d’avoir une escorte. Le fait de vouloir inconsciemment se rapprocher de Kyo n’y était pour rien. Non vraiment rien. Elle voulait juste terminer ses achats de noël sereinement.

Elle l’attendait tranquillement sur le quai de la gare lorsqu’elle le vit approcher d’un pas nonchalant, un pas de félin, songea t’elle en remarquant que Mimiko avait un peu le même.  

Il portait un manteau de cuir brun assorti d’un jeans et derrière son dos se dessinait un étui à guitare noire. Arisa ouvrit de grands yeux étonnés :

-Tu joues de la guitare ?

Le rouquin jeta un bref regard dans son dos.

-Je joue dans un groupe de temps en temps.

-La claaaaasse ! Et tu interprète plutôt quoi ? Voulut-elle savoir en s’approchant de lui.

Ce dernier recula un peu et elle se demanda si c’était à cause de son odeur de canin. Celle de Kyo ne la dérangeait déjà presque plus.

-Hum, Pink Floyd,  Zeppelin, Dylan, Hendrix… Enfin les classiques… Mais tu n’es pas venu parler de ça, allons à ton magasin si tu veux bien, je ne voudrais pas rentrer trop tard.

-Désolé de t’avoir réquisitionné, lança la blonde en le suivant alors qu’il tournait les talons.

Elle aurait bien aimé dire que c’était parce que Kyogané n’était pas disponible, mais elle n’avait même pas pensé à l’appeler… Enfin le choix était vite fait entre le rouquin et le médecin.

Kyo se contenta d’hausser les épaules et ils prirent le métro ensemble. Malgré les rames étroites, il continuait à garder ses distances avec elle, son regard semblant regarder au loin et percer les murs des tunnels. Arisa ne comprenait pas vraiment pourquoi il se comportait presque comme un inconnu.

Pareil dans la rue, ils ne marchaient pas côte à côté, mais séparé de plusieurs mètres. A bien y penser, songea-t-elle avec regret, il se comportait bel et bien comme une escorte et pas comme… Comme quoi ?

Elle espérait toujours au fond d’elle pouvoir sympathiser. Elle n’allait certainement pas insister s’il se mettait à la fuir comme la gale, mais elle ne voyait pas pourquoi ils ne pourraient pas s’entendre.

Arrivant devant la boutique de thé, elle entra et fut accueillie par une bouffée d’agréables odeurs de plantes séchées. Avec un petit sourire extatique, elle se dirigea vers une jeune femme qui proposait des dégustations de variétés de thé gratuite et retira son manteau pour le passer sur son bras. Kyo rentra derrière elle et jeta des regards aux étals autour de lui : apparemment c’était la première fois qu’il venait ici.

Buvant à petite lampée le thé qu’on lui avait servi, Arisa revint vers lui et lui expliqua même s’il ne l’avait pas demandé :

-Je vais offrir un assortiment de thé à ma mère.

-Oh. Fut sa seule réaction avant de s’éloigner à nouveau, la jugeant apparemment trop près de lui.  

*OKKKKK… Grrrr….* Grogna intérieurement Arisa en allant chercher le petit coffret qu’elle avait repérée.  

Elle le paya à la caisse et s’apprêta à soulager Kyo du poids de sa présence. Elle entendit à peine le « ATTENTION ! » de celui-ci, qu’en se retournant elle butta contre une femme qui portait deux gobelets de thé.

Elle fixa médusée ces deux derniers se renverser sur son T-shirt.

Tirant sur le tissu trempé, elle se demanda si ce n’était pas son jour de malchance. Si ce n’était pas le cas ça y ressemblait fortement.

La femme et les membres du magasin vinrent la voir et s’excusèrent, mais ils ne pouvaient pas sécher le vêtement. Arisa était condamnée à rentrer chez elle avec un T-shirt trempé, qui, vu la température extérieur, deviendrait vite glacé.

Alors qu’elle ne savait quoi faire, Kyo l’attrapa par le sac et la conduisit sans lui donner le choix vers la sortie. Comme prévu, l’air glacial la frappa et elle voulut remettre son manteau. Son compagnon l’arrêta dans son geste, l’air embarrassé :

-Tu vas le salir lui aussi.

-Euuuh oui, mais à choisir, entre salir mon manteau et attraper la mort, je sais quel choix je fais, répliqua t’elle, cinglante.

Elle ne savait pas si c’était à cause de son air résigné ou à cause de l’évidence de la chose, mais elle avait envie d’être cassante.

-Le métro est à deux pas, t’as qu’à venir chez moi, je passerais ton T-shirt à la machine, maugréa t’il.

Arisa resta un instant immobile, ne sachant que penser. Attendez : lui qui ne voulait même pas l’approcher, pas parler de lui, il voulait la laisser entrer chez lui ???

Bon après tout, c’était lui qui l’avait proposé, il avait plus qu’à assumer. Ainsi hocha-t-elle la tête, et le cou rentré dans les épaules, se dirigea à grands pas vers la bouche du métro.

Ils prirent la direction de Roseraie, puis une fois sorti à l’air libre, marchèrent un peu avant d’arriver à un immeuble. Arisa qui avait déjà trop froid ne prit pas la peine d’observer les lieux et entra derrière le changeur pour ensuite grimper trois étages.

Il hésita un moment avant d’insérer la clef et Arisa compris pourquoi en entrant : les lieux étaient loin d’être rangés.

Mais à vrai dire, c’était assez similaire à l’état de sa propre chambre.

La première chose qui la frappa fut l’odeur : celle de Kyo envahissait les lieux comme celle du thé dans la boutique. Elle comprit alors instinctivement qu’elle venait de mettre les pieds dans un endroit sacré : le territoire d’un autre changeur.

Ne pouvant s’empêcher de se faire toute petite, comme l’intruse qu’elle était en ces lieux, elle pénétra dans la pièce principale.

Kyo vivait seul dans un studio. Les murs étaient de crépis blanc, tapissés par quelques posters zen, il y avait un lit défait dans un coin, occupé par des partitions jetés à la va vite, une petite étagère avec des livres, une kitchenette en face, une table basse était retournée contre un mur, près de quelques outils de sports, une télé occupait une étagère fixée au mur au-dessus d’un bureau.

Le jeune homme ouvrit des tiroirs sous son lit et attrapa un haut de survet qu’il lui tendit en désignant une porte :

-Tiens, tu peux aller te doucher, t’auras qu’à enfiler ça et mettre ton T-shirt dans la machine à laver, ya un cycle court.

Elle laissa tomber son sac et son manteau dans un coin, s’empara du vêtement et entra dans la nouvelle pièce : une petite salle de bain.

Lançant la machine à laver, elle finit de se déshabiller et pénétra avec plaisir dans la douche. Sous l’eau chaude, elle ne put s’empêcher de chercher des raisons à l’étrange comportement de Kyo. Il faudrait qu’elle demande à Mimiko si son odeur était aussi désagréable que ça pour un félin. Faisant couler du gel douche dans sa main, elle songea que cela devrait l’atténuer un peu… Après tout… C’était celui de Kyo, une odeur familière pour lui…

Elle ne resta pas longtemps pour ne pas dilapider les ressources du jeune homme. C’est alors qu’elle cherchait une serviette _pas de choix, il n’y avait que celle de l’occupant des lieux_ qu’elle entendit les accords de guitare.

Stairway to Heaven

**

Quand Arisa avait disparu dans la salle de bain, Kyo avait eu du mal à retenir son agitation. Fronçant les sourcils, il avait fait les cents pas dans l’espace réduit de ce qu’il considérait comme son territoire… Si l’on pouvait se permettre d’appeler un espace aussi réduit ainsi. Il ne savait pas s’il tiendrait très longtemps comme ça d’ailleurs.

Puis il avait entendu les bruits d’eau et fonça sortir sa guitare de son étui pour éviter de laisser son imagination divaguer sur ce qui se passait dans la pièce d’à côté.

Elle est nouvelle, elle ne sait pas ! Se força-t-il à se répéter. Surtout pour son animal intérieur.

Il commença à pincer les cordes de l’instrument, se concentrant uniquement sur les accords. Cela le calma immédiatement et il se laissa aspirer par la mélodie calme, fredonnant d’une voix basse les paroles.

Il ne remarqua pas la présence de la jeune fille qui était sortie et qui l’observait sans bruit. Ce ne fut que lorsqu’il termina qu’il releva les yeux et tomba sur elle.

Il dût à nouveau censurer les réactions de son autre lui. Elle était adorable avec le survet trop grand qui dénudait légèrement ses épaules et ses cheveux légèrement humides où étaient collées quelques gouttes de rosée.

-C’est génial, tu joues plutôt bien, le complimenta-t-elle en s’approchant et en tendant les bras vers la guitare : je peux ?

Il la lui passa et elle s’assit pas loin de lui pour passer ses doigts blancs sur les cordes, les effleurant à peine. Il réalisa alors qu’il ne l’avait pas repéré tout à l’heure parce que son odeur était moins présente. Pour son grand damne, celle-ci était couverte en partie par la sienne. Sa serviette… Son survet… Les lieux… En fait ça avait été une TRES mauvaise idée.

Il ne put s’empêcher de suivre une goutte qui coula d’une de ses mèches le long de son cou et glissa sur son omoplate pour disparaitre dans l’obscurité du vêtement, ses pupilles devenant deux fentes étroites.

/Elle a mon odeur, elle m’appartient…/

Aïe ! Mauvais ! Non, non et NON ! Elle ne SAIT pas, ça ne compte PAS !!!

La jeune fille n’avait même pas conscience de son combat intérieur, jouant avec l’instrument. Comme si elle avait décidé de le faire craquer, elle se pencha vers lui légèrement, lui envoyant une nouvelle bouffée de son odeur mélangé à la sienne et lui sourit :

-J’aimerais bien savoir jouer de la guitare, tu pourrais m’apprendre ?

Ça n’allait absolument pas dans la ligne de conduite qu’il devait tenir. Heureusement, la machine à laver bipa, annonçant que le T-shirt était nettoyé et sec. Heureusement parce qu’il fallait ABSOLUMENT qu’elle s’en aille avant qu’il ne fasse une bêtise.

Il se leva comme s’il avait pris un coup de jus.

-Ton T-shirt est prêt, tu vas pouvoir rentrer. Je t’accompagne jusqu’à la gare.

Il pouvait au moins faire ça, et puis l’air frais lui aèrerait les pensées.

Son regard vert se refroidit mais il préféra se dire que c’était pour le mieux. Elle se redressa un peu raidement et alla récupérer son bien et se changer dans la salle de bain. Il l’attendit en rangeant sa guitare.

En revenant elle lui rendit son survet avec un « merci » sec et il songea qu’il allait partir direct à la machine lui aussi : il s’était imprégné de l’odeur de la louve !

Son animal intérieur grogna à la laisser repartir, mais Kyo était plus que décidé à ne pas perdre son contrôle.

C’est sans un mot qu’ils rejoignirent la gare et qu’ils attendirent le train.

L’air froid et vif l’avait calmé. Et le fait de s’être placé CONTRE le vent y jouait aussi.

Le train arriva finalement en cahotant et, décidé, Kyo se tourna vers Arisa pour lui asséner :

- Tu ne devrais plus chercher ma compagnie.

Elle eut un léger sursaut de la tête, comme s’il l’avait giflé.

-Pourquoi ? Se contenta-t-elle de demander d’une voix froide.

Il détourna le regard, gêné.

- Parce que. Nous autres ne réagissons pas tout à fait comme les humains. Je pourrais croire des choses…

-Quelles choses ?

Il la sentait perdue. Le train s’immobilisa à côté d’eux et les portes s’ouvrirent.

-Actuellement, l’amitié est une chose impossible pour nous deux, s’esquiva Kyo.

-Et pourquoi ça ? Mais de quoi parles-tu ? Explique-toi, je ne comprends pas ?

Elle s’avança en même temps à l’intérieur du train et se retourna vers lui, il se plaça sur le quai, devant elle, alors que la sonnerie de fermeture des portes sonnaient.  

-Si tu continues à venir me voir SEULE, je vais finir par me croire des droits sur toi ! C’est aussi simple que ça ! Et comme ça n’a même pas l’air te t’effleurer l’esprit, j’ai l’impression que ça ne te plaira sûrement pas ! Lui lança-t-il.

Il ne pût pas entendre sa réponse car les portes se refermèrent à ce moment-là.

A suivre…

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