12 septembre 2013

Chapitre 8- partie 1

Chapitre 8 : Le Soigneur

 

Ce matin Arisa se réveilla de mauvaise humeur.

Enfin c’était l’impression qu’elle avait, pas assez dormi, inhabituellement nerveuse… Elle avala sa salive plusieurs fois en se demandant ce qui clochait. Elle se sentait un peu fiévreuse, peut-être était t’elle malade ? Puis elle bailla longuement en s’étirant et là elle percuta.

Elle avait envie de quelque chose.

Mais quoi ? Voilà toute la question. 

 

Sa mère en entrant dans la cuisine fit un saut en arrière, éberluée, en voyant Arisa finir son steak haché avec voracité.

-Depuis quand tu manges de la viande au petit déjeuner ? S’exclama-t-elle.

Depuis quand mangeait-elle au petit déjeuner d’ailleurs ?

Arisa regarda son assiette d’un air insatisfaite :

-Je sais pas… Mmmh je croyais avoir envie de viande… Mais c’est pas ça…

Sa petite sœur arriva sur cette entrefaite et la fixa à son tour d’un air surpris.

-Bein Arisa ? Qu’est-ce que t’a fait ? T’as l’air… bizarre ce matin ! Tu trouves pas maman ?

-Oui tiens c’est vrai… T’as changé de shampooing ? Tes cheveux semblent plus... plus brillants.

-J’ai pas changé de shampooing ! Répliqua Arisa avec agacement.

-Alors tu as mis de la crème pour le visage ?

-Tu t’es maquillée ? Renchérit sa sœur.

-ROOH  ça suffit de me détailler ??? Je suis en pyjama putain : Je suis pas maquillée ! J’ai rien mis de nouveau ! FOUTEZ-MOI LA PAIX !!!!    

C’était plus fort qu’elle, dès qu’elles étaient arrivé dans la pièce, Arisa avait eu envie de les faire dégager rapido. Mais là en plus avec leurs questions stupides…

-Eh Arisa, change de ton immédiatement ! La prévint sa mère en fronçant des sourcils. Non mais ça va pas…

-C’est de votre faute…

Elle réalisa alors pourquoi elle ne les voulait pas à ses côtés c’était des /rivales/ pour ce qu’elle désirait. Quoi que c’était encore une fois.

 

Une fois habillée et prête, elle fut plus qu’heureuse de sortir dehors et de respirer l’air frais du matin. Elle pensait que le froid la calmerait un peu, c’est cependant le contraire qui se produit. Ca semblait la titiller encore plus, la rendre plus sensible… Aaah… Pourquoi ça ne se calmait pas ?

Une odeur dans l’air lui donna sa réponse et elle poussa un petit soupir de satisfaction. Ca sentait diablement bon… Mais d’où cela provenait-il ? Il fallait absolument qu’elle le découvre.

Plus elle avançait vers son lycée, plus l’odeur devenait plus puissante, se divisait en plusieurs parfum différents, certains plus fameux que d’autre. Et plus elle s’approchait, plus elle sentait sa nervosité se changer en autre chose, répondre à la chaleur qu’elle ressentait et se diffuser pour la rendre à la fois satisfaite… Et insatisfaite.  Son corps réclamait plus.

***

Asuka bailla à s’en décrocher la mâchoire. Elle avait passé toute la nuit d’hier à réviser les contrôles communs et n’avait pas assez dormi. Il y avait aussi un peu d’angoisse car c’était la première fois qu’elle allait plancher sur un « contrôle commun » et même si Naru ne cessait de relativiser en disant que c’était juste des contrôles un peu plus difficiles, elle ne pouvait s’empêcher pour sa part de les diaboliser.

Elle frissonna et serra un peu plus son épais manteau contre elle en exhalant un souffle blanc.

-Il fait trop froid pour réfléchir…

Elle aurait aimé se transformer car sous sa forme de lynx, une épaisse fourrure adaptée aux frimas la recouvrait comme l’avait prouvé leur dernière sortie à Bouconne où Mimiko, sous sa forme de panthère noire, n’avait cessé de râler et était rentrée avant elles. Les deux canins étaient quant à eux équipés d’un abondant sous poil qui les protégeaient.

Un petit sourire naquit sur ses lèvres. Oui, ça avait été une fantastique sortie.

Elle chassa ces pensées non humaine en voyant Isaka et Shinobu courir au-devant d’elle avec l’air à la fois catastrophée et à deux doigts du fou rire.

-Asuka ! Asuka ! Il faut que tu viennes voir, c’est horrible ! S’exclama Shinobu alors que les deux jeunes filles l’attrapaient d’un bras de chaque côté, manquant par la même occasion de se faire réduire en charpie car les changeurs détestaient qu’on réduise leurs possibilités de mouvement.

-Oui, oui, je viens… Que se passe-t-il ? S’enquit Asuka avec agacement tout en retenant ses très nouveaux instincts primaires.

-C’est Arisa ! Répondit Isaka.

-Quoi Arisa ?

-Non, faut mieux que tu le voies par toi-même !

Asuka se mit un instant à craindre qu’Arisa ait dévoilé leur secret… Mais non, c’était beaucoup trop dangereux de se mettre à dos tous les changeurs en faisant quelque chose de ce genre…

Tout d’un coup les contrôles communs semblaient être de gentilles petites épreuves à passer.

Ses deux amies la trainèrent jusqu’au deuxième hall, là où se tenait l’entrée du Resto 1, et où , sur un espèce de pylône qui avait toujours été là – sans raison d’ailleurs- se tenait Arisa…

Entourée de tout un tas de garçon.

Les yeux d’Asuka faillirent lui sortir des orbites.

Mais si, c’était bien son amie qui se tenait là, presque royale, un regard assuré et un sourire mutin aux lèvres, tandis que tout autour les garçons semblaient être devenus fous. Il y avait quatre groupe de garçon qui se battaient, d’ailleurs tout ceux qui tentaient de monter sur le pylône, comme subjugués, se faisaient attraper et tabasser.

Et Arisa riaient d’un air euphorique et elle n’avait jamais eu l’air aussi belle avec ses cheveux qui tombaient autour d’elle, aussi fluide et brillant qu’une cascade d’or, sa peau ivoirine et ses yeux verts comme deux joyaux. Ca et l’assurance triomphante qui l’animait.

Asuka ne pût s’empêcher de se sentir, elle, contrariée. Enormément contrariée. Elle avait même envie de donner un coup de pattes dans le museau de la louve.

Mais elle se reprit, elle voyait bien que tout ça n’était pas normal. La Arisa normale n’était pas comme ça, elle ne regroupait certainement pas tous les garçons /mes mâles, grrr…/ pour les regarder se battre pour elle.

Elle sentit soudain l’odeur de Naru à côté d’elle et entendit presque sa mâchoire se décrocher.

-Mais… Mais… Qu’est ce qu’il se passe ?!?!?!?!?

Bonne question…

***

Posté par Mkat à 21:46 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


28 septembre 2013

Chapitre 8 - partie 2

***

Il leur fallut se mettre à quatre pour l’arracher à l’attention du groupe de garçons décérébrés qui, s’ils n’avaient pas été coupés dans leur élan par deux des surveillantes, les auraient suivis comme des zombies.

Et pendant ce temps-là, Arisa les griffait, les mordait et les maudissait.

- LAISSEZ-MOI PUTAIN! JE VOUS AIS DIT DE ME LACHER ! VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT DE M’INTERROMPRE DANS… MES AFFAIRES DE… !!!

Asuka et Naru cessèrent de la trainer et la première la regarda d’un air menaçant en faisant un signe de tête vers Isaka et Shinobu qui les suivaient.

-Tes quoi ?

-Non, rien, lâcha Arisa à contrecœur dans un grognement.

Bon au moins elle ne semblait pas avoir perdu la raison au point d’en oublier qu’il leur fallait garder leur secret.

La sonnerie de début des cours retentit et Asuka et Naru se lancèrent un regard désespéré de chaque côté de la blonde. Que pouvaient-elles faire ? Elles n’allaient tout de même pas laisser Arisa se promener dans la nature dans l’état où elle se trouvait ? Et puis il leur fallait éloigner Shinobu et Isaka.

-Dites, qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Isaka. Ca a sonné.

-Arisa ne se sent de toute évidence pas très bien, répondit Naru en prenant les choses en main. Nous allons l’amener à l’infirmerie.

Et effectivement, maintenant qu’il n’y avait plus de garçon dans le coin, elle avait un petit air maussade et déprimé qui la ferait presque paraitre malade. Ce qu’elle était peut-être d’ailleurs, car sous sa main, le bras d’Arisa lui semblait inhabituellement chaud.

-D’accord… Bon, bein on se voit à midi, répondit Shinobu en jetant à nouveau un coup d’œil sur la louve.

-Ouais, et vous oublierez pas de nous dire ce qui s’est passé ?! Reprit Isaka qui ne perdait pas le nord. On dirait qu’elle a fait une montée d’hormone d’un coup !

Asuka se contentât d’un rire contrefait, puis quand les deux lycéennes eurent disparut, elle et Naru purent reprendre un air paniqué plus en accord avec leurs pensées.

-Bon, qu’est ce qu’on fait ? On peut pas l’amener à l’infirmerie !

-On va rater le début des cours ! A moins d’une semaine des contrôles communs ! On est morte ! S’angoissa Naru. Mais pourquoi on peut pas vivre une vie A PEU PRES normale sans que quelque chose vienne tout casser ???

-Qu’est ce qu’on faiiittt !!!! Répétât à nouveau Asuka, paniquée.

-Vous pourriez me lâcher ! Tenta Arisa.

-PAS QUESTION ! Grognèrent en accord les deux changeuses.

-Allezzz, il y a pas mort d’homme… J’ai besoin de quelque chose… Quelque chose que les garçons sont les seuls à pouvoir me donner… Ils sentent si boonnn…

Devant les regards horrifiés des deux filles, la blonde se renfrogna et essaya à nouveau de s’échapper, sans succès.

Il fallait dire que jusqu’ici, Arisa était la première à dire que les garçons du lycée étaient accompagnés d’odeurs horribles, que ce soit le déodorant dont ils se vaporisaient un peu trop allègrement, la sueur, surtout après le sport et certains même de saleté, et d’un relent que jusqu’ici elles s’étaient refusées catégoriquement à identifier.   

-C’est affreux, on nous a échangé Arisa !

-Oui, il y a pas à palabrer plus, il est clair qu’elle est malade…

-Je ne suis pas malade !!! Je ne me suis jamais sentie aussi bien ! LACHEZ MOIIII !!! ALLEZ FAITES PAS VOS EMMERDEUSES!!!!

-Il faut appeler le Dr Aoba, reprit Naru comme si elle n’avait rien entendu.

-Mais on ne peut pas l’amener jusqu’à son appartement…

-On va essayer d’aller jusqu’à chez moi déjà, il n’y a personne en ce moment.

-OK !

Comme comprenant qu’on essayait de l’éloigner de son but, Arisa se mit soudain à se tordre et la prise que Naru et Asuka avait sur elle leur échappa car à la place de bras se tint des pattes velues.

Arisa se laissa tomber sur ses quatre pattes, transformée, et montra les crocs à ses deux amies pour les dissuader de l’emmener.

-Je ne comprends pas ce qu’elle a, mais c’est clairement chiant… Grogna Asuka.

Et elle sauta sur l’animal encore empêtré dans les vêtements pour l’attraper par la peau du cou.

Arisa tenta de la mordre, mais il en fallait plus pour faire peur à une changeuse et les iris d’Asuka se rétrécirent en une fente dorée tandis qu’elle feulait dans sa direction. Naru ne fut pas en reste car elle attrapa le collier de chien qu’elle gardait toujours avec elle dans son sac (afin de pouvoir se promener en toute quiétude) et tout en muselant Arisa de la main, le boucla à son cou avec l’aide de la lynx.

Elle attacha ensuite la laisse et les deux filles lâchèrent la louve qui fit un bond en avant, tout en tournant sur elle-même pour essayer d’attraper l’attache et la déchiqueter.

Une telle rage venant d’un animal sauvage aurait autrefois immobilisé de peur les deux filles, mais plus depuis qu’elles étaient devenues à leur tour des carnivores. Arisa était un petit loup et, transformée, Asuka faisait à peu près la même taille.

-Laisse tomber Arisa, tu vas nous suivre gentiment ! L’intimida Asuka en se tenant devant elle, les poings sur les hanches.

Arisa lui grogna dessus, comme pour leur faire comprendre qu’elle ne serait pas coopérative.

Et effectivement, Naru et Asuka durent trainer lourdement un loup assis tout le long du trajet, s’attirant les regards curieux et moqueurs des passants.

***

Dès que le docteur Kyogané Aoba entra dans le salon, il comprit de quoi il retournait, il laissa cependant aux deux filles paniquées le soin de lui raconter ce qui s’était passé.

-Ne vous en faites pas, elle n’est pas malade… Ce qui lui arrive est tout à fait naturel… Pour ne pas dire prévisible…

-Comment ça naturel ? Comment ça prévisible ? S’agaça Asuka. Vous nous avez rien dit sur quelque chose comme ça !

Ils étaient assis sur la table du salon, Arisa enfermé dans une des chambres à l’étage supérieur. Naru avait préparé du thé et était en train de le verser dans les tasses tout en écoutant religieusement le docteur. Parce que pour elle, il était un peu la grande encyclopédie des changeurs.

-J’ai oublié de vous en parler… Il faut dire que ce n’est pas vraiment dans mes propres soucis… Et si vous aviez accepté d’aller habiter avec la…

-La meute des Pyrénées, oui oui on sait ! Le coupa Asuka un brin excédée. Expliquez-nous ce qu’a Arisa alors. 

-Elle a… euh… Disons qu’elle est entrée dans sa période de… reproduction.

Un silence très pesant suivi sa déclaration et il s’en rendit compte. Il prédit alors l’avalanche qui allait logiquement lui tomber dessus dans quelques secondes.

-QUOOOOOAAAAA ???? PAAARRRRDONNNN ?????

Même Naru qui lui avait semblé raisonné et globalement imperturbable avait manqué de lui renverser de l’eau chaude dessus en bondissant près de lui, l’air menaçant du « répète un peu pour voir » en accord avec celui d’Asuka qui était presque montée sur la table.

-Sa période de reproduction. Ses chaleurs, reprit Kyogané en se raclant la gorge, faisant comprendre aux deux filles qu’elles n’avaient pas rêvé ce qu’elles venaient d’entendre.

Asuka se rassit et Naru s’éloigna en posant sa bouilloire, mais toutes les deux le fixaient comme s’il était devenu un insecte particulièrement répugnant. Un insecte à écraser ou gazer de préférence.

-C’est dans l’ordre naturel des animaux. Il vient une période, à partir du moment où un changeur est nubile où il cherche à se reproduire. Si les mâles émettent constamment des phéromones, les femelles n’en émettent et y sont sensible que pendant un laps de temps où elles n’auront que ça en tête …  

-Oh merde… Lâcha Asuka. Vous parlez bien de « femelles » en général… Ca veut dire que Naru et moi… et Mimiko, on va y passer aussi ? On va se transformer en espèces de nympho ?

-Mais ça ne dure pas longtemps n’est-ce pas docteur ? Voulut se rassurer Naru. Demain Arisa sera à nouveau elle-même ?

- Le phénomène dure environ une semaine, sans pause, asséna Kyogané avant de boire tranquillement sa tasse pour ne pas voir les regards effarés que se lançaient les deux filles.

-Mais on ne pourra pas cacher Arisa pendant une semaine !!! S’exclama Naru.

-Oui, d’où l’utilité d’une meute… Marmonna le médecin. Si vous aviez quittés vos familles, vous n’auriez pas ce genre de problèmes…

-Mais ça, on va l’avoir toute notre vie ? Et ça revient souvent ?

-Non, ça n’a lieu qu’une fois par an, et à la même date, ce qui est bien utile pour prévoir.

-Alors ça veut dire que tous les fin Janvier, Arisa aura ses… heu… « sa crise » ?

Asuka avait préféré utiliser ce terme plus agréable à l’oreille de son amour propre.

-Oui… Il est possible que ce soit proportionnel avec le temps qui s’est écoulé depuis sa transformation. Si c’est le cas, vous pouvez vous attendre à ce qu’il arrive la même chose à Mimiko dans un mois ou deux.

-Oooh chouette… Je me vois vachement en train d’essayer d’enfermer une panthère noire de je sais pas combien de kilos… Intervint Asuka en levant les yeux au ciel.

-Et ça… tous les ans… Continua Naru.

-Pas forcément … Ce n’est généralement plus un problème lorsqu’on a un compagnon.

-Ah oui ? On l’a plus alors ?

-Si, mais c’est jugulé. De un, les autres mâles, changeurs comme non changeurs, ne sentiront plus vos phéromones car elles seront cachées par celle de votre mâle. Du coup vous pouvez vous promener librement sans créer d’inévitables batailles. De deux, pour ce qui est des propres appétits que les femelles peuvent ressentir à ce moment, le compagnon est là pour régler ça…

-OH MY GOD… Je suis choquée. Entendre ça à mon âge… Soupira Asuka en laissant sa tête tomber sur la table.

Naru gardait ses pensées pour elle, mais elles ne semblaient pas plus réjouissante vu la tête qu’elle faisait. Finalement, elle décida de revenir au sujet qui les préoccupait dans l’instant :

-Bon… Et qu’est ce qui va arriver si on laisse Arisa dans la nature ?

-Elle va se chercher un homme qui lui conviendra, à savoir celui qui aura cassé la gueule à tous les autres, et aura des rapports sexuels avec. Sachant que c’est une chose que vous ne devez absolument pas laisser faire car changeur comme non changeur, tout lui ira et elle risque de contaminer quelqu’un.

-Ça m’étonnerait que ça aille jusque-là tout de même, pondéra Naru. Arisa est, je pense, encore vierge, elle ne va certainement pas… avec n’importe qui… pour sa première fois…

Le docteur la regardait avec une espèce de patiente sympathie qui lui fit savoir avant même qu’il n’ouvre la bouche qu’elle se fourrait le doigt dans l’œil… Et profondément qui plus est.

-Vous devriez avoir compris depuis le temps qu’à certain moment l’instinct est plus fort que tout. C’est un de ces moments-là.

-BON ! Donc on doit pas laisser Arisa échapper à notre contrôle. On peut pas la laisser rentrer chez ses parents… Et ce pour une semaine ! Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Asuka.

-Et les contrôles communs sont vendredi… On ne peut PAS les louper !

-Il faut déjà qu’on trouve un endroit où la loger… Ah j’y pense ! Alec a un appart, j’y ais dormi la semaine dernière et son canapé est plutôt confortable ! Il pourrait peut-être s’occuper d’elle ?! Proposa Asuka.

-Alec est un mâle, si vous les mettez ensemble, vous pouvez être sûr de ce qui va se passer.

-Zut… Et vous, vous avez un appart aussi ?

-Je suis un mâle aussi, au cas où vous vous en seriez pas rendu compte ! Grogna le docteur, contrarié.

C’était d’ailleurs la première fois que les jeunes filles voyaient l’homme perdre son visage doux et patient.

-Oui mais vous êtes dans la même maison qu’Arisa et ça vous fait rien.

-Bien sûr que si, ça me fait quelque chose. J’ai deviné à l’instant même où je suis rentré qu’il y avait une femelle en chaleur ! J’ai juste plus de contrôle.

-Mais tous les changeurs qui vivent seuls qu’on connait, c’est des garçons…

-On pourrait peut-être… Commença Naru en réfléchissant. Cela vous dérangerez-t-il d’accueillir Alec, juste pour une semaine ?

Le visage de Kyogané et d’Asuka se retournèrent vers elle, un peu étonné.

-A quoi tu penses au juste ? Demanda cette dernière.

- On n’a pas forcément besoin d’un changeur, mais juste de son logement. Si Alec est d’accord pour nous prêter le sien, et le Dr Aoba de l’héberger, on peut très bien surveiller Arisa à tour de rôle.  

-Eh bien je peux m’arranger… Surtout qu’étant de garde toutes les nuits, votre ami serait tranquille.

-Ok, j’appelle donc Mi pour mettre les choses au point, annonça Asuka en sortant son téléphone.

-Elle, elle n’a pas de contrôle commun vendredi, du coup ce serait bien qu’elle fasse la dernière garde. Disons jeudi et vendredi. On se partagera le reste de la semaine.

-Mais comment on va justifier ça auprès de ses parents… Et des nôtres ?

-Je vais vous faire des justificatifs médicaux, personne ne s’étonnera si des amies attrapent la même contagion, proposa Kyogané en sortant un carnet d’ordonnance. Et j’appellerais vos parents en me faisant passer pour l’infirmerie scolaire. Je vais avoir besoin des téléphones fixes de tout le monde.

-Je vais vous les noter, fit Naru en allant chercher le répertoire téléphonique de la maison.

Comme Asuka sortait dehors pour mettre au jus Mimiko, Naru se retrouva en tête à tête avec le docteur.

-Docteur Aoba ? Commença t’elle en griffonnant les numéros sur un papier alors que l’homme face à elle finissait tranquillement sa tasse de thé.

-S’il vous plait, ne m’appelez pas ainsi… Kyogané suffira, répondit-il. Et vous pouvez me tutoyer.

-C’est juste… Ce serait bizarre, vous êtes un adulte et un docteur…

-Et je suis en train de vous aider comme si nous faisions partie de la même meute. On ne se vouvoie pas au sein d’une meute et puis je suis encore interne, tu sais ? J’ai 23 ans, pas 30 ans.  

-Oh… Bien… Kyogané. Vou… Tu sembles avoir l’habitude de régler tous ces problèmes gênant…

-Oui, c’est que c’était mon rôle dans ma meute précédente. J’étais le Soigneur, lâcha-t-il avec un froncement de sourcil.

L’émotion qui passa ensuite dans ses yeux serra le cœur de Naru. On aurait dit qu’il se rappelait de mauvaises choses.

-Ca va ?

Il posa sa tasse d’un air songeur.

-Oui, je suis désolé… J’évite d’habitude d’en parler parce que ça m’attriste. Disons… disons que c’était parce que j’étais étudiant en médecine que j’ai été transformé. Mon ancienne meute avait perdu son Soigneur et en cherchait un nouveau. Mais j’étais loin de m’en rendre compte à l’époque, non… A l’époque je pensais avoir rencontré la femme de ma vie, alors qu’elle m’ait transformée, même sans avoir mon avis, je m’en fichais.

-Vous l’aimez ?

-Je l’aimais. Oui. Autrefois. Plus maintenant… Enfin je crois… Elle m’a entortillée pour que je ne vois pas le but de la manœuvre… Et j’étais si content de servir au mieux ma nouvelle famille. Pour elle, j’ai mené à la fois mes études de médecine, mais j’ai aussi dû apprendre les rudiments du travail de vétérinaire. Car lorsqu’on soigne des changeurs, il vaut mieux connaitre les deux…

-Je ne sais pas comment vous avez fait…

-La force de l’amour je suppose… Puis j’ai découvert le pot aux roses… Et cette douleur m’a donné la force de quitter la meute et de mettre le plus de distance entre eux et moi.

-Mmh… On a dû vous faire bien rire avec nos histoires de « Meute de Bouconne ».

-Non… C’est peut-être parce que vous n’êtes influencées par personnes, mais vous avez une certaine pureté qui n’est pas désagréable à voir… Même si vous êtes horriblement entêtées.

Un rire gêné sortit des lèvres de Naru :

-En tout cas, je ne sais pas si on te l’a déjà dit, mais merci de ce que tu fais pour nous aider.

-Pas de soucis… Toutes les meutes ont besoin d’un Soigneur… Et dans votre cas aussi, puisque vous êtes mineurs, d’un protecteur. Je n’ai pas les capacités de vous protéger contre les autres changeurs. Mon animal n’est pas taillé pour ça… Mais je peux vous protéger du monde des Hommes.

Naru approuva d’un mouvement de tête songeur.

-Mais… On s’en voudrait de t’imposer cette tâche, tu es déjà surement bien occupé avec tes études…

Elle ne termina pas sa phrase et regarda pensivement le bout de papier qu’elle tenait entre ses doigts.

- A quoi penses-tu ?

-Je pense que… c’est aussi mon rôle. Mon animal est le plus faible des quatre, mais je suis sans doute la plus prudente. Alors… Est-ce que tu voudrais bien m’enseigner comment devenir Soigneur ?  

Kyogané la regarda un instant avec sérieux, puis lui adressa un gentil sourire :

-C’est ta seule motivation ?

-Je n’aime pas notre situation. Changeurs et tout… Obligées de devoir se cacher à tous le monde et à subir galère sur galère. Comme toi je pense que ce serait plus simple si on vivait qu’entre changeurs, c’est pour ça que je veux faire tout mon possible pour fonder notre propre meute… Surtout si on doit à présent aussi gérer ces « crises » comme dit Asuka. Même si on a trouvé une solution, elle ne peut être que temporaire. Quand saurons-nous quand Mimiko aura la sienne si on est pas à ses côtés quand ça se déclenchera ? Dans son lycée, le seul changeur est Alec… Et si ce que tu dis sur l’instinct plus fort que tout… C’est son frère, tu sais.

-Eh bien tout dépendra de son animal, il y en a des moins regardants que d’autres à ce sujet… Mais bref, c’est effectivement un grave problème. Il vous faut effectivement une meute, le souci, et je te l’ai déjà expliqué, c’est que le pivot d’une meute reste l’Alpha… Or j’ai bien observé votre groupe et comme vous êtes amies, que vous vous respectez, aucune d’entre vous ne se détache au dessus des autres… Mais c’est assez courant chez les femelles.

-L’Alpha c’est l’animal le plus fort non ? Dans ce cas, de nous 4, ça devrait être sans doute Mimiko, raisonna Naru.

-Pas forcément, ça peut être le plus charismatique ou le plus responsable… En plus les félins font d’assez mauvais Alpha car ils sont par nature égoïstes et narcissiques, ils se préoccupent plus d’eux que des autres membres. Néanmoins, comme ils détestent être sous le commandement d’un autre, ils sont bien représentés parmi les Alphas. Non, le mieux, ça reste les canins.

-Dans ce cas Arisa ?

-D’après ce que j’ai vu d’elle, elle est celle qui prend le moins d’initiative quand vous êtes ensemble. Elle ne semble pas être très attirée par les responsabilités. Non, de vous 4, celle qui serait la plus proche d’une Alpha, c’est toi Naru. Tu te préoccupes de la meute et tu cherche à les protéger. Cependant, effectivement, le rôle de Soigneur te conviendrait mieux car tu as prouvé tout à l’heure que tu étais capable de trouver des solutions aux problèmes et c’est une qualité très importante. Et face à un combat de dominance, ton animal ne te permet pas de tenir la distance toute seule.

-Peut être Alec alors ? Quand il sera transformé ?

-Nous verrons bien… Répondit sagement Kyogané alors qu’Asuka revenait.

-C’est bon, j’ai fait un topo complet à Mimiko. Inutile de dire qu’elle est mortifiée par la nouvelle et qu’elle a l’intention de passer les cinq prochains mois claquemurée dans sa chambre…

-C’est peut être un peu excessif… Intervint Kyogané.

-… Et elle regrette horriblement de n’avoir pas été là pour voir Arisa déversant ses phéromones. Je lui ais dit que ceci se reproduisant tous les ans, elle aura qu’à réserver son prochain janvier. En tout cas Alec est OK, ils nous attendent tous les deux devant son appart, ce qui leur permet de sécher leurs deux heures de physique je cite « en faisant quelque chose de constructif », finit Asuka.

-Génial, approuva Naru en décidant d’omettre toutes les bêtises que contenait aussi le message.

-Du coup il va falloir qu’on libère le fauve de sa cage ?

-Je vais préparer la voiture, s’éclipsa rapidement Kyogané.  

-Muf… Lâcheur… Maugréa Asuka.

-Tu oublie qu’il n’est pas insensible à la « crise » de Risa, répliqua Naru en montant l’escalier jusqu’à sa porte verrouillée.

-Mouais mouais… Je trouve ça bizarre… Plus pouvoir se contrôler et tout ça… Moi je trouve que les phéromones ça a une odeur dérangeante. Je me sens agressive quand j’approche Arisa.

-Oui… Moi aussi, avoua Naru, gênée. Mais bon, il vaut sans doute mieux ça que ça nous fasse les mêmes effets qu’aux garçons.

Asuka se figea en haut des escaliers, livide.

-Diable… Je n’y avais pas pensé…  

Naru eut un petit sourire indulgent avant de tourner la clef de sa porte et… de se figer à son tour aussi.

Dans sa chambre, très charmante au demeurant, voletait une cinquantaine de petites plumes blanches, tandis que ses étagères étaient renversées, ses livres déchirés, ses vêtements éparpillés et une paire de tennis réduite en lambeaux. Au milieu de tout ça se trouvait Arisa, un coussin éventré dans la gueule qui leur adressait un sourire carnassier.

Asuka sentit plutôt que ne vit le moment où Naru péta les plombs et se précipita sur elle pour la crocheter et l’empêcher de se jeter sur le loup. Des cris hystériques et des aboiements résonnèrent un long moment dans la maison et Kyogané, dehors prés de sa voiture roula des yeux en s’estimant heureux d’être hors de tout ça.

Naru avait encore un long chemin à faire pour devenir une vraie Soigneuse…

Posté par Mkat à 01:14 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

19 décembre 2013

Chapitre 8- partie 3

Vu le peu de bonne volonté qu’elle y mettait et la mauvaise influence que les phéromones d’une femelle avait sur d’autres femelles, Kyogané finit par sortir son fusil anesthésiant du coffre pour le passer à une Asuka qui le regarda avec de gros yeux hallucinés.

Oui, oui, c’était tout à fait normal de se balader avec un fusil dans son coffre…

L’adolescente ne dit rien vu leur situation, mais elle ne pouvait s’empêcher de regarder le docteur de travers.

Tirer sur Arisa ne fut pas une mince affaire, ses doigts tremblaient sur la gâchette de peur de mal viser et de lui faire mal. Finalement Naru le lui prit des mains et sans aucune émotion, et apparemment beaucoup moins de scrupule, tira sur la louve qui poussa un jappement d’étonnement.

Celle-ci commença alors à divaguer sur ses pattes comme un employé japonais sortant d’un bar et s’écroula dans un gros « POF », faisant s’envoler au passage un nuage de petites plumes sur le plancher de la chambre.

-Voila… Réglons cette affaire au plus vite, maugréa Naru en rendant l’arme à Asuka qui la prit en silence.

-OKééé… Tout est normal… Déclara t’elle cependant à elle-même en descendant rendre le fusil à Kyogané, avant de remonter aider la labrador à descendre le corps endormi de leur amie.

Elle connaissait l’adage « la fin justifiait les moyens », néanmoins elle trouvait qu’un peu d’humanité, dans leur nouveau monde de bête ne serait pas en option. Elle s’étonnait et s’inquiétait aussi du revirement de comportement de son amie : Naru avait été la plus angoissée au sujet de leur transformation en changeur, elle semblait alors vouloir que les choses changent le moins possible… Et voila que soudain elle se montrait calme et froidement déterminée comme si… Comme si elle avait pris une décision.

Alors qu’elles descendaient l’escalier avec leur chargement, lui donnant l’étrange impression qu’elles allaient cacher un cadavre, Asuka fixait le visage lisse de la chienne. Impossible de savoir à quoi elle pensait.

Elle poussa un profond soupir, soulevant quelques mèches de sa frange. Combien de situations ubuesques subiraient-elles encore avant la fin de la journée ? Combien de temps encore allaient-elles trimballer Arisa partout ???

Déposant le corps de la louve sur la banquette arrière, elle se trouva comme elle pût une place tandis que Naru montait à l’avant à côté du docteur. Ils démarrèrent et Asuka essaya vainement de se détendre. Elle poka le museau d’Arisa endormie en essayant de ne pas repenser à tout ce qu’elle avait encore appris de « sensationnel » sur sa nouvelle vie.

Elle savait déjà que ce soir, couchée dans son lit à chercher vainement le sommeil, elle se repasserait tout en boucle…

-Dis Naru, qui de nous deux la garde pour aujourd’hui et demain ?

-Toi. Il faut que je nettoie ma chambre avant que mes parents rentrent.

Asuka grimaça brièvement, elle aurait préféré les autres horaires.

-Il faut que j’aille chercher des affaires alors. Et de quoi réviser.

-Ta mère est chez toi, non ? Qu’est ce qu’elle va dire si elle te voit arriver alors que tu devrais être en cours ? Rétorqua Naru en se retournant vers elle.

-J’adore ma vie…

Se remettant droite, Naru esquissa un petit sourire à Kyogané et ils dirent quelque chose qu’Asuka n’entendit pas, avant de rigoler doucement.

Les yeux d’Asuka s’étrécirent un peu devant ce spectacle. Elle eut envie de remonter ses lunettes sur son nez, comme pour mieux y voir, mais son doigt rencontra du vide. Elle oubliait souvent qu’elle n’en portait plus.

Voyant que de toute évidence les deux personnes devant ne faisaient plus attention à elle, elle se carra contre la banquette arrière, croisant les bras et ne dit plus rien du voyage, tournant son profil contrarié vers la fenêtre aux verres fumés.

La morne rocade laissa place aux avenues bordées de platanes nus et de petits immeubles recouverts de briques rouges aux couleurs fanées par le temps et par l’hiver. Une fine pluie se mit alors à tomber, obligeant les passants emmitouflés à sortir leurs parapluies ou à marcher plus vite. Ils longèrent le canal gris acier doucement jusqu’à apercevoir Alec et Mimiko, assis sur des pylônes qui se levèrent alors et leurs firent signe. Kyogané tourna devant eux sur une route privée menant à un parking.

Pressée de sortir à l’air libre, Asuka se précipita hors de la voiture et pris une bouffée d’oxygène, puis elle fixa Mimiko et Alec qui avançaient vers eux, aussi curieux qu’elle aurait pût l’être si elle n’avait pas assistée aux derniers évènements au premier rang des spectateurs.

Kyogané sortit aussi rapidement de la voiture après un mot à Naru qui hocha de la tête. 

-Salut Asu !

-Ouais, salut Asuka ! Imita Alec avant de stopper, le nez froncé : tiens… Ca sent une drôle d’odeur…

Il chercha derrière l’épaule d’Asuka avant d’être épinglé par Kyogané qui s’empressa de l’éloigner :

-Venez par là jeune homme, il faut que nous ayons une discussion !

-Ouah ! Alors Alec peut sentir Arisa depuis cette distance, s’étonna Asuka.

-Kyogané dit que les changeurs y sont beaucoup plus sensibles que les humains ordinaires, lui appris Naru. Coucou Mi-chan. Prête à nous aider à monter Arisa ?

-Hein ? Pourquoi ?

-On a dû un peu… l’endormir… Lui appris Asuka en s’effaçant pour laisser la brune apercevoir le corps avachi du loup sur la banquette. 

Son regard s’obscurcit aussitôt :

-Oh… Génial… Ecoutez, si ce genre de truc m’arrive… Achevez-moi pour de vrai, d’accord ?

Naru leva les yeux au ciel et commença à tirer le corps endormi avant d’être rejointe par ses amies.

-Pauvre Arisa… Compatit Mimiko.

-Ouais bein tu dirais pas ça si elle avait mis ta chambre sans dessus dessous… Et mâcher l’une de tes plus belles tennis !

A trois, elles hissèrent le corps jusqu’à l’ascenseur et sortirent au troisième étage. Là, Mimiko lâcha un instant Arisa pour insérer une clef dans la serrure et ouvrir en grand la porte.

Le corps du loup fut placé sur le canapé en attendant son réveil.

-Bon je vais rejoindre Kyogané, il faut qu’il me ramène à la maison, fit Naru en se frottant les mains pour se débarrasser des poils qui s’y étaient collées.

-Et moi je fais comment ? Demanda Asuka d’une voix implorante.

-Demande à Mi.

Elles tournèrent la tête vers la brune qui haussa des épaules.

Naru partie, les deux filles décidèrent de s’installer sur la table du salon pour surveiller leur amie endormie.

-Tu l’as pas trouvé bizarre, Naru ? Attaqua presque aussitôt Asuka alors que Mimiko ouvrait une boite de cookie.

-Hum… Pour les minutes que je l’ai vu… J’aurais dû ?

-Bein, elle semble… Décidée et plus du tout hésitante… Tiens, t’as raison, passe moi un cookie, toute cette histoire m’a achevée…

Mimiko lui en tendit un avant de croquer dans le sien d’un air pensif.

-Je sais pas… C’est Naru. On a toutes plus ou moins tendance à nous reposer sur elle. Enfin, surtout moi, je crois. Mais c’est parce que j’étais toujours à côté d’elle au collège. Je crois que du coup, c’est devenue naturel pour elle de nous soutenir. Elle prend le contrôle des choses, c’est mieux de toute façon que de se laisser porter et de subir tout le temps.

-Mouais… Enfin là on subit quand même…

-Je m’en veux de l’avoir mêlée à toute cette histoire… Après tout c’est ma faute si elle a été contaminée…

-Arrêtes Mi ! Avec ce genre de discours je pourrais tout aussi bien dire que c’est la faute à Naru si je suis devenue changeuse ! Ce qui est fait est fait !

Mimiko piocha un nouveau gâteau avec un petit sourire contrit.

-En tout cas, heureusement que le docteur Aoba est là, conclut-elle.

-Ouais bein le docteur, parlons-en, sans compter du fait qu’il a des choses bizarres dans son coffre, il est devenu le mot préféré de Naru. « Kyogané » par ci, « Kyogané » par là… Tu devrais voir comme elle le regarde ! Je te le dis, ya anguille sous roche ! Prédit Asuka en tapant du poing sur la table.

-Tu voudrais dire qu’elle pourrait être tombée amoureuse ? S’étonna Mimiko. Bah… Pourquoi pas. Il y a pire qu’être amoureuse d’un jeune docteur qui est en plus déjà changeur !

-Vu comme ça… Il y a quand même une sacrée différence d’âge à mon avis. Ca m’étonnerait pas qu’il ait 10 ans de plus qu’elle ! En plus, on ne sait TOUJOURS PAS en quoi il se transforme celui là ! Comment peut-on savoir si c’est quelqu’un de bien sans avoir vu son animal ?

-Asu, tu es juste une grooooossse curieuse.

Celle-ci prit un air innocent qui lui allait aussi bien qu’une minerve à une girafe. Mimiko leva les yeux au ciel et détailla un instant le sac de cours d’Asuka ainsi que son manteau.

-Vous avez laissé les affaires d’Arisa chez Naru ?

Asuka suivit son regard, puis, alors que les mots atteignaient son cerveau, son visage se décomposa pour figurer un immense « MERDE » :

-Elles sont encore au lycée !!!!

***

-Bon… Elles ont encore disparue sans rien nous dire… Affirma Isaka en tournant autour de la chaise vide d’Arisa, là où se trouvait encore son sac à dos et son manteau.

-C’est vraiment pas sympa de leur part de nous exclure comme ça, en convint Shinobu, assise sur la chaise d’à côté.

C’était la pause de midi et ni Asuka, ni Naru n’étaient rentrées. Elles étaient allées à l’infirmerie demander des nouvelles d’Arisa mais les personnes présentes leur avait assurée n’avoir vu personne de la matinée.

-Devant tous ces mystères à résoudre, il ne nous reste qu’une chose à faire, Watson ! C’est enquêter sur cette curieuse affaire et découvrir ce qu’elles nous cachent ! Fit Isaka en s’immobilisant soudain, le doigt en l’air. Et pour ça ! La première chose à faire c’est de chercher des indices.

Le doigt s’abaissa alors sur le sac.

-Arisa n’aimerait surement pas qu’on fouille ses affaires.

-Les absents ont toujours tord.

La petite brune pouvait avoir réponse à tout quand il s’agissait de trouver des réponses à ses questions, surtout lorsque son joli petit nez sentait derrière les évènements une odeur de testostérone. Il se trouvait qu’en plus, dû à l’hiver et au mauvais temps qui donnait à chacun la goutte au nez et un teint de cadavre, chacun était en manque de potins et de cancans frais à se mettre sous la dent.

-Tu es sure de toi ? S’enquit Shinobu qui ne pouvait s’empêcher d’avoir des scrupules.

-Attends, Arisa est inhabituellement déchainée et quand elle croit qu’on ne la voit pas, elle pousse des soupirs à fendre l’âme en regardant son téléphone portable ! Si ça c’est pas une preuve !

-Hum… Oui… Et puis il y a les nombreuses fois où elle a découchée… Ajouta malicieusement Shinobu.

-Non… Tu ne crois pas que… si ? Déjà ? S’exclama Isaka qui s’efforçait d’avoir l’air choqué mais qui semblait au contraire extatique.

-On dit que les filles qui l’ont fait… Bein elles attirent plus les mecs. Ce serait une histoire de phéromone… Et tu as vu comme moi ce qui s’est passé ce matin !

-Ca pour avoir vu ! J’ai vu ! Et ça ne s’effacera pas de mémoire. Notre Arisa, notre petite Arisa qui regardait à peine les mecs, qui les qualifiait d’un vague « bof » désabusé… Est devenue une graaannnde fille !

Les deux jeunes filles s’esclaffèrent au dessus du sac.

Quand elles eurent finies de glousser tout leur saoul, Isaka se décida à relever ses manches, pure expression bien sure, et à ouvrir le sac. Pour avoir couramment espionné au dessus de son épaule, elles savaient qu’elles ne trouveraient rien dans ses cahiers ou son agenda. Même une Arisa-grande-fille ne semblait pas du genre à gribouiller des petits cœurs dans ses marges avec le nom de l’élu à l’intérieur. Du coup, il ne restait plus que le téléphone portable.

-TADAM ! Fit Isaka en l’arrachant d’une poche de manteau, après avoir été tenu en échec par le sac à dos.

Heureusement pour elles, il était ouvert. Elles auraient été bien embêtées s’il leur avait fallu un code.

-Booon voyooonnns ce que nous avons là… Commença-t-elle en faisant défiler les textos.

Les deux filles en furent cependant pour leurs frais car aucun message amoureux ou de garçon ne s’y trouvait.

-C’est bizarre…

-Essaie le journal d’appel, proposa Shinobu au-dessus de son épaule.

-Yep, good idea Watson !

Là, déjà, il y avait un contenu bien plus intéressant.

-« Kyo » ? Ca te dit quelque chose Shin ? On a un type qui s’appelle Kyo au lycée ?

-Ca me dit rien… Mais elle a appelé ce garçon un sacré nombre de fois… Par contre lui…

Effectivement, il n’y avait pas une seule trace d’appel de sa part.

-C’est bizarre… Soupira Isaka en se laissant glisser sur la table, déçu de n’avoir rien de plus probant pour comprendre le comportement erratique de ses amies.

-Peut-être qu’il n’est pas du lycée ? Peut-être que c’est une racaille ?

-Ou alors c’est un homme marié et il ne peut pas l’appeler car sinon sa femme le saurait !

-Mais oui, tout s’explique… Et si elle est si malheureuse c’est qu’il refuse de divorcer avec sa femme…

-Si il faut… A cette heure elle a peut-être fuguée avec lui en Ecosse pour se marier… Et Asuka et Naru lui servent de demoiselle d’honneur !

-C’est pas sympa de ne pas nous avoir invité ! Mais pourquoi l’Ecosse ?

-Tu sais, comme dans Orgueil et Préjugés, quand Lydia s’enfuit avec Mr Wickam.   

-Ah oui...

Les deux jeunes filles restèrent pensives un moment et la sonnerie de reprise des cours retentit.

-Bon… Quand on arrêtera de dire des bêtises, on trouvera peut-être une hypothèse moins tirée par les cheveux…

-Mais où elles soooonnntttt ?!?!????

***

Posté par Mkat à 00:35 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

19 janvier 2014

Chapitre 8 - partie 4

***

Arisa se réveilla difficilement, avec l’impression d’être en train de mâcher une boule de coton. Elle mit un temps immense à réaliser qu’elle était sous sa forme animale et se demanda bien pourquoi.

Puis elle sentit à nouveau l’horrible sensation de manque brûler dans son corps et grogna légèrement de frustration. C’est alors qu’elle réalisa qu’elle était sur un canapé qui sentait très bon. Passant la truffe contre la housse, elle l’huma profondément avant de frotter amoureusement ses joues dessus. L’odeur d’un mâle, un changeur… Hum… Alec…

Elle s’arrêta en entendant une porte claquer. L’odeur d’une femelle vint alors polluer l’atmosphère. Mimiko, détermina-t-elle.

-C’est bon Asu, j’ai trouvé tout ce que tu voulais. Par contre, tu m’en voudras pas, il y avait plus que des T-shirts roses et violets… Et des culottes avec des petits cœurs…

-Pff… Tant pis… On n’est pas en mesure de faire les difficiles…

Arisa entendit Asuka avant de réaliser qu’il y avait aussi son odeur.

Mimiko posa deux gros sacs de courses sur la table et l’odeur de nourriture s’ajouta au cocktail. Arisa mâcha sa salive : elle avait soif et sortit sa langue pour la faire pendre alors qu’elle arrivait enfin à ouvrir les yeux.

-Par contre, pour l’argent… Commença Asuka, embêtée.

-Pas de soucis. J’utilise le compte « spécial meute ».

-Le « compte spécial meute » ? Depuis quand on a un compte spécial meute ?

-Depuis que j’en ai ouvert un en ligne avec l’aide de Kyogané.

-Ah bon ? Et pourquoi ça ?

-Il me fallait un compte pour qu’on me verse l’argent que je gagne en chassant…

Asuka plissa les yeux :

-Tu as recommencé… Naru est au courant ?

-Non ! Ca va pas ! Elle désapprouverait totalement !

-Ouais bein ya des bonnes raisons pour ça… Genre que c’est super dangereux…

-Tu es la seule au courant. Je compte sur toi pour ne le dire à personne. Au début je me demandais si c’était honnête d’accepter ces récompenses, puis j’ai réalisé qu’avoir de l’argent pour la meute ne serait pas du luxe. T’as vu, ça nous sert déjà !

-Et on a combien pour l’instant ?

-Dans les 5000 euros.

-QUOI ?!?!

-Chut, tu vas réveiller Arisa… Ah bein trop tard.

Mimiko regarda la louve qui les fixait en tirant la langue.

-Ca va aller vous deux ? Demanda Mimiko, plus à Asuka qu’à Arisa en fait, puisque celle-ci était un peu le centre du problème.

-Il faudra bien, soupira Asuka en faisant tourner les clefs dans ses mains. Et toi, ça va d’avoir séché tous ces cours ?

-Je prétexterais un horrible mal au ventre, et comme d’habitude, une infirmerie fermée. Je suis pas allée vérifier, mais je suis prête à parier 5000 euros là-dessus.

Asuka secoua la tête avec désespoir et Mimiko lui tira la langue avant de se lever.

-Bon, bein, vous entredévorez pas et si t’as un souci demain, n’hésites pas à m’appeler.

-Yep, a plus.

-A plus !

La brune referma la porte d’entrée derrière elle et Asuka se retrouva seule avec la louve.

-Je suis même pas sûre de désirer que tu reprennes ton apparence humaine, lui déclara t’elle sachant qu’elle trouvait plus que flippante la Arisa qui courrait après les garçons.

Celle-ci répondit d’un grognement peu amène. Et n’avait, pour l’instant, pas l’intention de changer vu que son instinct lui soufflait que garder crocs et griffes étaient une bonne idée. Elle ne savait pas où elle était, mais à l’odeur qui émanait des lieux, elle supposait qu’il s’agissait du territoire d’Alec, mais à première vue, il ne s’y trouvait pas /dommage/. Comme pour se rassurer, elle abaissa sa truffe contre le canapé, là où l’odeur du mâle était imprégnée et observa avec suspicion les allées et venues de l’autre femelle dans la cuisine.

Asuka. Un membre de sa meute. Oui. Mais une femelle célibataire, et donc, en cet instant, une rivale.

Un grognement sourd de menaces à son encontre raisonna dans sa gorge. Tous les mâles de la meute lui appartenait à elle, que ce soit Kyogané ou Alec, et elle n’avait pas intérêt à s’en approcher.

La lynx sentit la menace et lui jeta un regard noir avant de lever les yeux et de continuer à préparer le repas.

Moui, ça valait mieux. Qu’elle reconnaisse sa place sinon…

Un nouveau grondement tinta dans sa gorge. Asuka était un adversaire qui pourrait être battu, avec un peu de mal quand même, par contre, il y avait une menace en la personne de la panthère. Celle-ci était très dominante, et très indépendante aussi. Elle serait un problème.

Si la louve et l’humaine en elle appréciaient toutes les deux Mimiko, elles détestaient par contre la panthère. Il était même difficile de se dire que Mimiko et la panthère faisaient parties d’une seule et même personne.

Naru ne serait pas dans la course, la louve dominait son chien sans qu’il y ait eu de bataille pour ça. C’était elle qui donnait les directives pour la chasse, et Naru suivait ses ordres.

Elle enfonça encore plus sa truffe dans le tissu et se retint de ne pas le mordiller.

Tout cela était compliqué pour la louve qui réagissait complètement par instinct, car comme l’avait souvent dit Kyogané, la meute n’était pas réellement formée. Il manquait l’Alpha autant mâle que femelle, et sans ce repère lumineux, ce cadre, c’était comme si la lutte pour ce poste était ouverte. Connaitre sa place dans le délicat réseau de dominance permettait aussi d’éviter cette sensation de conflit ouvert qu’elles ressentaient toutes en ce moment.

Même l’odeur de la nourriture ne parvint pas à la sortir de cette espèce d’état de tension, mais aussi d’abattement qu’elle ressentait.

Après tout, elle demandait juste un mâle, et c’était son droit de l’obtenir…   

Asuka posa près d’elle une assiette remplie de spaghetti à la bolognaise et un bol d’eau sur lesquels elle se jeta voracement, avant de se retourner brusquement, le museau tout tâché de rouge tomate artificiel, pour grogner férocement sur Asuka qui allait s’asseoir sur SON canapé et remonta dessus d’un bond pour l’empêcher de contaminer la délicieuse odeur du mâle avec la sienne.

Asuka fit un saut en arrière, surprise, sa propre assiette dans la main.

-OOOOkééé… Mon dieu mais c’est pire que quand une fille à ses règles…

*MON canapé a MOI. Mon odeur d’Alec a MOI !!!*

Avec un signe de bras de lassitude, Asuka repartit dans la cuisine en marmonnant des choses sur les fantastiques jours qu’elles allaient passer ensemble ici.

Arisa n’osa plus quitter son canapé de peur qu’on vienne le lui prendre. Elle continua à frotter sa joue contre la merveilleuse odeur tout en guettant le retour de celui à qui elle appartenait.

Alec semblait être un bon choix. C’était un changeur, même s’il n’était pas encore tout à fait stabilisé, et son odeur promettait force et puissance. En fait, elle ressemblait un peu à…

La louve redressa la tête, surprise, écoutant à peine Asuka passer dans le salon et lui dire qu’elle allait se doucher.

Elle allait avoir un mâle très bien sous la patte, mais elle réalisait à présent que ce n’était pas de lui qu’elle voulait. Une idée, qui, elle en était sure, venait de sa part humaine. Un autre changeur, un autre roux.

Mais il ne faisait pas parti de la meute. C’était embêtant.

Si elle décidait de former une paire avec lui, elle serait obligée de le suivre et de quitter sa meute.

Un grognement d’agacement confirma cette pensée et la louve se releva pour faire des allers retours nerveux sur le canapé qui commençait à être couvert de poil dorés.

Oui, c’était très embêtant.

**

Quand Asuka pénétra dans la chambre à coucher, elle regarda le grand lit d’un air las, la fatigue de la journée pesant sur ses épaules maintenant que la douche l’avait un peu détendue.

Elle n’aspirait qu’à oublier cette horrible journée et la louve qui se trouvait dans le salon. Avec un peu de chance, en se reveillant demain, elle réaliserait que ce n’était qu’un cauchemar et elle retrouverait sa Arisa habituelle, celle qui ne vous grognait pas dessus.

-Pff… Flemme de changer les draps. Je ferais ça demain… Marmonna t’elle en se laissant tomber sur le lit et en rampant à l’intérieur des couvertures.

Elle s’installa confortablement et éteignit la lumière.

Cependant, une fois dans le noir, elle se tortilla, gênée et rougissante au milieu des couvertures.

 

-…Ca sent Alec…

***

Quelques jours passèrent avant que Mimiko ne reçoive un coup de fil en provenance de l’appartement. C’était à présent Naru qui s’occupait de garder Arisa sous clef, mais son amie semblait avoir d’énormes problèmes.

Mimiko décida alors de sécher quelques heures d’allemand (bah après tout, ça tombait bien !) pour voler à son secours.

Quand Naru lui ouvrit, elle semblait à la fois furieuse, mais aussi effrayée, ce qui fit froncer les sourcils de la brune. Dans le salon elle pouvait entendre les grondements de la louve comme un moteur de moto qu’on faisait chauffer. Elle avisa aussi la morsure que Naru portait à l’épaule et se mit au diapason des sentiments électriques du lieu.

-C’est horrible, déclara Naru en refermant la porte derrière elle, je n’ai aucun contrôle sur Arisa. Elle avait pourtant reprise sa forme humaine, mais elle m’a bondit dessus quand j’ai refusé de lui donner les clefs.

-Et elle t’a mordue ?!? C’est pas horrible, c’est juste affreux de sa part !

-Pas fort, mais j’ai eu peur tout de même, tenta de relativiser Naru.

-C’est pas une raison… Asu a eu des soucis aussi ?

Naru fit la grimace :

-D’après ce qu’elle m’a dit, elle et Arisa ont gardés leurs distances durant les deux jours, se regardant en chien de faïence. A ce sujet, ne t’approches pas du canapé, pour une raison qui nous échappe, elle a décrété qu’il était à elle.

-Mais elle ne l’a pas attaquée elle !

-Non, mais je crois savoir pourquoi et c’est un gros problème. C’est même pire qu’un problème. Viens dans la chambre.

Les deux filles quittèrent le petit hall et Mimiko jeta un regard en coin à la louve qui se tenait presque tapie sur le canapé, l’air mauvais, comme si elle allait leur sauter dessus. Naru se tendit, mais Mimiko la fixa dans les yeux et la louve recula doucement sans cesser de gronder.

Elles la dépassèrent, pénétrèrent dans la chambre et refermèrent la porte derrière elles.

-Comme je le pensais, toi, elle ne t’attaque pas, soupira de soulagement Naru.

-Conflit de dominance ? Demanda Mimiko  qui avait sentit le défi et l’hésitation dans les yeux de la louve.

-Je le crains. Elle n’a pas attaqué Asu car elles savent toutes les deux qu’elles sont du même poids. Du coup elles ont préférée s’éviter… Moi… Moi, continua Naru avec une lueur rebelle dans le regard comme n’acceptant pas ce qu’elle allait dire, je suis clairement en dessous. Et du coup elle n’accepte pas que je lui donne des ordres.

-Mais enfin, ce n’est pas une raison ! Ca ne nous pose aucun problème d’habitude ces histoires de dominance !

-Oui mais là Arisa n’est clairement pas dans son état normal ! Elle a beau avoir une apparence humaine… C’est plus comme si la louve contrôlait son corps d’humaine ! C’est comme… Toi qui a des problèmes à contrôler ton corps de panthère.

Mimiko fit la moue, elle savait très bien que la plupart du temps, une fois transformée, elle perdait totalement conscience de son humanité, un peu comme si elle était atteinte de double personnalité alors que ses amies gardaient le plus souvent leur esprit d’humaine dans leur corps animal et avaient un meilleur contrôle.

-Oui mais qu’est ce qu’on peut faire ?

-Cela doit nous faire réaliser à quel point former véritablement une meute est à présent vital. Il nous faut un chef qui puisse nous contrôler quand on perd les pédales !

Cette idée ne plaisait pas beaucoup à Mimiko et Naru le sentit, aussi elle continua :

-Et là, il ne s’agit que d’Arisa, mais essaie d’imaginer un peu l’horreur que ça va être quand c’est TOI qu’il nous faudra maitriser !

-Oh pitié, ne me parle pas de ça, je prie tous les soirs pour être une exception à la règle, je ne supporterais pas de subir… un tel truc. C’est trop honteux zut… Et j’ai une réputation mince…

-L’Arisa humaine doit être en train de se dire la même chose, persiffla Naru. Et ta réputation, laisse moi rire…

-Oui bon… Quand même… Je préfère qu’on pense que je suis frigide plutôt que cuisse légère…

-Il n’empêche que je ne supporterais pas de me faire piétiner par chacune d’entre vous sous prétexte qu’on n’a pas de véritable meute !

-Mais ce que tu veux, c’est un alpha mâle… Et franchement avec ce que j’en ai vu des mâles changeurs, ça ne me donne pas envie. C’est quelqu’un en qui on doit avoir confiance car une fois alpha, qu’est ce qui l’empêcherait de nous faire exécuter la moindre de ses envies ? Hein ?! J’aurais bien voulu entendre ce que le Dr Aoba a pût vous dire au sujet de la façon dont les meutes règlent ce problème de chaleurs !

Naru évita son regard, touchée.

-Il n’a rien dit, mais moi je lui ai demandé après coup… Finit-elle par dire doucement.

-Et ?

-Si on avait été ajouté à une meute comme le voulait Kyogané au début… l’alpha nous aurait mis d’autorité en couple avec un mâle de la meute.

-Fantastique ! Railla Mimiko. La prochaine fois que le Dr Aoba a une bonne idée de ce genre, qu’il s’abstienne !

-Ne dis pas ça, il fait de son mieux pour nous aider ! Plaida Naru en se laissant tomber assise sur le lit. Rien ne l’y oblige après tout.

Mimiko ne répondit rien à cela. Elle se contenta de tourner la tête vers la fenêtre et de soupirer. Tous ces sujets frustrants lui donnaient encore plus envie de chasser…

-Et Alec… ? Proposa timidement Naru.

Mimiko passa une main nerveuse dans ses cheveux.

-Ecoutes, j’ai une assez bonne confiance en mon frère, mais aussi une assez bonne connaissance de ce qu’il est pour ne pas cautionner cette idée… C’est pas qu’il est bête ou violent… Mais il n’est pas raisonnable DU TOUT. Et à cause de ça il lui arrive de faire des choses stupides. Dangereuses pour lui ou pour les autres. Mais sans le vouloir, hein, et c’est peut être ça le pire. 

-Je comprends tes réticences… Mais, à part lui, qu’est ce qu’on a comme option ? Kyogané m’a dit que c’était impossible pour lui…

-Oui, c’est un herbivore.

-Ah ? Comment tu le sais ?

-Son comportement. Il n’est pas dominant pour deux sous.

-Bref, on est en panne de garçon là. Je ne parle même pas de Kyo parce qu’il nous a clairement fait comprendre qu’il ne voulait pas rentrer dans la meute…

-… Et je lui fais absolument pas confiance, ajouta Mimiko l’air de rien.

-Hum… Oui…

Un bruit de vitre cassée les coupa dans leur discussion et elles se regardèrent un bref instant, avant de foncer vers le salon.

**

Arisa refit un tour de canapé avant de fixer à nouveau la porte de la chambre avec fureur. Dire qu’elle s’était sentie à deux doigts de partir de cette prison. Naru n’aurait pas dû lui résister, elle aurait dû savoir où était sa place…grrr…

Nouveau tour de canapé.

Et voila que l’autre, la dernière personne qu’elle aurait voulu voir venait de rappliquer : La panthère. Pas moyen de se battre contre elle, c’était trop dangereux… Quoique sans effet de surprise elle arriverait peut être à la prendre à la gorge… Oui mais il y avait un peu trop de griffes au bout des pattes. Non, elle n’arriverait pas à l’obliger à se soumettre, pas avec son poids plume.

Elle n’en pouvait pourtant plus : elle étouffait ici ! Sans pouvoir sentir le vent contre sa peau, sa fraicheur depuis trois jours !

Si c’était ça la meute, autant rejoindre Kyo ! Lui au moins, il lui donnerait ce dont elle avait envie !

Comme c’était devenu une espèce d’idée fixe, elle avait passé de longues heures à réfléchir au moyen le plus sur de rejoindre l’appartement de ce dernier. Elle avait beau ignorer où elle se trouvait précisément, la porte-fenêtre du salon donnait sur le canal. 

Sentant que le moment était venu de prendre une décision, elle sauta souplement du canapé et tripotta de ses pattes avant l’ouverture de la porte fenêtre. Une fois celle-ci déverrouillée, la louve pesa de tout son poids sur la porte pour la faire coulisser et lui dégager une ouverture assez grande pour qu’elle puisse se faufiler.

Restait le souci du haut garde corps du balcon. Allant chercher une des chaises de jardin présente, elle la poussa jusqu’au lieu qui l’intéressait.

Toute a son idée de se carapater, la louve ne laissait aucune place à ses inquiétudes d’humaine au sujet de ce qu’elle s’apprêtait à faire.

Bah ! Ce n’était que le troisième étage après tout ! 

instinct animal 1

Posté par Mkat à 00:06 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

30 mai 2014

Chapitre 8 - dernière partie

**

Quand Naru et Mimiko arrivèrent au balcon, elles eurent le temps de voir un loup sortir d’une poubelle renversée d’un pas hésitant.

-Oh… Bordel !

-Nom d’un chien ! Approuva Naru alors que la louve s’ébrouait. Elle a sauté !

-Et elle est sous sa forme animale ! Elle croit faire quoi là ? Bon sang… ! Ce n’est pas comme si elle pouvait…

-SUJET TABOU N°1 !!! Piailla Naru avant que Mimiko ait pût finir sa phrase. JE NE VEUX PAS SAVOIR !!!!

-Oui ! Bon ! J’imagine qu’on a plus qu’à la ramener avant qu’elle ne fasse une bêtise ! Je vais la pister par le haut, toi…

-Je la suis par le bas et j’appelle Kyogané !

-Je doute qu’il puisse énormément nous aider tu sais, grogna Mimiko avant de s’agripper au garde corps pour sauter d’un bond puissant sur celui qui leur faisait face.

Elle entendit à peine la réponse de Naru alors que celle-ci rentrait dans l’appartement pour descendre :

-On ne sait jamais.

La brune n’eut aucun mal à rejoindre le toit. Ses escapades nocturnes l’avait familiarisée avec ce bâtiment et ceux alentours.

Elle suivit donc la louve sans difficulté au début et garda un œil sur Naru qui courrait derrière elle.

-Quelle plaie… Maugréa-t-elle avant de sauter sur un nouveau toit.

Naru avait sans nul doute raison. Elles courraient tout droit à la catastrophe en se contentant de rester en groupuscule plus ou moins lié afin de satisfaire les exigences de liberté de chacun et la situation leur échappait peu à peu des mains.

Mais au fond d’elle, oh, ça ne lui plaisait pas du tout… Elle ne voyait personne convenir… Personne en qui elle aurait assez d’estime pour lui offrir le droit de jouer sur son libre arbitre.

/Il faudra nous battre pour prétendre à un tel pouvoir…/ Grogna une voix au fond d’elle et pour une fois, elle était totalement d’accord.

Obligée de descendre pour traverser le canal, elle fit un détour qui lui permit de ne pas être trop remarquée des passants et voiture, passant sous le pont, plutôt que dessus. Bondissant de pieds en pieds de l’architecture en pierre, avant de remonter vers son terrain de prédilection. Un instant elle crut avoir perdu Arisa, mais elle repéra Naru et tâcha de rattraper son retard.

Arisa semblait foncer dans la foule sans schéma précis, d’ailleurs il lui sembla vite aux coups d’œil effrénés à chaque croisement qu’elle semblait perdue.

*Eh oui Risa, on n’a pas la même perception du monde qui nous entoure sous forme animale…* Soupira intérieurement Mimiko qui en avait déjà fait l’expérience. 

Ainsi elle fit ce que tout animal perdu ferait : elle chercha la verdure pour pouvoir se cacher.

Son chemin les conduisit toutes trois au jardin de Compans Caffarelli. Une fine pluie se mit alors à tomber comme pour tout arranger.

Mimiko se laissa tomber de la pagode du jardin japonais prés de Naru, causant son sursaut. Elle la foudroya du regard en portant une main à son cœur :

-Ca t’amuse de me faire peur avec tes acrobaties ?

-Bon, pour l’instant aucun homme ne lui a sauté dessus, ce qui répond peut être à ta question tabou.

-Merci de ramener ça sur le plateau…

-C’est toi qui dit toujours qu’il faut qu’on en sache le plus possible sur nous !

-Il y a quand même des choses que je ne veux pas savoir… Marmonna Naru en continuant à chercher la louve.

-Oui mais s’il nous suffisait d’être sous forme animale pendant cette période pour ne pas…?

-Les hommes, oui ! Peut être ! Mais que fais tu des autres changeurs… ET PIRE, à supposer que ce soit pire, je n’en ai aucune idée : des animaux ?!?

-Ah… Oui… Ok, je me tais. C’est toi la scientifique… Moi je vais me contenter d’être une future L. J’ai d’horribles images dans la tête maintenant…

-C’est ta faute, tu n’avais qu’à pas en parler !

A se disputer, elles avaient évidemment perdu la trace de leur consœur animale. Mimiko fixait la grisaille entre les gouttes d’eau, tandis que Naru levait son nez en l’air à la recherche de l’odeur d’Arisa.

La pluie était en train d’effacer la piste. Faisant plus confiance aux capacités de Naru, Mimiko suivit la jeune fille qui slalomait d’un courant d’odeur à un autre. Ce fut cependant un bruit de poubelles renversées qui les fit se diriger vers Arisa.

Deux jeunes qui avaient apparemment abusés de la boisson l’entouraient, l’obligeant à se retrancher derrière deux grandes poubelles. Ils jetèrent l’une de leur bouteille vide dans sa direction et la louve se rencogna un peu plus derrière son abri de fortune. Un petit couinement de douleur suivit quand la bouteille explosa sur le mur et qu’un débris de verre vint se planter dans son museau.

-Raah loupé…

-Attends, et si c’était un chien en fait ?

-Non, j’te jure, mon frère en élève, ç’pas un chien ça, c’est un loup !

-ARRETEZ CA DE SUITE !!! S’exclama Mimiko en s’approchant à grands pas des deux hommes. C’est mon chien !

Elle regretta sur le moment de ne pas avoir pensé à prendre un des colliers et des laisses que gardait Naru. Cette dernière vint la rejoindre, pas rassurée, et essaya aussi de faire face. Bien que deux adolescentes à moitié trempée par la pluie ne devaient pas sembler être une menace suffisante pour ces deux escogriffes.

Pour Mimiko, même s’ils étaient des humains, ils n’étaient guère différents des deux chiens enragés qui les avait attaqués, Arisa et elle, cet hiver. 

-Heiiiiinnn ??? Fit le plus grand d’un ton pas très intelligent mais avec un regard et une attitude menaçante.

-C’est mon chien, je vous interdis de le brutaliser, continua Mimiko tout en le défiant du regard du haut de ses deux têtes de moins.

-On… On va appeler la police ! Glapit Naru en s’agrippant à la brune.  

-Ouais vas-y, appelle la police pétasse, et on verra si cette bête est pas un loup !  

Naru grimaça et sentit un grognement résonner dans la cage thoracique de son amie. Elle l’attrapa au niveau des épaules et lui chuchota :

- Calme-toi ! Ce sont des humains, on ne peut pas leur faire de mal !

-Parce que tu crois qu’ils nous en feront pas… Marmonna Mimiko a la limite de l’audible tellement sa gorge grondait déjà.

-Tu as déjà tué deux hommes, tu te rappelles ????

Le rappel de ce fameux jour suffit à faire revenir Mimiko aux commandes. Le grondement se calma et elle se détendit légèrement.

-Désolé… Mais Arisa est blessée…

La louve passa à nouveau la tête en dehors de son abri et les implora du regard de l’aider. Des gouttes de sang tombaient de son museau là où le morceau de verre était encore fiché.

-Je vous assure que ce n’est pas un loup, elle ressemble à un loup, mais en fait c’est un mélange de euh… Husky et de berger allemand ! Improvisa Naru.

L’homme plissa des yeux en les regardant, s’apprêta à dire quelque chose, puis leva les yeux, comme son compagnon, sur quelque chose qui se trouvait bien au dessus d’elles, l’air éberlué.

Mimiko et Naru qui n’avaient rien senties de particulier, se retournèrent et firent machinalement quelques pas en arrière.

-Oh putain ! S’exclama l’un des jeunes hommes alors que se dressaient devant eux, grand d’au moins 4m et aussi massif qu’un camion, un éléphant aux courtes défenses pointées, juste légèrement recourbée, sur eux.

Ne pas avoir senti ou entendu un animal aussi gigantesque était aberrant pour les deux changeuses, mais elles comprirent vite que c’était parce qu’il ne leur était pas hostile, bien au contraire.

-Ky… Kyogané… Balbutia Naru alors qu’elles s’écartaient du passage.

-Bein ça alors… Asu va regretter de ne pas avoir été là… Lacha Mimiko en le regardant passer pesamment devant elles.

Kyogané les salua en éventant ses grandes oreilles, puis s’avança jusqu’aux deux garçons et attrapa le plus menaçant avec sa trompe pour le secouer un peu et le lancer plus loin.

Le jeune homme fit une parabole en criant d’horreur et son copain n’attendit même pas de savoir ce qu’il était devenu avant de se carapater en hurlant.

Arisa sortit timidement la tête de son abri, avant de trotter vers eux alors que Kyogané reprenait forme humaine.

Mimiko et Naru, un peu choquée par ce qui venait de se passer, ne pensèrent à se retourner qu’une demi-minute trop tard. Elles se jetèrent un regard embarrassée mais éloquent. Joliment foutu leur médecin : il cachait bien son jeu avec sa blouse de médecin et ses vêtements amples.

-Naru, j’ai laissé mes vêtements derrière le grand arbre, déclara t’il d’un ton un peu voilé en s’éloignant d’Arisa qui semblait avoir perdu toute notion de gène ou de pudeur avec son état et qui se frottait à lui.

*Heureusement qu’elle est sous forme animal…* Songea Mimiko en regardant le spectacle du coin de l’œil.

Naru revint avec les vêtements quelle lui passa tout en tenant son regard fixé ailleurs et attrapa par la même occasion Arisa par le cou pour la tirer avec elle.

-Tu devrais avoir honte… Maugréa-t-elle à la louve alors que Mimiko venait l’aider.

-On devrait partir d’ici, non ? Ces types vont probablement rameuter des policiers ? S’inquiéta la brune.

-Hum… Vu leur état d’ébriété, commença Kyogané en fermant le dernier bouton de sa chemise, il est fort possible qu’ils finissent en cellule de dégrisement s’ils affirment avoir vu un éléphant en plein Toulouse.

-Pas faux.

-Merci d’être venu nous aider, fit Naru avec ce que Mimiko pourrait qualifier d’un certain ton d’adoration dans la voix.

*Hum hum, Asu avait pas tord…*

La chienne évita de peu de se faire morde par Arisa qui voyait mal cette appropriation intempestive d’un de SES mâles.

-Ce n’est rien. Mais à ce que je vois, même les arrangements que nous avons pris ne suffisent pas à garder la situation sous contrôle…

Il s’était retourné tout en enfilant ses chaussettes et ses chaussures. C’était assez étrange comme scène. On ne voyait pas son médecin faire ce genre de choses, un médecin c’était plus une sorte d’entité immuable. Sauf que là, il se montrait aussi à l’aise que s’il était au milieu de sa famille.

-Arisa a sauté du balcon… Du troisième étage ! 

-Sous forme de loup ?

Arisa émit un grognement satisfait, comme si elle cranait de son exploit.

-Et elle est blessée… Continua Mimiko en observant son museau suintant d’hémoglobine.

-Alors d’abord, il vaut mieux qu’elle reste sous cette forme, car la transformation tirerait sur les blessures et sur les muscles qu’elle aurait pût se fouler en tombant, commença Kyogané en chaussant ses lunettes. Croyez moi si je vous dis que ça fait TRES mal de se transformer avec un os cassé ou un muscle déchiré.

-Vous allez la soigner ?

-Malheureusement, il vaut mieux que j’évite de m’approcher d’elle. Même si je ne suis pas des masses dominant, je ne suis pas immunisé à ses phéromones. Il faudra lui retirer le morceau de verre à l’aide d’une pince et désinfecter en tamponnant doucement la blessure avec du coton et de la Bétadine. Tu pourras le faire Naru ?

-Oui ! Bien sur ! Affirma cette dernière.

Avec un ton qui affirmait qu’il aurait pût lui demander n’importe quoi. Mimiko balança la tête et leva les yeux au ciel d’un air désespéré, mais Naru fut récompensée d’un sourire.  

Arisa quant à elle, grogna quelque chose qui aurait pût ressembler à une insulte.  

***

-LAISSSEEEZZZZZ MOIIIII MOOOOUUUURRRRRIIIIRRRR !!!!!!!!! Hurla une voix depuis le troisième étage d’une jolie résidence au bord du canal.

C’était enfin le dimanche soir et Mimiko, Asuka et Naru avaient vu au cours de la journée le taux de phéromones baisser, baisser… jusqu’à ça.

Arisa s’était enfermée dans la salle de bain, avait reprit sa forme humaine et gémissait son désespoir et sa fierté blessée.

-Bon ça va, pas la peine d’en faire un flan, puisqu’on te dit que tu n’as rien fait d’irréparable ! Grommela Asuka derrière la porte.

-JE SAIS TRES BIEN CE QUE J’AI FAIT ! J’M’EN SOUVIENS FIGURE TOI !!!! RAAAH !!! JE POURRAIS PLUS JAMAIS METTRE LES PIEDS AU LYCEE !!!!

Asuka se retourna et poussa un soupir en haussant des épaules.

Mimiko était couchée sur le divan dont on avait changé la housse et bailla, complètement crevée d’avoir dû utiliser son influence sur Arisa pendant les 3 derniers jours. Naru quant à elle était toute joyeuse aux fourneaux, avec des faux airs de jeunes mariées qui foutaient la frousse à tout le monde.

Asuka vint se laisser tomber à côté de Mimiko qui replia ses jambes.

-Elle a pas vraiment tord, comment on va expliquer ça au lycée ? Et à Isa et Shin qui nous font presque la gueule à cause de ce qui est arrivé ?

-Ah oui, carrément ?

-Yep, elles nous saluent du bout des lèvres et nous regardent en murmurant quand on croit qu’on les voit pas… Je comprends qu’elles se sentent mise à l’écart, mais qu’est ce qu’on peut y faire ? Tout leur dire ?

Le signe de dénégation n’était même pas utile tellement il était évident que Shin et Isa mettant leurs mignons petits nez dans leurs affaires de changeurs c’était comme rajouter un agent hautement volatil et explosif dans une solution déjà pas très stable.  

-Pour le lycée, je pense que vous pourrez expliquer l’étrange état d’Arisa par la maladie. Ca devrait passer. TU ENTENDS ARISA ? CA DEVRAIT TE SOULAGER ?

-MOUAIS, C’EST CA !

Pas du touuuut ironique, et avec quelques trémolos qui semblaient indiquer qu’elle était en train de pleurer. Mimiko et Asuka se jetèrent un regard d’impuissance. Comment pouvaient-elles donc consoler leur amie ?

La sonnette retentit soudain dans l’appartement et Asuka bondit du canapé pour aller ouvrir aux convives qui étaient attendus.

Kyogané et Alec entrèrent, ce dernier avec sa valise et bien content de retrouver son chez lui.

-Bonsoir vous deux ! On attendait plus que vous !

Kyogané salua les filles d’un hochement de tête avant de s’inquiéter immédiatement pour Arisa :

-Elle va bien ? Sa blessure s’est bien refermée ?   

-Du peu qu’on en a vu, oui. Elle est dans la salle de bain, ajouta Asuka en pointant son pouce derrière elle.

-Hum, ça sent bon, affirma Alec en se dirigeant vers la cuisine.

-Lasagnes maison, annonça Naru.

-Donc avec pleins de trucs en plus et que j’aime pas, précisa Mimiko depuis son canapé.

Alec se retourna vers elle et avec un sourire chaleureux, vint s’asseoir près d’elle avant de lui servir de coussin :

-Fatiguée ? Demanda-t-il d’un ton mi moqueur, mi affectueux.

-Ouiiiii !!!

-Oh pauvre chérie.

Asuka essaya de ne pas faire attention à eux mais la voix d’Alec était difficile à ignorer (en fait, Alec dans sa globalité était difficile à ignorer), surtout quand elle avait cette tessiture soyeuse qui avait de quoi mettre à l’envers l’estomac de la plupart des filles. Elle ne pût s’empêcher de rougir et elle qui n’avait ni frère ni sœur, était incapable de savoir si ce genre de scène était normale.

En tout cas ça lui semblait vachement intime. 

Elle se força à se porter vers Kyogané qui parlementait avec la porte de la salle de bain tout en priant pour que personne n’ait remarqué son trouble et en se traitant de toutes les appellations fleuries qu’elle connaissait.

-Alors ? Des résultats positifs ?

-La situation est inédite, regretta Kyogané en se frottant les cheveux. Et je ne crois pas être spécialement bien placé pour rassurer et conseiller une adolescente, mais… Hum. Laisse-moi quelques minutes.

Le visage du médecin passa de l’embarras à la détermination et Asuka, déjà un peu surprise d’être tutoyée, hocha la tête et revint vers le salon.  

Elle entendit la porte de la salle de bain s’ouvrir et Kyogané rentrer à l’intérieur. Ils ne pouvaient qu’espérer qu’il trouverait les mots pour soulager Arisa.

En attendant elle mit la table avec Alec, une nouvelle chose assez irréaliste, bien qu’elle cachait ce sentiment en faisant le pitre.

Tout ça était si fou. Tous les six dans cet appartement. Quand il n’y avait que les filles, elle pouvait se dire qu’elles étaient entre amies, mais la présence de Kyogané et d’Alec donnait une toute autre impression.

Une impression d’étonnement, un peu de gène, mais aussi, pas mal de chaleur.

Elle pourrait s’habituer à voir Alec lui parler et lui sourire comme s’ils étaient amis depuis des lustres, de sentir Kyogané pas loin et près à guérir le moindre de ses bobos. Oui, elle pourrait s’y habituer avec plaisir.

*C’est ça, la meute ?* Se demanda t’elle en finissant de poser les verres.

Elle se souvint alors de ce que lui avait dit Kyogané quand elle s’était réveillée après avoir été contaminée :

« -Ca, c’est peut être terminé mais… Le cauchemar est juste en train de commencer, n’est ce pas ?

-Ca dépend, regarde-les, il semble qu’il n’y ait pas que des inconvénients. »

Oui, malgré les galères qui leur tombaient quotidiennement sur la tête, il y avait aussi beaucoup de joie et de bonheur.

Quand Naru vint poser le plat de lasagne au milieu de la table, que Mimiko le regarda avec suspicion alors qu’Alec lui cachait les yeux pour l’empêcher de faire la fine bouche, Arisa arriva timidement du couloir avec Kyogané et s’assit à côté d’elle, ce dernier affirma que ce n’était plus la peine de parler de ce qui s’était passé tout en prenant place, et alors tout le monde se servit et l’univers autour d’Asuka sembla soudain à nouveau à sa place.

 

A suivre… 

harmonie du soir de asdom

 

photo (c) Asdom

Posté par Mkat à 13:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]