05 juillet 2014

Chapitre 9: Compagnon (Partie 1)

Février

« Oh well I woke up tonight and said I
I'm gonna make somebody love me
I'm gonna make somebody love me
And now I know, now I know, now I know
I know that it's you »

Calfeutré sous la capuche de son sweat-shirt qui laissait à peine voir quelques mèches de roux, il courait sous la pluie à la lumière des réverbères. Il détestait au plus haut point la pluie, ça le rendait malade, et plus jeune il se calfeutrait chez lui jusqu’à la fin des averses. Maintenant il était trop vieux pour interrompre ses activités habituelles à cause d’un peu d’eau, alors il faisait de son mieux pour en faire abstraction, la musique à fond sur son lecteur mp3.

C’était le félin qui détestait ça.

Le félin était habitué à un climat sec et chaud. A peu près tout ce qu’il n’avait jamais connu en somme.

Pas de traces d’aube dans le ciel, bien qu’il était presque 7h30 du matin. Ca aussi, ça restait déroutant. A quoi leur servait donc leurs fichus changements horaires aux Français si c’était pour commencer la journée dans le noir ?  

Il dépassa le tournant et arriva en face du dojo. Il commença ses assouplissements devant le parvis avant de sortir la clef et d’ouvrir la porte d’entrée. Parce qu’il était toujours le premier son maitre avait fini par lui donner un double.

Il sourit en sentant l’odeur familière, que d’aucuns jugeraient peu agréable, et un changeur à l’odorat fin complètement horrible, mais lui il s’y était habitué. Balançant son sac et son mp3 dans le vestiaire, il s’avança jusqu’à l’espace de combat, se déchaussa et continua ses échauffements, appréciant la solitude et de n’entendre rien d’autre que son cœur qui battait.

Malheureusement, il y avait encore le bruit de la pluie qui frappait contre les vitres. Agaçant.

Un bruit difficile à occulter et qui revenait inlassablement de manière répétitive.

Comme s’il le combattait, ennemi invisible, il se mit à donner des coups avec ses pieds et ses bras, se démenant bien plus qu’il ne l’aurait voulu pour un entrainement. Il aurait dû aller se doucher et enfiler son kimono, mais non, il restait là, en jogging à capuche à se battre contre un sentiment à peine défini.

La pluie qui claquait, la nuit derrière les fenêtres et la lumière de la salle.

Dans une ville à peine connu, entouré d’inconnu, avec un futur dont l’amplitude semblait aussi large qu’un trou de souris. Ah comparaison toute pourrie.

Il se laissa tomber sur l’épais « tatami » ou plutôt machin chose en mousse beige, suffoquant, la sueur perlant le long de son corps, pas le moins du monde libéré.

Disait-il apprécier sa solitude, sa liberté ?

La vérité c’était que là il se sentait seul. Et sa liberté était quelque chose d’aussi étroit que son futur.

Un trou de souris.     

***

Alec était un garçon qu’on ne pouvait pas ne pas remarquer. En plus de son physique, il y avait quelque chose dans sa démarche confiante, dans le son de sa voix, dans la façon dont ses yeux pétillaient à chaque fois qu’on lui adressait la parole, que l’on soit inconnu ou ami, qui attirait irrésistiblement l’attention.

Ainsi, au lycée V.H, chacun se disait que s’il était un élève, ils l’auraient sans doute déjà remarqué, mais pour autant personne n’osait le chasser comme de peur de voir l’adonis disparaitre de leur vue.

Mais théoriquement, Alec n’avait strictement rien à faire ici.

Ce qui ne l’empêchait pas de s’y comporter comme s’il était un vieil habitué.

-Laaa, voyons… Oui, la cour c’est bien par là…

Il ne se doutait pas, innocemment, de ce que sa présence provoquait. Attention, il était bel et bien au courant de toutes les paires d’yeux posés sur lui : habitué dès son enfance, cela ne le gênait pas le moins du monde car il n’affectionnait ni fausse-pudeur, ni modestie. Il savait qu’il était beau, mais il n’en faisait pas tout un plat non plus.

Non, ce dont il était ignorant, c’était de la puissance des réseaux d’informations. Remontant le long des couloirs, se diffusant dans les toilettes des filles, filant jusqu’au C.D.I où planchaient alors deux jeunes filles, bien studieuses, mais aussi aux oreilles trainant sur les tables alentours.

Ce n’était pas dans un intérêt de nuire a quiconque, mais les journées au lycée pouvaient être SI ennuyantes ! Qu’auraient donc fait toutes ces adolescentes « désœuvrées » sans leurs lots de potins concernant des histoires d’amours ou des disputes ?

Mais ce jour là, que la présence d’un canon inconnu dans l’enceinte du lycée arrive jusqu’aux oreilles bien ouvertes d’Isaka et de Shinobu était vraiment un coup de malchance… Et en même temps quelque chose de furieusement prévisible.

Quoiqu’il en était, Alec, un étage plus bas, n’avait pour l’instant, pas la moindre idée de tout ça et se dirigeait, innocemment donc, vers la seule changeuse de la meute qu’il avait réussi à repérer.

-Yo Arisa ! Lança-t-il en bondissant à ses côtés sur la table de pique nique en bois où elle était assise.

Elle leva le nez du téléphone portable qu’elle torturait dans tous les sens depuis tout à l’heure et le fixa, étonnée.

-Yo ? Mais qu’est ce que tu fais là ?

Elle chercha forcement Mimiko des yeux mais ne la vit nulle part.

-J’ai raccompagné Mio chez elle et me voila toouuuut seuuuuul !!!! Gémit-il d’une voix faussement malheureuse en serrant son flanc droit sur la jeune fille.

Arisa essaya de s’écarter un peu, gênée. C’était bizarre, mais elle avait un peu du mal avec la familiarité naturelle d’Alec, alors qu’elle était la première d’habitude à accueillir les « nouveaux » amis avec chaleur.

Sauf qu’avec Alec, il n’y avait pas eu besoin de ça. Il se comportait avec chacun des changeurs comme s’ils se connaissaient depuis leur tendre enfance. Déroutant.

Et un peu gênant.

Alec était très tactile. Il prenait les mains, serrait les épaules, s’appuyait, s’effondrait sur eux et parfois elle se disait avec frayeur que le niveau au dessus de tout ça – qu’il ne réservait encore qu’à Mimiko- c’était les embrassades, les câlins, les joues ou le nez frotté et les bisous.

Alors elle avait tendance à penser qu’il fallait tout de même établir des limites. Et vite.

-Et… Tu viens me voir, moi ?

-Bein oui.

Elle chercha à voir ce qu’il pouvait bien penser dans ses yeux caramel, mais il n’y avait rien d’autre que de la franchise.

-T’es la seule que j’ai trouvé, rajouta t’il alors comme s’il avait pris ce moment de fixation comme une invitation à développer.

-Asu et Naru sont en cours, expliqua Arisa en hochant la tête. Moi j’ai une heure de trou là, avant l’espagnol.

Il lui sourit et regarda autour de lui. Arisa retourna son attention sur son téléphone. C’était joli tout ça, mais s’il n’avait rien à lui dire…

-Pourquoi t’es pas resté avec Mi, si tu voulais pas rentrer de suite ? Finit-elle par demander.

-Je pouvais pas, sa mère allait rentrer.

Arisa fronça des sourcils :

-Désolé, Mi ne m’a rien dit au sujet de votre histoire. Je ne savais pas que vous n’aviez pas la même mère…

*A vrai dire, jusqu’à ce début d’année, je n’étais même pas au courant qu’elle avait un frère !*

-Pas grave, notre père fréquentait juste deux femmes en même temps. Comme ma mère était sa secrétaire et qu’il s’est marié par la suite avec la mère de Mio, des mauvaises langues ont affirmé que c’était ma mère la « maitresse », mais ce n’était pas comme ça. Notre père vivait deux vies à la fois, deux vies de mensonges. Et dans chacune de ces vies, il a eu un enfant, moi d’un côté, Mio de l’autre.

-Ah oui… D’accord, j’aurais jamais imaginé ça.

-Le problème c’est qu’il n’avait qu’un seul père et qu’une seule mère, et du coup, chaque vacances d’été, il nous envoyait tous les deux chez nos grands parents. Papi et Mami étaient au courant, ainsi que nos tantes, mais à Mimiko et à moi, ainsi qu’à nos mères, il nous a présentés comme « cousins ». T’imagine l’organisation de fou ?

-Et surtout pour que vos mères découvrent pas le pot aux roses !

-Un jour c’est arrivé, et ça a été un sacré choc pour moi et pour Mio, on s’adorait tellement que Umiko piquait des crises parce qu’on la délaissait, et tout d’un coup, pouf ! Nous voila tous frère et sœurs ! La suite a été plutôt « sanglante », dirons nous, et ma mère a préféré, pour me protéger, repartir aux USA chez ses parents.

-Ah… D’accord.

Arisa ne savait plus vraiment où se mettre. Tout ce que racontait Alec avait des accents de tragédie, mais c’était dit de façon si simple et dépourvue de tout sentiments négatif qu’elle ne savait pas s’il attendait à ce qu’elle compatisse ou s’il ne voulait pas en parler plus.

Alors qu’elle démêlait les deux hypothèses, Alec lui sourit, l’air d’avoir oublié tout ce qu’il venait de raconter :

-Les collégiens sont mélangés avec les lycéens ? 

-Hein ? Euh non… Les salles de classes et la cour sont différentes…

-Où ça ?

Arisa pointa du doigt une zone bétonnée en partie couverte d’un préau. Alec regarda alors dans cette direction, les yeux scrutateurs.

La jeune fille réalisa alors qu’il n’était pas venu à la recherche d’un membre de la meute.

*Il cherche Umiko…*

Son autre sœur, qui, à ce qu’il lui semblait se rappeler, ne paraissait pas être très attachée à Alec.

Oui, cette histoire était tout de même compliquée…

**

 

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17 juillet 2014

Chapitre 9 (Partie 2)

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-Nooon j’hallucine, tu crois que c’est lui, le fameux « Kyo » ?!? Conjectura Isaka de derrière le poteau où elle et Shinobu se tenaient pour espionner.

-Je suis jalouse, il est trop beau… Maugréa Shinobu. Où elle a bien pût le trouver ?

-Il est pas du lycée, hein ? On l’aurait remarqué s’il y avait un garçon comme ça au lycée.

-C’est clair, il serait passé direct number one devant « l’Etre Suprême ».

-Du coup, on doit l’appeler comment celui là ? « L’Etre Divin » ?

-« Le petit copain d’Arisa », rectifia Shinobu avec un grand soupir exagéré. N’empêche qu’elle nous a bien caché son jeu…

Isaka hocha gravement de la tête.

-Entre ça et les cachotteries de Asuka et Naru… Je ne sais plus quoi penser. Qu’est ce qu’on a fait pour être rejeté du cercle des confidences ?

-Je n’en ai pas la moindre idée, mais franchement… Ca me rend un peu malade. Je pensais qu’on était amies. Et voila que pouf, on passe au lycée et on se fait ignorer royalement…

Isaka prit la main de Shinobu pour la consoler.

-Hey, darling, je suis là moi.

-Heureusement.

-Et on a rien fait de mal. Sinon on s’en souviendrait.

Alors qu’elles allaient s’asseoir sur un rebord de béton, le « beau gosse copain d’Arisa » passa prés d’elles et mue à la fois par réflex et désir de vérité, Isaka trouva le courage de l’arrêter par la manche.

Il se retourna d’un air étonné et Isaka prit malgré elle une teinte de coquelicot.

-Heu bonjour… Dit… ?

-Oui ?

Il regarda alors Shinobu qui rejoignait timidement Isaka.

-On est des amies d’Arisa.

Devant cette présentation, il leur adressa un grand sourire chaleureux qui manqua de les achever toutes les deux d’un coup.

-Ah oui ?

-Oui je… euh… je suis…

Allons bon, voila qu’elle perdait tous ses mots. Isaka avait envie de se donner une paire de claque pour se reprendre.

-Je suis Isaka et voila Shinobu, arriva t’elle à terminer dans un souffle. Et toi, tu es Kyo, non ?

Le roux cligna des yeux :

-Je devrais ? Non, je m’appelle Alec, qui est donc ce Kyo ?

Les deux jeunes filles se regardèrent d’un air dépité. La hoooonnnnnte. Arrêter un garçon qui n’était même pas celui qu’elles croyaient.

-Ah… Bein on pensait que c’est le petit ami de Arisa… expliqua Isaka en regardant à droite et à gauche, un peu embêtée.

S’il était le vrai petit ami d’Arisa, il n’allait pas aimer savoir que sa copine appelait souvent un autre garçon…  

-Son petit ami ? Je ne savais pas qu’elle en avait un…

Shinobu et Isaka le regardèrent, perplexe. Finalement « beau gosse » ne semblait pas être casé avec leur amie. Hmm, c’était bon à savoir.

-Bein en fait, on se demande si ce serait pas une histoire compliquée… Elle a l’air tellement triste depuis quelques temps… Fit Shinobu.

-Comme du genre : un amour unilatéral ? Demanda Alec qui s’était rapproché des deux autres filles, un petit sourire aux lèvres.

Sans s’en rendre compte, les adolescentes se détendirent aussi et tous les trois se mirent à papoter comme des commères.

Un autre talent d’Alec dans le genre…

Il était à la fois très curieux de connaitre les vies de ses nouvelles amies et se prenaient vite au jeu. Un amour empêché, voila un sujet qu’il connaissait très bien ! Si seulement ils avaient plus d’indication sur ce fameux Kyo !

-Tu es le frère de Mimiko ???? S’étonnèrent Isaka et Shinobu. Bon sang, tu ne lui ressemble pas du tout !

-Mais si, on a le même nez, avec les mêmes tâches de rousseurs dessus ! Et la même couleur de yeux !

Apprenant cela, les deux jeunes filles lui parlèrent aussi de l’éloignement de leurs amies et leur tristesse à ce sujet. Alec comprit immédiatement que c’était une conséquence de leur transformation en changeuses, mais il s’étonnait de leur besoin de s’éloigner d’aussi gentilles filles. Après tout, tant qu’elles faisaient attention, il n’y avait aucun risque, non ?

Par affiliation, il se demanda si le problème amoureux de Arisa n’était pas aussi lié à tout ça.

-Je demanderais à Mio ce qu’elle sait de ce Kyo, affirma Alec, et alors on élaborera un plan d’attaque !

-Un plan d’attaque ?

-Oh oui un plan d’attaque ! Approuva Isaka en se retenant d’applaudir de joie.

-On échange nos numéros de portable ? Demanda Alec en sortant le sien. Je vous tiendrais au courant.

Et ainsi, en moins de trente minutes, Isaka, Shinobu et Alec étaient devenus les meilleurs amis du monde… et les pires complices inimaginables.

Quand les jeunes filles s’en rendirent compte, quelques heures plus tard, comme s’il fallait un temps au charme alecien pour s’effacer,  elles se regardèrent d’un air halluciné.

Le canon, le beau gosse, était dans leur téléphone !!!

Un concert de cri hystérique suivit cette révélation tardive.

***

-Kyo ? C’est un changeur, répondit Mimiko en balançant nonchalamment ses chevilles sous sa chaise tout en lisant un manga.

Il se tenait assis à table face à elle, occupé à engloutir à lui tout seul trois croissants, alors que Sumomo fumait sa cigarette un peu plus loin dans le froid du patio.

C’était la pause de midi, et après avoir mangé (enfin… La pause repas semblait ne pas être terminé pour certains…) et été cherché leurs cartons à dessin, ils s’étaient installés à la cafeteria.

-Ah c’est bien ce qu’il me semblait, approuva Alec en hochant la tête d’un air satisfait. Et c’est quoi le problème ?

-Parce qu’il y a un problème avec lui ?

-Pourquoi il fait pas parti de la bande ?

-Parce qu’il le voulait pas et tant mieux d’ailleurs.

-Pourquoi ?

-Parce que… Je sais pas. Ya assez de garçons dans la meute, finit-elle par répondre d’un air agacé.

-Rhooo Mio…  

Sa petite Mio qui n’aimait pas les garçons… Il la trouvait adorable.

-Arisa est amoureuse de lui, lui apprit-il en finissant son premier croissant.

Elle ne réagit pas immédiatement, puis ferma son manga d’un air halluciné :

-Non, tu rigole !

-Est-ce que j’ai une tête à rigoler ?

-Mais… non… tu dis n’importe quoi… On l’a vu qu’une fois ce type ! Et il était super désagréable ! Franchement, je n’ai pas compris pourquoi Kyogané nous a demandé de l’avoir dans nos contacts.

-AH AH ! Ce n’est pas parce que TOI tu ne l’as jamais appelé qu’ELLE ne l’a pas fait ! La contra Alec en brandissant sa prochaine viennoiserie dans sa direction.

Mimiko regarda le croissant s’agiter sous son nez et fit mine d’en croquer un bout pour qu’il le retire, avant d’avancer son ultime argument :

-Et puis… ARISA quoi !

-Quoi « ARISA » ? C’est aussi une fille, comme toi, avec des lèvres, des seins, des…

-Inutile de continuer l’énumération, le coupa sèchement la brune.

-Quoi ? Tu ne vas pas m’en vouloir parce que j’ai remarqué qu’elle avait une poitrine ? Si tu veux savoir, la tienne est plus gross…

Il se prit le manga en pleine figure.

Sumomo arriva pile poil sur cet entrefaite:

-Vous savez que parfois vous ressemblez à un vieux couple ?

-Il m’embêtêêe, expliqua Mimiko avec une moue boudeuse.

-C’est à ça que serve les frères, répondit Sumomo en lui tapotant la tête avant de regarder le roux et de faire la grimace : Tu peux m’expliquer où va toute la graisse que tu enfournes à longueur de journée ?

-Mystère… Marmonna Mimiko en regardant elle aussi le garçon grand et fin.

Alec haussa les épaules :

-Je sais pas, je m’en suis jamais préoccupé.

-C’est sacrément injuste…

Il haussa à nouveau les épaules, impuissant et attaqua son troisième croissant sans aucune honte.

Mimiko récupéra son manga sur la table et le rangea dans son sac. Au passage elle regarda son carton à dessin et poussa un petit soupir :

-Mo, tu as pût avancer ton projet d’art-pla ?

La fausse rousse hocha de la tête en s’asseyant à côté d’elle :

-Oui, j’ai presque fini, et toi ?

-Oh moi, pas du tout. Je suis pas du TOUT inspirée ! Je suis en train de développer une haine viscérale pour l’acrylique !

-Et toi Alec ?

Le garçon mâcha vivement et s’empressa d’avaler sa bouchée :

-Oh ça va, moi j’ai réussi à tourner ça d’une façon qui m’arrange, et je suis sur que ça va plaire au prof !

-De toute façon le prof t’adore déjà… Gémit Mimiko en enfouissant son visage dans ses bras pour se cacher.

-Oui, c’est un peu agaçant d’ailleurs, ajouta Sumomo pince sans rire qui n’arrivait pas à cacher sa jalousie.

-Moi j’ai juste droit à son petit regard narquois et son ton condescendant comme s’il parlait à une gamine qui allait se mettre à pleurer d’un instant à un autre ! Ajouta Mimiko toujours dans ses bras.

-Mais noooon… Temporisa Alec. Tenez, regardez.

Le roux prit son carton à dessin sur ses genoux et en sortie une grande photo qu’il avait commencé à recouvrir de peinture.

Les deux filles devant lui firent de grands yeux effarés en voyant qu’il s’agissait d’une photo de lui, languissamment couché sur son canapé, et très probablement originellement nu sans la peinture qui recouvrait en partie le bas de son corps.

-En fait, lâcha Sumomo, je crois que tu flattes sans le savoir la part narcissique du prof…

-Une photo de toi… hallucinait toujours Mimiko qui était à court de mot.

-Oh, je la trouvais pourtant réussite moi, grommela Alec en la retournant vers lui.

-Et de l’autocongratulation en plus… Agonisa Mimiko sur sa chaise. Mais qu’est ce que je fais avec vous deux moi ????

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28 août 2014

Chapitre 9 (Partie 3)

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Asuka et Arisa revenaient de leur cours de sport quand la première stoppa brutalement en passant au milieu des deux espaces couverts qui se trouvaient au milieu de la cour. Sur les tables de pique-nique placées en dessous, elle voyait nettement Isaka et Shinobu… AVEC quelqu’un qui n’aurait jamais dû se trouver là.

-Mais c’est Alec ! S’indigna-t-elle.

La blonde à côté d’elle jeta un regard par-dessus-elle :

-Ah oui. Il était déjà venu la dernière fois.

-Mais… Il est avec Isa et Shin !

En les voyant rigoler tous les trois ensembles, se penchant comme pour se raconter des confidences, on aurait dit qu’ils étaient de vieux amis de toujours. Observant de plus comment les deux filles le regardaient, Asuka ne pût s’empêcher de grogner.

Oui. Bon. Elle était jalouse. Et sans raison, honte à elle, car le roux n’avait jamais vraiment fait de signes ou dit quoique ce soit laissant à penser qu’il s’intéressait plus à elle qu’à n’importe quelle autre fille.

Mais elle était jalouse quand même. 

Elle se demanda quand l’idée qu’Alec ferait un petit ami acceptable s’était insinué sournoisement dans sa tête, mais il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre pourquoi : il était beau, il était gentil (un peu trop, et avec tout le monde, mais bon, passons), il aimait rire et c’était un changeur. DONC c’était le parti parfait pour quelqu’un dans sa situation. Mais il ne fallait pas se voiler la face : sous sa forme animal elle avait beau être un superbe lynx de compet, sous forme humaine elle n’avait franchement rien de plus qu’une autre humaine lambda. Pardon : une autre changeuse lambda.

Alors qu’Isa et Shin…

Elle ne pût s’empêcher de se porter vers eux et de se recoiffer machinalement, peine perdue car de toute façon après deux heures de sport (athlétisme, forcement), elle ne pouvait qu’avoir le teint rougeau et une coupe en pétard.  

-Eh ! Quelle surprise… ! Lança-t-elle en essayant d’y mettre autant de bonne humeur que possible.

Isaka et Shinobu ne firent pas cet effort et se renfrognèrent en faisant mine d’être soudainement très intéressées par leur agenda ou leur téléphone.  

-Salut Asuka ! Répondit Alec qui lui n’avait aucune raison de se sentir gêné. Salut Arisa !

-Salut, répondit la blonde. Quoi de neuf ?

-Oh, eh bien… A la fois rien d’intéressant et de très intéressant. Disons que je suis sur un projet passionnant. Ou plutôt NOUS sommes sur un projet passionnant.

-Ah oui ? Quoi donc ? Demanda Asuka.

-C’est un secret pour l’instant.

-Ah… Dis, on peut te parler un instant… SEUL…

Shinobu et Isaka la regardèrent avec indignation, mais Asuka ne pouvait décemment pas parler de ça devant elles. Grommelant intérieurement de ne pouvoir rien faire pour sauver leurs amitiés qui se dégradaient, elle tira Alec par un bras pour l’entrainer un peu plus loin avec Arisa :

-Mais enfin Alec, tu devrais éviter d’être aussi proche d’elles ! On n’a pas fait tous ces efforts moi et les filles afin éviter qu’elles soient contaminées pour que tu gâches tout !

-T’inquiètes, j’ai bien retenu la leçon : éviter tout contact de salive, sang ou sperme. Je ne vois pas pourquoi on devrait se priver de la compagnie de ceux qui ne sont pas comme nous.

-Oui, c’est ce qu’on se disait aussi, au début, railla Arisa. Avant que Naru et Asuka soient aussi contaminées.

-Mais ça n’a rien à voir, se défendit Alec, toi et Mio avaient étés mordus par des chiens contaminés, Naru s’est contaminée elle-même en barbouillant la griffure que lui avait faite Mio du sang d’un chasseur que ma sœur avait déjà bien mâchouillé –et donc contaminé – en tout cas d’après Kyogané, et toi Asu… Euh…

La jeune fille se détourna brusquement.

-Mieux vaut ne pas en parler, énonça t’elle sombrement.

-Bref, vous ne vous êtes jamais contaminées les unes les autres.

-Mais INDIRECTEMENT, si, répliqua Arisa. Notre seule présence à leurs côté à suffit. Les chiens qui ont agressés Mimiko étaient là parce qu’ils avaient senti MON odeur. Naru a été contaminée parce qu’elle a voulu rattraper une erreur de Mi et Asu a été attaquée par des changeurs qui avaient senti l’odeur de Naru. Donc ta seule présence pourrait causer du tort à Isaka et Shinobu même si ton animal ne s’est pas encore révélé…

Alec sembla contrarié par le discours de Arisa. Asuka posa une main sur son épaule et en profita pour la même occasion pour se griser de son parfum. Mélange de son odeur naturelle et d’un parfum, ou d’une eau de Cologne. Une odeur plus sensuelle que virile, très inhabituelle chez un garçon de cet âge.

-Tu t’inquiète à ce sujet ? Demanda-t-elle avec douceur.

-A quel sujet ?

-Ton animal.

-Non, pas vraiment, répondit-il après même pas trois secondes de réflexion.

Ce qui étonnait Asuka car cela avait été un énorme sujet d’inquiétude pour elle et pour Naru.

-Tu sais que tu pourrais devenir à peu près n’importe quoi ? Insista-t-elle.

-Je sais ce que je suis.

Il avait l’air si confiant qu’il en paraissait bête. Bah, tant pis pour lui s’il se transformait en tapir géant. Ca semblait bien lui ressembler de ne pas se faire du souci pour une chose qui était de toute façon déjà définie.

Devant son visage confus, Alec lui sourit et revint vers Isaka et Shinobu. Il se retourna vers elles à un moment :

-Tiens, tant que j’y pense ! J’aimerai avoir une photo de vous avec moi, pour rassurer ma mère. Elle ne me croit pas quand je lui dis que je me suis déjà fait plein d’amis !

-Pas de soucis.

-Ah mais l’appareil photo de mon portable craint, Risa, le tien est plutôt pas mal, non ?

La blonde haussa des épaules :

-Bah, il est pas fantastique non plus…

-Mais mieux que le mien, je peux te l’assurer. On peut prendre les photos avec ? Tu n’auras qu’à me les envoyer.

-Oui, ça pose pas de problème.

-Qu’est ce qu’on fait ? On pose tous les trois ? Demanda Asuka.

-Non d’abord moi avec chacune d’entre vous, puis tous ensembles ! Et des photos un peu sexy, c’est plus marrant ! Allez viens là Asu !

Arisa alla se placer devant eux pour prendre la photo pendant que les deux autres prenaient place.

-Tu me l’enverras aussi Risa ? Demanda Asuka en se laissant prendre dans les bras de l’adolescent, se prêtant fort volontiers au jeu.

-OK ! Alors souriez… Voilà c’est fait ! Je vous envoie ça !

-Super ! Répondit Alec en lâchant Asuka. Isa ! Tu veux bien prendre la suivante avec moi et Arisa ?

Isaka et Shinobu qui observaient jusque-là s’étonnèrent de la demande car Alec savait bien qu’elles boudaient les deux filles, mais devant le clin d’œil qui leur adressa discrètement, Isaka compris et voleta jusqu’à Arisa pour se faire expliquer le fonctionnement du téléphone.

Lui laissant l’appareil, Arisa alla rejoindre Alec qui lui tendait les bras d’un air chafouin.

-Allez, sexy Arisa !

-S’il le faut vraiment… Gémit-elle avant de s’exécuter, un poil hypocrite. 

-Voilaa ! C’est pris ! Annonça Isaka avec un grand sourire. Elle est géniale. Je te l’envoie Alec.

Pendant que celui-ci réunissait Arisa et Asuka sous prétexte de trouver une pose de groupe, Isaka envoya aussi la photo à quelqu’un d’autre. Suivi d’un texto en plus, pour faire bonne figure. Shinobu derrière elle se retint de ricaner.

Alec était vraiment trop fort.

**

-C’est donc ainsi qu’on calcule les variables de…

Kyo se retint de se cogner la tête contre sa table. Si on lui avait dit que ces cours de gestion financière étaient en fait des cours de maths déguisés, il y aurait réfléchis à deux fois avant de prendre cette option.

Mais de toute façon, il n’avait pas d’autres choix, dixit Maître Robert, que de suivre sa section de gestion d’entreprise dans ce lycée professionnel s’il voulait un jour ouvrir son propre dojo. La bonne blague.

C’était comme ce formulaire pour les études supérieures qu’on leur avait distribués. En ce moment, il ne savait pas quoi faire au sujet de son avenir. Rien que ce mot « avenir » lui fichait des frissons d’angoisse. 

Déjà ce serait bien beau qu’il finisse sa terminale. Après…

Devrait-il rentrer ? C’est ce qu’exigerait sans doute sa famille. Sa meute.

Mais il y avait aussi la possibilité de continuer le sports/études avec la section STAPS à l’Université Paul Sabatier. S’il restait ici évidemment. Si on lui en donnait l’autorisation.

Mais pourquoi faire ? On lui ordonnerait de toute façon de rentrer après pour exercer dans le dojo familial.

Cet encart en France, ça ne devait être qu’une respiration. On le lui avait permis pour ça après tout… 

Il fut coupé de ses pensées sombres par le vibreur de son portable. Le sortant discrètement de sa poche, il fut surpris de découvrir un message d’Arisa. Cela faisait un moment qu’elle avait renoncé à lui envoyer quoique ce soit pourtant…

Bien qu’il ne lui ait jamais répondu, il avait lu chaque message, sms ou répondeur qu’il avait reçu. Ainsi il fit de même et ouvrit le mms.

Son portable fit un bruit inquiétant quand il resserra inconsciemment les doigts dessus, menaçant de le réduire en morceau.

Là, sur le petit écran, il y avait une photo d’Arisa qui semblait à deux doigt d’embrasser un garçon inconnu. Et écrit dessous : « Comme promis je te l’envoie. Pleins de bisoux, je t’aime. ».

Aussitôt après, un deuxième texto arriva et il s’empressa de l’ouvrir, découvrant cette fois-ci un « Oups, désolé, c’était pas pour toi, je l’ai envoyé à la mauvaise personne. Bonne journée ! ».

Kyo était purement estomaqué, et il remit la photo, dévisageant cet espèce d’olibrius roux qui était avec elle. Mince, il ressemblait à un acteur américain en plus, même s’il avait l’air un peu con.

Il jeta son téléphone dans son sac, dégouté, et se raccrocha à sa table en essayant de se calmer et de ne pas y penser. Peine perdu et dans un craquement sonore, la plaque de bois qu’il crispait dans ses mains se fendit en deux. Tous les élèves se retournèrent vers lui pour voir les deux pans de son bureau s’effondrer par le milieu, formant un espèce de M.

-MONSIEUR SOMA !!! S’indigna le professeur en remontant ses lunettes sur son nez, n’en croyant pas ses yeux.

-Grummlemle… Sont pas solide vos tables… Maugréa-t-il avant d’attraper son manteau et son sac pour sortir précipitamment de cours.

***

Lorsque le ciel s’obscurcit au-dessus du lycée VH, Alec décida de rentrer à Toulouse. Se faufilant au milieu des lycéens qui finissaient leur journée de cours, il se dirigea en direction de la sortie.

C’est par hasard, alors qu’il n’y pensait même pas, qu’il tomba nez à nez avec Umiko.

Elle ne ressemblait plus du tout à la petite fille qu’il avait connu, celle que lui et Mimiko appelaient « la sauterelle » à cause de ses membres longilignes. Elle avait commencé à mettre des formes là où il le fallait et semblait avoir arrêté de grandir comme une pousse de haricot. Habillée d’un duffle coat carmin, d’un baggy, de mitaines en résille noire ornant ses mains et de tennis à la mode, elle était entourée de plusieurs amies assez pareillement vêtues.

Elle se figea brutalement en le voyant, perdant une partie des quelques couleurs qui lui restaient en hiver.

-Umi… Commençant Alec avant de se prendre en pleine face son regard haineux et assassin.

-Qu’est ce que… Qu’est ce que tu fais là ?! Personne ne veut de toi ici ! Rentre chez toi !

Tout ce qu’aurait pût dire Alec lui resta coincé au fond de la gorge alors que l’adolescente et son groupe passaient à côté de lui.

-Mais… Tu es ma sœur… Réussit-il à murmurer.

-Non. J’ai pas de frère, j’ai qu’une sœur. Toi, tu n’existes pas, asséna-t-elle sans le regarder.

Elle le laissa derrière lui et Alec ne fit rien pour la rattraper, la tête baissée vers le sol.

Mais…Lui, il n’y était pour rien…

Qu’est-ce qu’il pouvait bien y faire ?

***

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22 octobre 2014

Chapitre 9 (Partie 4)

***

-KYOGANE !!! Rugit Kyo en faisant valser la porte du bureau que le docteur étudiant occupait à l’hôpital.

Celui-ci, en pleine consultation d’une femme qui s’était ouverte la main avec un couteau de cuisine, le foudroya du regard.

-Oups… Pardon… Se rattrapa Kyo en se figeant. Je… Je vais attendre dehors…

Il recula et referma la porte en se traitant d’imbécile. 

Vingt minutes plus tard, la femme ressortit avec un énorme bandage et Kyogané derrière elle fit les gros yeux au rouquin :

-Je te rappelle qu’il y a des gens qui travaillent ! C’est pas ton cabinet de consultation privée ici ! 

-Oh ça va ! Tu travailles tout le temps ! T’es jamais à ton appart !

Kyogané ne pouvait rien rétorquer à cela, ainsi il repartit à l’intérieur de la pièce en soufflant.

-Bien, qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

Kyo lui brandit son téléphone sous le nez :

-C’est QUI ce mec ?!

Le médecin fit alors plus attention à la photo qui s’y trouvait.

-Alec, répondit-il.

-Tu le connais ?

-Oui, on a partagé mon appart il y a quelques semaines quand… Enfin, c’est le nouveau changeur de la meute.

Parce que c’était un changeur en plus ! Kyo sentit son animal intérieur s’agiter dans les méandres de son subconscient. Il pouvait presque le sentir faire les cents pas en grognant de colère. Contre lui l’idiot qui le retenait constamment et qui avait laissé faire ça. 

Rien de mieux qu’un conflit moral pour créer un dédoublement de personnalité… Songea Kyo en tournant lui aussi en rond dans la pièce sous les yeux inquiets de Kyogané.

Généralement un changeur formait un tout. Il arrivait parfois qu’en parlant ils distinguent l’animal de l’humain, mais c’était plus pour parler des pulsions sauvages qu’ils ne pouvaient retenir. L’animal et l’humain étaient une seule et même personne… A part quand il commençait à y avoir un conflit important entre la part animal et la part humaine. Là, les deux se séparaient et tel un jeu de chaise musicale, c’était tantôt l’un, tantôt l’autre qui avait le contrôle.

Kyogané savait que Kyo avait eu récemment de gros problèmes de dédoublement, c’était d’ailleurs pour ça que sa Meute l’avait envoyé ici, loin d’eux. Et le problème ne semblait pas encore tout à fait réglé…

La plupart du temps les victimes de ce phénomène, afin de garder le contrôle et de guérir, enfermaient leur animal au fond d’eux et ne le laissait pas sortir jusqu’à ce que le problème se tasse ou que les deux parties trouvent un terrain d’entente. Hélas, chaque nouveau désaccord pouvait provoquer un nouveau basculement.

Il était aussi intéressant de remarquer que ça ne touchait presque que les carnivores.

-Et il fait partie de la Meute de Bouconne ? Répéta Kyo d’un ton tendu.

-Oui, c’est ce que j’ai dit, répondit calmement Kyogané en espérant que sa sérénité pourrait atteindre le jeune homme.

-Et tu crois qu’il pourrait… Il sort avec Arisa ?

-Je n’étais pas au courant, mais apparemment, il semblerait que ce soit le cas.

Au vu de l’agitation de Kyo, allant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, comme un animal qui a perdu ses repères, son autre lui devait être en train de chercher à reprendre le contrôle.

-Je croyais que c’était ce que tu voulais… Commença doucement le médecin qui devait s’avouer, lui aussi, un peu perdu.

-Je…

-Tu ne voulais pas rester avec elle car en absence d’un partenaire, vous ne pouviez pas être amis. La situation vous aurez forcement conduit à essayer de vous séduire ou à vous rejeter violemment…

-Je… Je sais pas… Geignit Kyo en passant nerveusement une main dans ses cheveux.

-Maintenant tu peux la revoir…

-PAS AVEC LUI !!! Rugit presque le garçon en bondissant en avant, forçant Kyogané à reculer derrière son bureau.

Pendant un instant, les yeux du garçon étaient devenus doré, fendu d’une fine pupille, mais son iris se rétracta presque aussitôt et il sut que l’humain avait repris le contrôle.

-Désolé… Maugréa Kyo en s’éloignant.

-Bon, il y a clairement conflit de dominance là, maugréa Kyogané en essayant de reprendre contenance.

Il avait beau être un éléphant, la présence d’un carnivore ne faisant pas partie de sa meute le rendait nerveux.

-Mais la question c’est : est-ce que c’est uniquement l’animal ? Ou est-ce que toi en tant qu’humain…

-C’est pas ça le problème ! Répliqua Kyo.

-Bien sûr que si.

-C’est ma décision, à moi, de… Ne plus fréquenter de fille…

Enfin on y arrivait, songea Kyogané, le nœud du problème, l’objet de sa première crise et aussi de celle-ci, certainement.

-Ecoutes, Shigure m’a que vaguement mis au courant de ce qui s’était passé, et j’avoue que le fonctionnement de votre meute est très spéciale, tellement que je ne comprends pas comment elle marche, là, avec votre Alpha humain, mais il faut que tu oublies Tohru Honda.

A l’écoute de ce nom, Kyo se crispa comme s’il venait de prendre le jus. Mais il se reprit bien vite pour lui lancer, furieux :

-OK, écoute bien aussi Kyogané, primo, c’est pas tes oignons cette histoire et deuxio, ça n’a rien à voir ! Alors laisse-moi !

-C’est toi qui es venu me voir ! Lui rappela Kyogané, sans pour autant hurler.

-Ouais bein je me demande pourquoi… J’me casse…

-Tu comptes fuir longtemps ? Fuir ta vie ? Fuir tes émotions ? Ce n’est pas parce que tu as perdu une fois que tu dois te conduire comme un perdant le reste de ton existence !

Kyo tourna la tête pour le regarder par-dessus son épaule, l’air provocateur :

-Genre t’es bien placé pour dire ça…

-Oui ! Car j’ai décidé de ne plus fuir ! Je vais intégrer la Meute de Bouconne et tirer un trait sur mon passé… Sur Anne ! Recommencer à vivre, recommencer à penser à l’avenir… Recommencer à aimer peut être ! Et toi Kyo ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Rentrer comme un bon toutou chez les Soma ? Passer ta vie à râler sur ce qui aurait pu être ? Tout en voyant la fille que tu as aimée au bras d’un autre ?

-Et qu’est-ce que je pourrais faire d’autres… ?

La voix de Kyo n’était plus du tout colérique ou provocatrice, elle était brisée, ce qui obligea Kyogané à changer de ton lui aussi.

-Je ne sais pas, pleins de…

-La meute me laissera jamais partir… Quand bien même ils n’ont pas besoin de moi…

-Ma meute ne voulait pas me laisser partir, mais c’est ce que j’ai fait. Heureusement ce n’est pas un pacte à vie contrairement à ce qu’ils voudraient te faire croire. Si la Meute ne protège pas son membre, ne le laisse pas s’épanouir, alors il a le droit de tenter de s’y dérober. De plus, si tu intègres une nouvelle meute, elle te défendra contre l’ancienne… Et cela est encore plus vrai si tu deviens alpha.

Kyo se retourna vers lui, intrigué.

-Alpha ?

-Je sais que c’est une grosse responsabilité et que tu n’y tiens pas trop, mais ta meute ne pourra plus revendiquer quoique ce soit de toi… Et puis… Si tu n’étais pas ne serais-ce qu’un petit peu intéressé par Arisa, tu ne serais pas dans tout tes états en ce moment. Non ?

-Mais elle ? J’avais vraiment l’impression que ce qu’elle voulait, c’était vraiment que de l’amitié.

-Ca c’est une chose que tu dois lui demander.

***

-A quoi est-ce que tu t’attendais, franchement ? Soupira Mimiko.

-Notre sœur me déteeeestttteeee !!! Geignit Alec avant de replonger son visage dans le giron de la brune qui tentait de le consoler en lui donnant de petites tapes dans le dos.

-Je trouve que ta sœur est quand même injuste de lui mettre sur le dos le divorce de vos parents, intervint Sumomo.

Elle s’écarta pour laisser passer un lycéen et reprit sa place. Le trio se trouvait sur la plateforme du second étage donnant sur l’escalier central et sur la vie scolaire, comme une grande partie des autres élèves. Ca se bousculait donc un peu. 

-C’est une ado. Moi-même je ne la comprends plus vraiment. Avant elle était quasiment tout le temps dans mes pattes, maintenant je ne la vois plus qu’aux repas où elle ne parle que de ce qui l’arrange. C’est un peu frustrant.

-Ca lui passera.

-Si entretemps elle ne perd pas sa virginité ou je ne sais quel autre chose…

-QUOI ?!? S’exclama Alec en se détachant de Mimiko avec horreur.

-Ce ne sont que des suggestions de grande sœur inquiète…

-Et quand bien même, quel mal y aurait-il à cela ? Lança Sumomo avec un sourire taquin, s’attendant à l’avance à la réaction de ses deux amis.

-MAIS QUOI QUE !?! ENFIN !!! Crièrent-ils tous les deux, écarlates.

-Tiens, je ne pensais pas qu’Alec était encore puceau à son âge…

-Je suis un romantique, moi… Grommela le garçon en s’inquiétant que quelqu’un ait pu entendre.  

-Je veux dire, tant que votre sœur est consentante…

-Non ! Elle est trop jeune ! Elle le sera toujours ! Gémit Mimiko. C’est pour ça que c’est une PETITE sœur !!!

-OOooooké…

A ce moment-là les deux seuls autres garçons de la classe hélèrent Alec qui se fraya un passage pour les rejoindre. Mimiko et Sumomo se rapprochèrent en les observant.

-Au fait, au sujet de sexe…

-Oh non pitié, je sens déjà que ça va être une horreur ! S’exclama Mimiko.

-Je suis allée à cette soirée vendredi dernier, c’était génial ! Enfin pour la partie dont je me souviens, parce que j’ai comme un trou noir pour le reste. J’ai un peu trop abusé de l’alcool je crois…

-Non saaans rire ? Grogna Mimiko avec regard noir à l’appui. Mais est-ce que tu te rends compte qu’il aurait pu t’arriver n’importe quoi ? C’est SUPER dangereux ! N’importe quel type…

-Bein ouais justement, je crois que je l’ai fait avec quelqu’un mais je me souviens plus du tout de sa tête…

Mimiko chercha un endroit pour se cogner la crane mais n’en trouvant pas, elle ne pût montrer son exaspération.

-J’étais un peu inquiète, alors j’ai fait un test hier et je suis pas enceinte.

-Et le sida ?

-Non plus. J’étais rassurée, tu peux pas t’imaginer, parce que ça me pesait un peu cette histoire…

-Je suis exaspérée Mo. Totalement exaspérée. Faut que t’arrêtes ça, un jour il va t’arriver un truc.

La fille aux courts cheveux châtains leva les yeux au ciel : Mimiko prenait tout tellement au sérieux !

Et d’ailleurs une autre petite brune sérieuse était en train de faire une énième approche stratégique. Sumomo donna un coup de coude à Mimiko qui grommelait dans sa barbe et lui désigna Mizuki qui s’avançait timidement vers le groupe de garçons, encouragée par ses amies.

-Mizuki : tentative n° 7 !

La pauvre tentait vainement d’avoir une discussion plus élaborée que « Bonjour » avec Alec, mais n’y arrivait jamais. Il fallait dire qu’elle choisissait toujours les mauvais moments.

-Je me demande pourquoi elle ne vient pas le voir quand il est avec nous…

-Tu es une sœur intimidante, lui expliqua Sumomo. Tu émets des ondes de « Pas touche, à moi » à la ronde.

-Mais non ! C’est même pas vrai !

-Si. Et…

Sumomo se retint de justesse de dire qu’Alec avait l’air d’un gros chat qui ronronne quand elle s’occupait de lui. Il y avait des évidences difficiles à dire et à admettre.  

Mimiko ne semblait pas, de toute évidence, s’en rendre compte et elle observait Mizuki avec une moue agacée.

Celle-ci émit un petit bonjour, s’attirant vaguement le regard des trois garçons qui lui répondirent machinalement avant de revenir à leur discussion. La jeune fille se fit un peu bousculer par un groupe d’élève et n’eut pas d’autre choix que de battre une nouvelle fois en retraite.

Sumomo balança sa tête d’un air navré.

-Faut vraiment que je m’occupe de les mettre ensemble ces deux-là…

Mimiko lui jeta un regard de reproche.

-Je crois qu’Alec est assez grand pour se trouver une petite amie toute seule…

-Mais ils seraient trop mimi tous les deux… Fondit Sumomo en les regardant avec un air maternel pendant que Mimiko grognait comme à son habitude.

La sonnerie de fin de pause lui donna une bonne excuse pour tirer son amie de sa gagatisation en la poussant vers leur prochaine salle de cours.

***

Kyo s’était déplacé jusqu’au lycée d’Arisa après ses cours. Il n’avait pas encore décidé de ce qu’il allait faire car il changeait d’avis toutes les cinq secondes, mais il s’était dit que c’était un début.

Il n’avait qu’à chercher Arisa et… Et… Bon sang, que pourrait-il lui dire ? Lui expliquer froidement comment marchaient les relations entre mâles et femelles ? Non, ça sonnait comme une excuse… Lui demander si elle était, par le plus grand des hasards, tentée de larguer le minable avec lequel elle sortait pour tenter le coup avec lui ? Rah non quelle honte… Faire comme s’il n’avait jamais vu la photo ? Oh oui, commencer une relation avec un mensonge, quelle bonne idée !

/S’imposer et puis c’est tout ?/ Proposa son animal intérieur sans la moindre nuance d’humour, car les fauves n’avaient pas de sens de l’humour.

Kyo le chassa de sa tête en le maudissant. En temps qu’humain il aurait très bien pût se dire : « Ok cette fille est sympa, mais vaut mieux pas » et l’effacer de sa vie, mais son animal le prenait comme si un autre venait de lui piquer un gigot sous son nez.

Arisa n’aimerait certainement pas être comparée à un gigot…

De plus, il ne savait pas comment faire pour rentrer dans le bâtiment sans se faire stopper par un surveillant. Et si elle était déjà rentrée ?

Inconsciemment il humait l’air à la recherche de son odeur. Généralement les félins n’aimaient pas les odeurs des canins, mais il le savait pour l’avoir senti, leur odeur mélangée à tous les deux sentait diablement bon.

Il grogna intérieurement en songeant avec horreur qu’aujourd’hui l’odeur d’Arisa était mélangée avec celle d’un autre.

Et là, il devait avouer que ce n’était pas que sa partie animal qui réagissait.

Il se senti d’un coup beaucoup plus en phase avec lui-même.

C’est alors qu’il sentit une odeur qui lui hérissa tous les poils.

Les félins n’aimaient pas l’odeur des canins… Mais ils n’aimaient pas plus l’odeur d’un félin du même sexe !

Elle était là, forte, donc non loin.

Il la suivit en contournant le bâtiment vers la seconde entrée qui menait sur un parc. Sans plus réfléchir il sauta la clôture quand personne ne le regardait et suivit la piste.

Quittant la foule d’élèves qui sortaient, il s’enfonça dans l’espace vert, puis s’immobilisa.

IL était là.

L’espèce de play-boy efféminé de la photo. « Alec ».

Entouré de deux filles, à première vue non changeuses, ils discutaient et riaient sans se rendre compte qu’ils étaient observés. Et plus Kyo le voyait, plus il s’indignait.

Arisa ne pouvait pas éprouver des sentiments pour cette espèce de m’as-tu-vu exubérant ! En plus il était en train de flirter avec ces deux autres filles !

Un son rauque s’échappa de sa gorge, et le play-boy tourna la tête dans sa direction, l’air surpris. Il le dévisagea, leva le nez d’un air intrigué, puis sans le lâcher du regard, il sauta du banc où il était assis.

Il sembla hésiter un instant, puis décida de l’approcher d’un air décontracté, un sourire moqueur sur ses lèvres.

-Tu es Kyo, non ?

-Et toi Alec.

-Exact ! Comment le sais-tu ?

-Ca ne te regarde pas… Toi et moi… On doit « parler ».

Kyo appuya bien sur ce dernier mot et vu la lueur qui passait dans les yeux de son vis-à-vis, il s’aperçut qu’Alec l’avait compris et qu’il acceptait le défi.

Le japonais se rendit compte alors des deux autres filles derrière lui qui se murmuraient des choses en le dévorant du regard, l’air extatique. Il fronça des sourcils, se demandant ce qu’elles savaient. En tout cas, il ne voulait pas d’elles dans ses parages. 

-Où on pourrait être tranquille ?

Alec tourna sur lui-même pour le garder dans son champ de vision, puis désigna un grand bâtiment :

-Là bas, derrière le gymnase.

-OK, allons-y. 

Il s’y dirigea calmement pendant qu’Alec se tournait vers les deux filles. Ce qu’il leur dit ne sembla pas leur plaire, mais au moins, ils seraient tranquilles.

Sentant sa présence derrière lui, il continua son chemin avec impatience car il avait hâte d’en découdre et de faire ravaler sa superbe à ce jeune inconscient.

Une partie de lui était néanmoins troublé.  

Alec ne sentait que très peu Arisa, et autant qu’Asuka et Naru. Par contre… Il sentait beaucoup Mimiko. L’animal en lui n’était plus certain de ce qu’il faisait, mais sa partie humaine ne pouvait oublier la photo et le message.

Oui, lui l’humain était jaloux. Ce n’était donc pas qu’une question de « gigot ».

Il avait envie d’avoir Arisa pour lui.

Une fois sur de ne pas pouvoir être vu de quiconque, il se retourna pour faire face à l’adolescent. Celui-ci en fit de même et lui adressa un sourire. Kyo ne le lui rendit pas et le jaugea sombrement du regard.

Il avait un corps fin et gracieux, quelques muscles, mais plus de ceux que donne la pratique de l’athlétisme. Il ne pratiquait certainement pas les sports de combats, décida Kyo, même s’il savait probablement se défendre quand on l’attaquait. Il faisait presque une tête de plus que lui, mais ça n’avait aucune importance.

Kyo retira ses baskets, ses hauts et son baggy, ne gardant que son boxer et avança son pied nu devant lui pour se mettre en posture de combat. Alec le regarda avec de grands yeux ronds :

-Mais… Qu’est-ce que tu fais ?

-Tu ferais bien de faire pareil si tu tiens à tes vêtements, répliqua le japonais.

-Par ce froid ? Pas question ! En d’autre météo je m’en foutrais de faire un concours de strip-tease avec toi, mais là je ne tiens pas à attraper la crève !

Les yeux de Kyo s’étrécirent, assassin.

-Tu verras si tu seras en état de parader après ce que je vais te faire ! Siffla-t-il d’un ton vénéneux.

-J’attends de voir ça ! Répondit Alec avec un sourire provocateur en levant les poings devant lui, prêt à frapper comme à se défendre.   

Kyo lança avec vitesse le premier coup, frappant avec son pied contre sa défense, défense en partie cassée car étonné, Alec avait avancé un de ses poings. Non seulement il frappa dans le vide, mais le coup de pied le déséquilibra et l’envoya choir plus loin sur ses fesses.

-Ouille ouille ouille… Gémit-il en se massant les fesses. Toi tu fais pas semblant quand tu frappes.

Kyo ramena son pied à lui et le fusilla du regard car il semblait prendre tout ça comme un jeu :

-Je n’en ai pas l’intention.

Il aperçut alors avec un peu d’étonnement l’adolescent perdre son masque d’insouciance, découvrant un visage sombre, aux grands yeux brillants de violence, mais indéchiffrable.

Si Kyo avait fréquenté plus longtemps les membres de la meute de Bouconne, il aurait reconnu Mimiko, car c’est dans leur humeur noire que ces deux-là se ressemblaient le plus.

-OK, j’ai compris…

Il se releva, et se remit en position.

Cette fois-ci c’est lui qui frappa. Kyo esquiva son poing, mais Alec releva son genou, le touchant à l’estomac. Le japonais contrattaqua en le frappant violemment du tranchant de la main dans la clavicule. La douleur vive fit crier Alec qui lui attrapa les cheveux pour les tirer tout en essayant de lui faire un croc-en-jambe. Kyo ne se laissait pas tomber, faisant basculer tout le poids de son corps sur son autre jambe et attrapa les deux épaules du garçon, dont l’une déjà bien amochée pour tenter une prise. La manœuvre lui arracha quelques cheveux, mais il réussit à déséquilibrer le roux pour le plaquer sur le côté.

L’américain poussa un râle de douleur et tenta de se dégager. Il prit une poignée de terre et la jeta au visage de Kyo pour l’aveugler.

Il eut le résultat escompté et se retira à quelques mètres, un grognement continu de menace dans sa gorge, même s’il ne s’en rendait pas compte. 

Kyo s’éloigna par précaution tout en frottant ses yeux irrité par la terre. Comme il l’avait prévu, Alec avait déjà dû se battre dans la cour de récré, où tous les mouvements déloyaux étaient permis pourvu qu’on soumette l’autre. Ce n’était pas un combat très agréable, comme l’étaient les duels au dojo. Mais il fallait dire qu’il avait pour but de faire mal, du moins jusqu’à ce qu’Alec reconnaisse sa dominance. 

*Dussais-je l’écraser…* Grogna t’il intérieurement.

Ils se défiaient à présent chacun à distance, avec un grondement d’avertissement. Le combat pour humain était terminé. L’autre allait commencer.  

**

Isaka ne tenait pas sur place. Alec leur avait beau demandé de rentrer chez elles et qu’il leur raconterait tout la prochaine fois, elle exigeait d’avoir sa part du « gâteau » quant à leur opération « Kyo ».

Celui-ci était bien différent de ce qu’elle s’était imaginée avec Shinobu, dans le sens où il semblait moins racaille ou métaleux que dans leur prédictions. En fait, pour un japonais, il semblait presque commun. Ni habillé à la mode, ni non plus comme un clochard, sa coupe de cheveux était très classique, même si leur couleur décolorée était jolie.  

En fait, il avait l’air d’être le genre de garçon sérieux qui suit ses cours sagement et ne regarde pas les filles. On pouvait vraiment se demander comment Arisa et lui avaient fait pour entrer en contact et pourquoi celle-ci lui tournait autour.

Nonobstant le fait qu’Arisa n’avait jamais montré d’intérêt pour la gente masculine, hormis celle de cinquante ans son ainé, qui portait des cheveux longs et qui chantait des chansons d’amour sous fond de guitare électrique, elle s’était imaginé que le genre de garçon qui lui plairait serait soit un genre de gothique abonné à la hellfest, soit un gars décontracté et marrant qui connaitrait toutes les répliques de Disney par cœur.

Quoiqu’il en soit, elle était un peu inquiète pour Alec car ce Kyo semblait vraiment en colère. Les laisser tous les deux seuls lui semblait vraiment une mauvaise idée.

Shinobu semblait être de son avis, car elle lui fit signe de passer de l’autre côté du gymnase pour aller les espionner.

C’est ainsi qu’elles arrivèrent au moment même où les deux adolescents s’empoignaient violemment. Shinobu retint un petit cri en se bâillonnant de la main tandis qu’Isaka se retenait de ne pas courir vers eux pour leur gueuler dessus.

Ah les garçons ! Ils ne savaient pas régler leur problème autrement qu’en se battant !

Heureusement ils finirent par s’éloigner. Les deux filles poussèrent un petit soupir de soulagement, mais il fut court, car alors elles se rendirent compte qu’ils n’en avaient pas fini.

Tous deux se regardaient avec une expression quasi meurtrière, faisant battre de peur le cœur des deux jeunes filles. Jamais elles n’auraient imaginé que le visage du si gentil et joyeux Alec pouvait devenir ce masque crispé de rage.

Que s’était-il passé quand elles n’étaient pas là ?

Isaka n’était pas prête à laisser son nouvel ami se faire tabasser pour ce qui était juste une farce.

Au moment où les deux garçons bougèrent pour se foncer dessus, elle échappa à la poigne de Shinobu et s’interposa entre eux, se tournant vers Kyo pour l’arrêter, les bras tendus.

Sauf qu’en arrivant face à Kyo, ce n’était plus un adolescent, mais un grand félin roux qui bondissait sur elle. Ses yeux s’écarquillèrent à la fois de surprise et de peur, mais avant qu’elle ait pu réagir ou bouger, la gueule du fauve se referma sur son épaule et happée par la force du mouvement, elle tomba brutalement par terre, se cogna la tête et s’évanouit.

Tout cela n’avait duré qu’une fraction de seconde.

-ISAKA !!! Hurla Shinobu sans réfléchir en voyant l’animal et le sang.

La blonde se tourna vers Alec dans l’espoir de trouver un soutien, mais il n’y avait plus d’Alec.

Le fauve qui relâchait sa mâchoire d’Isaka fut bousculé violemment par un autre fauve, roux et tacheté, plus élancé et moins massif.

Une partie d’elle reconnut que l’un des félins était un puma et l’autre un jaguar ou un léopard. Mais comme tout cela n’avait aucun sens, elle ne comprenait pas pourquoi elle les voyait et son esprit passait à des phases où elle suivait le combat entre les deux animaux, à d’autres où elle ne voyait qu’Isaka au corps immobile, avec une tâche de sang sur son pull.

Avec d’énormes difficultés elle rampa jusqu’à son amie, ses mains papillonnant autour d’elle sans savoir ce qu’elle pouvait faire, des larmes au coin des yeux et la gorge nouée. Elle ne savait même pas si elle était encore en vie.

Elle essaya de soulever le pull, tachant ses mains, mais tout ce qu’elle voyait c’était un autre vêtement orné d’une fleur rouge qui s’étendait doucement.

Elle passa les mains sur son visages, dans ses cheveux, se mordit les doigts. Ses jambes étaient clouées au sol.

Elle devait appeler au secours mais elle n’y arrivait pas !

**

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29 octobre 2014

Chapitre 9 (Dernière partie)

**

Arisa tapotait machinalement son cahier du bout de son stylo. Malgrès l’urgence d’un devoir à rendre demain le livre d’histoire grand ouvert devant elle n’arrivait pas à l’inspirer.

Le CDI tout autour d’elle était envahie d’une ambiance studieuse faite d’une douce chaleur, de bruit de pages tournées et du frottement des mines sur le papier.

Dehors la nuit était presque tombée et tous les élèves s’empressaient de rentrer chez eux pour échapper au froid.

*Il faut te secouer.* Songea t’elle en regardant sa montre. 17H30. Le CDI fermait dans trente minutes.

Ses yeux s’attardèrent sur son téléphone.

*Il ne t’appellera pas. *

Il avait eu tout le temps du monde pour le faire alors il fallait qu’elle se fasse une raison. Au début elle avait vu Kyo uniquement comme un potentiel ami, mais la réalité l’avait frappé quand sous l’effet de ses hormones il y avait à peine trois semaines, elle avait délibérément pensé à lui.

Elle avait sous le nez l’odeur d’Alec, la possibilité qu’il finisse par venir, mais non, elle avait voulu Kyo.

Kyo et ses airs sérieux, Kyo et sa gentillesse bourrue et maladroite. Kyo et le contraste de ses mouvements secs et précis au karaté et ceux de ses doigts, souples et agiles sur les cordes d’une guitare.

Arisa passa une main sur ses yeux, cachant la vague de chagrin qui l’assaillait, partant de la gorge jusqu’à ses yeux.

Elle était amoureuse de lui.

Pourquoi fallait-il qu’elle ne s’en rende compte, apprenne ce sentiment, que lorsqu’elle se résignait à y renoncer ?

Et comment les quelques misérables heures qu’elle avait passée en sa compagnie pouvaient-elles provoquer un tel un raz de marée émotionnel ?

Reniflant pour renvoyer tout ce sentiment de tristesse au plus profond d’elle, elle attrapa le téléphone et fit passer la liste de ses contacts jusqu’à celui de Kyo. Appuyant sur les touches correspondantes, elle fit défiler les options.

« Voulez-vous effacer ce contact ? » Demanda le téléphone.

Arisa fit voler le curseur de oui à non avant de se lancer. Voilà qu’elle ne serait plus tentée de lui dire quoique ce soit. Voilà qu’elle ne fixerait plus son téléphone dans l’attente de voir le nom aimé y apparaitre.

Elle tournait une page, bien que celle-ci était invisible et ne faisait aucun bruit.

Trop abattue pour se concentrer, elle décida d’avoir une mauvaise note et rangea ses affaires.

En cet instant, elle avait bien besoin de la chaleur de ses proches. Elle ne leur dirait rien, bien entendu, mais peut être que s’insinuer dans leur insouciance lui ferait oublier sa peau glacée et le poignard qui fouaillait dans son cœur.

Emmitouflée dans son manteau elle prit le chemin de la sortie du lycée, quand une odeur la stoppa net. Il y avait celle d’Alec qui était surement venu trainer une nouvelle fois avec Isa et Shin, mais surtout il y en avait une autre qui faisait naitre des souvenirs à la louve et fit bondir son cœur.

Le poignard était toujours là, mais c’était comme si à la place de se contenter de limiter sa douleur, son organe s’était gonflé et envoyait de grandes quantité de sang chaud à l’intérieur de son corps.

Excitée, elle courut vers la cours du lycée, son sac ballotant dans son dos. Dans sa tête un flot de questions se déversaient mais sa course l’empêchait d’y réfléchir et de leur trouver une réponse raisonnable.

Sortie dehors, dans la nuit installée, elle s’immobilisa un instant.

En cherchant à découvrir d’où venait l’odeur, celle du sang s’était ajouté au cocktail explosif et un frisson parcouru son échine. Tous les éléments en présence lui firent comprendre que quelque chose de grave se passait et pendant un bref moment, elle resta immobile, n’osant plus bouger. Il fallait dire que depuis qu’elle était changeuse, elle sentait beaucoup plus de choses qu’avant et elle avait fini par comprendre que les émotions avaient eux aussi leurs odeurs. Et ce qu’elle sentait, c’est de la colère et de la rage. Et de la testostérone. Beaucoup de testostérone. Son instinct lui criait de ne pas approcher d’un combat opposant deux mâles.

*Oui mais il y a du sang… Ca pourrait être aussi bien Alec que Kyo…*

Secouant sa tête pour se réveiller, elle se mordit la lèvre inferieur fort et se força à parcourir l’espace qui la séparait du combat.

Qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir en tout premier lieu Shinobu, penchée sur Isaka qui était étendue à terre, comme endormie. Arisa déglutit difficilement en se rendant compte que l’odeur de sang venait en réalité des deux filles.

-Shin ? Demanda-t-elle avec hésitation.

La blonde tourna doucement la tête, dévoilant ses yeux grands ouvert, dilatés et son maquillage qui avait coulé en même temps que ses larmes. 

Elle chercha à dire quelque chose en voyant son visage familier, mais au même moment une grande ombre fut projetée pas loin d’elles sur un ensemble de barrière de sport qui s’écroula dans un bruit métallique et tout ce que pût faire Shinobu c’est couiner d’horreur en se protégeant la tête de ses mains. 

L’ombre tenta de se relever, flageolante sur ses pattes. C’était Alec. Ou plutôt Alec sous la forme d’un félin élancé qui ressemblait beaucoup à la panthère de Mimiko, sauf qu’il était roux et tacheté.

Il était mal en point : une de ses oreilles était ouverte et des marques de griffes marquaient son corps racé.

Arisa et lui tournèrent la tête au même moment pour apercevoir la forme massive qui se détachait de l’obscurité.

Kyo.

Arisa avait toujours su qu’il était un félin, mais elle n’avait jamais pu déterminer de quelle genre de chat il s’agissait. A présent elle se disait qu’il n’aurait pas pût en être autrement et se demanda si c’était ce que ressentait toutes les personnes qui découvraient la forme animale d’un changeur.

Le cougar approchait d’une démarche chaloupée, tranquille. A part une légère estafilade sur la tempe, il semblait encore intact, confiant et en fait, diablement sexy. Arisa rougit, en partie à cause de l’étrange fourmillement qu’elle sentait dans sa cage thoracique et parce qu’elle se demandait comment on pouvait trouver un animal « sexy » ?

Génial, être changeuse l’avait rendue à moitié zoophile.

Mais surtout, malgré le fait que ses amies à côté semblaient complètement traumatisées et Alec à moitié mort, elle était tout simplement heureuse. Voir Kyo, même sous forme de lion des montagnes avait complétement chassé tous ses soucis.

Il était là, tout allait bien.

Leurs regards se croisèrent un instant, expressifs, mais vite les yeux mordorés se tournèrent vers Alec qui tentait toujours de se remettre sur ses quatre pattes.

Kyo rugit de défi et Arisa reprit un instant le contrôle de son cerveau.

S’il continuait, il allait mettre Alec en miettes.

Elle s’interposa donc entre les deux animaux, sachant que ce qu’elle faisait était très stupide. Elle tenta à nouveau de capter l’attention du félin roux sur ses yeux :

-Kyo… Arrête s’il te plait… C’est bon, tu l’as vaincu… Tout va bien… Tu sais très bien qu’il ne sait pas ce qu’il fait, c’est la première fois qu’il se transforme et… Psalmodiait-t-elle d’une voix suppliante. 

Le puma dansa sur ses pattes, allant tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite, tout en lui feulant dessus, lui demandant apparemment de jerter vite fait bien fait de son passage. Puis son visage se relâcha et peu à peu la tension dans l’air s’apaisa.

Alec dû le sentir aussi, car à bout de force il se laissa retomber, inspirant de large goulée d’air.

Kyo s’approcha de la jeune fille qui le regardait toujours, l’inquiétude laissant place à l’adoration dans ses yeux. Il vint lécher doucement ses doigts, comme pour s’excuser et la rassurer. Arisa n’y tenant plus se laissa tomber à genoux et enserra la tête du fauve de ses bras, enfouissant son visage dans son court pelage.

Elle se mit à pleurer doucement, même si elle ne comprenait pas la raison de ses larmes, elle qui n’était pas vraiment sentimentale. 

Son corps, son âme, tout son être était soulagé grâce à la seule présence du jeune homme.

Sans qu’elle s’en rende compte, la fourrure devint peau et elle sentit la main de Kyo dans ses cheveux, ses lèvres sur son front.

Puis, lentement, elle écarta sa tête du cou qu’elle serrait et détailla le visage de son vis-à-vis. Il n’avait plus du tout l’air grognon ou insensible, ses traits étaient très doux et il la regardait avec tendresse. En voyant les sillons mouillés sur ses joues son sourire s’étira, douloureux, et il essuya les larmes en y passant le pouce.

-Désolé, je t’ai fait pleurer.

Arisa ne trouva rien à dire, elle se contenta de faire un signe de dénégation de la tête, ne pouvant s’empêcher de sourire de gêne et retenant de peu les rires qui se précipitaient à ses lèvres.

Ils restèrent un long moment immobile à se régaler de leurs seules présences, oublieux de tout le reste.

Pourtant le reste de l’univers s’empressa de se rappeler à eux par les halètements de Shinobu qui tentaient de reculer mais qui n’arrivaient pas à contrôler ses jambes et trébuchait à chaque pas.

Elle les regardait tous les deux avec horreur tout en serrant contre elle ses mains ensanglantée.

-Vous… Vous…

-Shinobu… L’appela Arisa en se relevant, s’apercevant alors en partie que parce qu’il s’était transformé, Kyo était entièrement nu.

Celui-ci sembla le remarquer aussi et plongea vers ses vêtements pour s’habiller en vitesse.

Arisa essaya alors d’approcher la jeune fille blonde avec douceur, comme s’il s’agissait d’un animal blessé et effrayé.

-Shin… Tout va bien… Tout va…

La blonde se rencogna contre le mur du gymnase en la voyant approcher, puis, alors qu’Arisa faisait un pas de plus dans sa direction, elle poussa un long cri perçant.

Arisa se rejeta en arrière, surprise et choquée de lire la peur panique sur le visage de Shinobu. Celle-ci la regardait comme elle aurait fixé un monstre.

Kyo la prit par le bras et la secoua un peu :

-Faut pas qu’on reste là, elle va ameuter tout le monde.

-Mais…

-Prends la brunette, je m’occupe d’Alec.

Arisa s’arracha avec douleur de la vue de Shinobu et courut prendre Isaka dans ses bras, étrangement légère et fluette. De tous, elle était celle qui avait le visage le plus paisible, comme si elle dormait au creux d’un lit bien douillet.

Elle suivit Kyo qui avait balancé la panthère sur ses épaules et se laissa absorber par les ténèbres.

Sa vie serait peut être ainsi dorénavant car il était presque sure que Shinobu raconterait tout ce qu’elle avait vu.

***

Un grand rassemblement se prépara à l’appartement d’Alec.

C’était là-bas qu’ils s’étaient réfugiés après qu’Arisa ait appelé Kyogané. Le docteur n’avait pas eu d’autres choix que de quitter son poste à l’hôpital pour soigner Alec et Isaka, et entendant toute l’histoire, il leur avait conseillé de réunir tout le monde.

Arisa resta un instant avec Kyogané, observant les trombes de pluie qui tombait dehors jusqu’à ce qu’il lui assure que les deux blessés se remettraient. Alec ne devrait pas quitter sa forme animale pendant au moins deux semaines, le temps que ses plaies se referment et Isaka avait surtout besoin de repos. Ils placèrent la jeune fille dans le grand lit d’Alec afin qu’elle reste au calme et ne soit pas dérangée par les discussions qui auraient lieu dans le salon.

Pendant ce temps Kyo était parti se doucher et Arisa attendit sagement que l’eau cesse de couler et que le jeune homme puisse se sécher et s’habiller pour toquer à la porte.

Il lui ouvrit presque aussitôt et elle se faufila à l’intérieur de la salle embrumée pour parler tranquillement avec lui. Elle s’assit sur le rebord de la baignoire en croisant et décroisant ses mains, cherchant par où commencer, tandis qu’il s’appuyait au lavabo.

-Isa et Alec iront bien, lui annonça t’elle finalement.

-Je suis content de le savoir.

-Mais… Enfin je me demandais comment Isaka a fait pour se faire mordre ainsi ? Et… euh…

-Qui ? Fit à sa place Kyo pour la soulager d’avoir à poser cette question. Moi. Elle s’est placée devant Alec pour le protéger alors que j’étais déjà en plein saut. Je n’ai pas réussi à dévier ma trajectoire.

-Qu’est-ce qu’elles faisaient là ? 

-Elles n’auraient pas dû être là. Alec n’a pas réussi à s’imposer de toute évidence…

-On l’avait pourtant prévenu… Le maudit Arisa en passant une main dans ses cheveux. S’il ne s’était pas rapproché d’elles ça ne serait pas arrivé et on ne serait pas dans cette situation de merde !

Kyo la dévisagea d’un air curieux et quand elle s’en aperçut elle lui en demanda la raison.

-Tu ne sors pas avec Alec, hein ?

-Non, absolument pas, pourquoi ?

Le roux sortit son téléphone et lui mit le mms qu’il avait reçu sous les yeux. Arisa le regarda d’un air d’abord éberlué, puis furieux.

-Mais… Je ne t’ai jamais envoyé ça ! Et le texto qui suis non plus !

Kyo poussa un discret soupir de soulagement tandis qu’Arisa s’indignait et se sentit un peu idiot de n’avoir pas fait confiance à ses sens de changeurs.

-Oh, je sais… Han les enfoirés… Ils se sont servis de mon téléphone pour t’envoyer cette photo. Sois disant que c’était pour envoyer à sa mère. Sa mère ! Tu parles ! J’arrive pas à croire qu’il m’ait menti comme ça.

-Ce n’est pas grave, tenta de la calmer Kyo qui pouvait à présent se montrer bon prince, il a dû agir avec de bonnes intentions.

-Non, mais non, ya pas de raison. Il avait pas le droit de faire ça, répliqua d’un ton buté la blonde.

-Tu es toujours aussi à cheval sur tes principes ? Demanda Kyo qui riait, le cœur léger. S’il n’avait pas fait ça, je ne serais pas là en ce moment.

Arisa se détendit un peu et prit sa main du bout des doigts.

-Explique moi, demanda t’elle et il comprit qu’elle voulait parler de son silence.

Il attira sa main dans sa paume et s’accroupit à côté d’elle.

Ils entendirent tous deux la porte d’entrée s’ouvrir pour laisser entrer Mimiko, Asuka et Naru mais n’y firent pas attention.

-J’étais persuadé que ce n’était pas une bonne idée. Persuadé que tu ne me voyais que comme un potentiel ami. Tu sais, ça ne marche pas très bien l’amitié entre changeurs des deux sexes tant qu’ils n’ont pas chacun un compagnon.

-Tu as raison. Ça ne marche pas du tout, l’approuva-t-elle avec un petit rire nerveux.

-Et j’ai été… récemment blessé par quelqu’un que j’aimais beaucoup. Elle, elle ne me voyait vraiment que comme un ami. Je ne voulais pas ressentir ce sentiment à nouveau.

-Je ne savais pas…

-C’est normal. La seule personne qui me connait dans cette ville c’est Kyogané et lui-même ne connait pas toute l’histoire. C’est… Compliqué. Un jour je te raconterais peut être toute l’histoire, mais pour l’instant, si ça ne te dérange pas…

-T’inquiète, j’ai pas à savoir tout de toi. Ce serait bizarre. C’est que le début après tout …Non ?

-Tu veux bien sortir avec moi ? Se lança précipitamment Kyo en songeant qu’il n’y aurait pas de meilleur moment pour le lui demander.

-Sérieusement, tu crois que j’enlace tous les fauves qui passent devant moi ? Le taquina Arisa. Et que je tiens souvent des réunions avec des garçons dans les salles de bain ?

Il haussa les épaules, l’air de dire qu’il n’en savait rien.

-J’imagine que je dois prendre ça pour un assentiment ? Demanda-t-il.

-Plutôt, oui. Et pour ta gouverne je ne tiens PAS de réunion avec des garçons dans les salles de bain.

Kyo leva les yeux au ciel et se pencha vers elle. Arisa l’arrêta cependant en levant le doigt :

-Mais, et pour la meute ? Je croyais que tu ne voulais pas en faire partie ?

-J’ai changé d’avis, grommela Kyo un peu agacé. Maintenant tais-toi et laisse-moi t’embrasser d’accord ?

Il ne laissa pas à Arisa le temps de répondre et posa ses lèvres sur les siennes.

En plus de son cœur qui battait la chamade, Arisa se sentit soudain enveloppée par une couverture chaude. Une immense couverture qui ne faisait pas que la couvrir, car elle sentait aussi Kyo dans cette chaleur, ainsi que Asuka, Mimiko et Naru, et même Alec et le docteur Aoba. Ils étaient tous ensemble et elle était capable de sentir les principales humeurs du Clan.

De la Meute.

Kyo s’écarta d’elle et elle papillonna des yeux, un peu ivre par ce qu’elle ressentait :

-Le doc avait raison : on ne savait pas ce que c’était « être une meute ».

-Tu sens notre lien à tous les deux ? Demanda Kyo en posant son front contre le sien et Arisa ferma à nouveau les yeux.

Elle inspira profondément, calme et sereine et se laissa porter le long du courant qui les attirait comme des aimants.

-Ca veut dire que je suis ton compagnon.

**

Arisa n’était pas la seule à avoir sentie l’étrange connexion qui les liait tous. Dans le salon, Asuka, Naru et Mimiko se jetaient des regards remplis de perplexité. Elles sentaient vaguement qu’Arisa était particulièrement heureuse, tout comme elles sentaient la douleur qu’éprouvait Alec.

Kyogané restait silencieux sur une chaise de la cuisine, refusant de leur dire quoique ce soit.

Finalement Kyo et Arisa sortirent du couloir, main dans la main et un début d’explication commença à se former. L’ambiance se calma et les changeurs se détendirent naturellement.

Kyo lâcha la main d’Arisa et se porta au-devant du groupe, l’air décidé :

-Meute de Bouconne, je suis votre alpha.

Cette déclaration fut suivie d’une impression de soulagement commun et de sécurité. Cela ne dura cependant qu’une fraction de minute car aussitôt le lien se craquela par un côté et les connexions se délitèrent :

-NOOON !!! Hurla Mimiko depuis le canapé d’où elle soutenait la tête du léopard.

Kyo sentit la jeune fille échapper de force du réseau et tenta de la ramener, mais il se heurta à une résistance et une instabilité qu’il n’avait pas du tout prévu.

-Si. J’ai vaincu Alec, le seul mâle dominant de la meute, je suis donc légitimement l’alpha.

-Je refuse…. Je refuse de laisser mon destin dans les mains d’une brute incapable de se contrôler.

L’insulte fit tiquer Kyo et il gronda. Mimiko ne se laissa pas impressionner et répondit de la même façon, protégeant de son corps son frère.

-Mi… Gémit Naru en la suppliant du regard, mais sans grand résultat.

Asuka réserva son avis, passant du léopard couvert de bandage à Kyo. Si elle s’était sentie ravie d’avoir un alpha, elle n’en était pas moins mécontente de l’état de ce pauvre Alec…

Arisa voyait quant à elle les choses différemment et vint se placer devant Kyo, furieuse :

-Alec n’a eu que ce qu’il méritait ! C’est à cause de lui qu’Isaka va se transformer et que Shinobu a découvert ce qu’on était et risque de nous dénoncer !

-A cause de lui ?!? S’étrangla Mimiko. Est-ce Alec qui a eu l’idée de ce combat ? Est-ce lui qui a porté le premier coup ? Est-ce lui qui a mordu Isaka ? Non, je ne crois pas ! C’est la présence de Kyo qui a provoqué tout ça alors excuse-moi de ne pas danser joyeusement en battant le rappel !

-Et qui a fait croire à Kyo qu’il sortait avec moi ?!? Qui l’a poussé à venir le défier, hein ?! Hurla en réponse Arisa.

-Ah parce qu’un simple mensonge méritait une mise à mort ?! Alec ne fait pas toujours des choses intelligentes mais n’importe quelle personne saine d’esprit aurait compris qu’il ne s’agissait que d’une blague et aurait passé son chemin !

-Insinues tu que Kyo n’est pas sain d’esprit ?

-Je n’insinue rien, j’affirme !

-Comme si ton frère était mieux !

Les deux jeunes filles se défiaient du regard, furieuses l’une de l’autre. Les yeux de Mimiko étaient devenues jaune, les pupilles rondes remplie de violence et Kyo attrapa intuitivement Arisa par l’épaule pour la placer derrière lui.  

Mimiko était en l’état incontrôlable, il ne pouvait rien faire pour le moment pour la ramener dans le lien et combler le fossé qu’elle y avait créé, fragilisant toute la structure.

Quand il l’avait rencontré il ne s’était pas aperçu qu’elle faisait partie des « poids lourds » et surtout qu’elle souffrait apparemment de dissociation. Il n’y avait rien de plus dangereux qu’un changeur incapable de contrôler ses actes sous forme animal et il s’étonnait que Kyogané ne lui en ait pas parlé.  

Il espérait ne pas avoir à la combattre car ça ne lui disait rien du tout. Les mâles ne se battaient pas avec les femelles, ça ne servait à rien. Il fallait dire qu’elles étaient rare les femelles carnivore poids lourd, même si certain aimaient s’en entourer…

-Calmez-vous ! Tenta Kyogané. Nous avons des soucis plus urgents à régler…

-PARTEZ ! Grogna Mimiko en réponse. PARTEZ TOUS D’ICI !!!

-Mais…

-PARRRTEEEZZZZZ !!!!

Et ce fut plus un feulement qu’un cri.

Naru hoqueta de peur et s’empressa de rejoindre Kyogané devant la porte d’entrée. Arisa fulminait derrière Kyo, mais celui-ci la poussa vers la sortie par sécurité :

-Laissons la toute seule, ça vaut mieux pour le moment.

Asuka resta un instant sur le seuil, hésitant à partir. Elle souffrait de voir le frère et la sœur ainsi.

-Je… Je pense que tu n’as pas tout as fait tort Mi, mais… malgré tout ce serait bien de former une vraie meute… Réfléchis-y, s’il te plait.

Mimiko ne répondit pas et Asuka tourna les talons.

Le silence envahit l’appartement.

**

-Reprenons si vous voulez bien mademoiselle Fielder… Le sang sur vos vêtements…

-C’est celui d’Isaka.

Le policier tapota sur le clavier de son ordinateur et la jeune fille blonde regarda le mouvement de ses doigts agiles.

-Votre amie qui a été enlevée par… un espèce de loup garou ?

-Non, ce n’était pas un loup, je vous l’ai dit, il y avait deux félins ! 

-Hum… Oui. Et vous pouvez me rappeler le nom de ces « personnes » ?

-« Kyo », Alec et Arisa Ferteau.

 

A suivre… 

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Posté par Mkat à 23:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]