21 juillet 2015

Chapitre 11: Défiance (Partie 1)

Fin mars

Alec éteignit le jet d’eau et sortit de la douche en s’ébrouant, s’empressant d’attraper une serviette pour frotter sa chevelure et la sécher. La salle de bain était enfumée et le miroir complètement recouvert de buée car il aimait l’eau très chaude. Il passa la main sur la surface vitrée pour se libérer une fenêtre et regarda ses cheveux roux tomber n’importe comment autour de son visage.

Un regard sur la montre qui attendait sagement sur le rebord du lavabo le fit grimacer, mais il tenait trop à son apparence pour sauter sur une étape de préparation.

Habituellement il n’y avait pas de problème.

Mais habituellement, il n’avait pas un colocataire à réveiller.

Sortant finalement de la salle de bain, il fit un dernier check à sa tenue dans le miroir à pied du couloir, validant la façon dont son pantalon quadrillé noir et blanc tombait négligemment autour de ses jambes, la ceinture assez basse sur les hanches, avec l’élastique du boxer qui dépassait, lui donnant l’air définitivement cool et continua son chemin vers le séjour où il planta son pied dans le dos de la forme qui squattait son canapé.

-Deuxième rappel !

Il n’eut droit qu’à un grognement assourdi par un oreiller auquel il répondit en arrachant la couette.

-RAAAH NOOOONN !!! Gémit Whisper en se tordant vaguement sans quitter l’abri de son coussin.

Alec poussa un soupir désespéré en détaillant le corps blafard, fin, couvert juste du plus affreux caleçon qu’il ait vu de sa vie. Un caleçon Iron Man… Quel mec de 14 ans porte des sous-vêtements à motif de super héros ?

Whisper était TOUT sauf cool. Whisper était un abominable petit geek doublé d’un otaku qui se coiffait et s’habillait comme un chanteur de visual kei japonais. Alec était pourtant plutôt intelligent et cultivé, mais lorsqu’il parlait avec lui, il y avait des moments où il se demandait s’ils parlaient la même langue.

-Allez merde, fais pas chier. Lève-toi. Kyo veut pas que je parte avant toi.

-Je veux dormir !

-Et moi je veux pas arriver en retard en cours, alors tu vas te lever, enfiler un truc pas sale pour une fois et bouger ton petit cul jusqu’à ton collège ! 

-Je veux pas y aller ! Rien à foutre du collège !

-Kyo a dit que tu devais ! Tant que tu n’es pas majeur tu iras en cours ! A moins que tu ne veuille que ton collège te signale aux services sociaux ?

Whisper se crispa, puis se laissa mollement retomber sur le divan avec un grognement de frustration, évoquant assez à Alec une méduse échouée sur une plage.

Le jeune homme le regarda ramper vers son fatras d’affaire en se protégeant de la lumière du plafonnier comme un vampire se cachant du soleil et maudit une nouvelle fois Kyo de lui avoir collé cet insecte sur le dos.

Pourquoi lui ? Pourquoi devait-il s’occuper de ce cas social ?

Prenant à parti le ciel en levant les bras et les yeux, excédé, il ne se demandait plus pourquoi il ne voulait pas d’enfants plus tard.

Whisper sembla trouver quelque chose de plutôt propre, mais d’aussi très froissé et attrapa son sac à dos, une loque qui semblait avoir fait la guerre et il s’avéra qu’il voulut partir comme ça, mais Alec lui pointa la salle de bain d’un air sans appel.

Avec un soupir, le garçon aux cheveux bleus alla donc se laver les dents.

Et son ainé dût se retenir de ne pas passer de force une brosse dans ses cheveux. Ils arrivèrent finalement à passer le pas de la porte avec juste quinze minutes de retard.

-Et n’essaie pas de nous tromper. Kyo et moi te surveillerons, on saura si tu es au collège ou pas !

-Ouais, je sais…. Cracha Whisper.

-Et n’oublie pas ce soir : séance de révision, alors tu rentres de suite sans passer par le cyber café !

-Oui papa ! Anonna-t-il avant de s’éclipser en vitesse, évitant de peu la taloche que Alec lui réservait pour son insolence.

-Ingrat !

**

Finalement il réussit à rattraper son retard en courant un peu. Il passa devant plusieurs groupes de la classe, les saluant au passage, avant d’entrer dans la salle de maths où leur prof sexy s’installait.

Se recoiffant de la main machinalement, il balaya les lieux du regard avant d’aviser Mimiko qui était seule à une table. Sa bonne humeur retrouvée, il se dirigea vers elle avec un grand sourire :

-Hey salut !

-Bonjour Alec !

-Sumomo est toujours malade ? Demanda-t-il en regardant autour de lui, cherchant son amie.

-Il semblerait.

-OK, je m’installe à côté de toi alors ?

-Avec plaisir !

Elle lui désigna la chaise et il fut heureux de s’asseoir pour retrouver un souffle normal.

-J’espère qu’elle va revenir vite parce que j’ai ses polycopiés d’espagnol qui squattent mon sac depuis une semaine.

-Oh plains-toi ! C’est moi qui les récupère pour toutes les autres matières !   

-Au fait, t’as pas oublié la séance de révision ce soir ?

Mimiko fit une petite grimace :

-Non…

-Quoi ?

-Rien, c’est juste que c’est frustrant de réviser avec toi : il y a pas UNE matière où tu n’as pas de bonnes notes, ce qui est inhumain !

-Naru aussi a de bonnes notes.

-Oui mais elle était nulle en techno, ça compense. Enfin bref, non je n’ai pas oublié. Je pense que j’irais chasser après.

Alec retint de peu son sourire en réalisant que cela signifiait qu’elle resterait dormir chez lui. Le seul avantage de la présence de Whisper squattant son canapé c’était que Mimiko ne pouvait plus l’occuper et que par voie de fait, elle dormait avec lui.

- Au fait, murmura-t-elle alors que le cours commençait. Ça se passe bien avec Whisper ?

-C’est un sale gosse.

-« Gosse »… Il n’a qu’un an de moins que nous.

-Ah oui ? Bein ça se voit pas. Je pourrais t’en raconter des belles sur lui…

-Il a besoin d’un modèle, c’est pour ça que Kyo t’a choisi.

-Tu parles, Kyogané aurait mieux fait l’affaire.

-Le Dr Aoba est déjà suffisamment occupé par ses études.

-Et moi pas ? Tiens, d’ailleurs ça me fait penser qu’il faut que je vérifie s’il est bien au collège.

Alec baissa la tête pour que la prof le croit plongé sur son cahier, alors qu’il fermait les yeux pour se concentrer.

-Tu peux vraiment savoir ce qu’il fait ? Lui demanda Mimiko qui le fixait furtivement.

-Je peux deviner. Grace au lien, je peux sentir les émotions des membres de la meute… A part toi évidemment.

La jeune fille hocha machinalement de la tête, elle avait beau être entrée dans la meute, sa situation la plaçait comme sur un canal de communication différent. Le seul à pouvoir y accéder était Kyo et par réciprocité, elle ne pouvait sentir que lui. D’après le docteur Aoba, c’était inhérent à son rang d’omicron : à la fois dans la meute, et en dehors. Le docteur leur avait expliqué à tous les trois que dans les anciens temps, il s’agissait d’une mesure de survie pour l’omicron qui servait d’éclaireur et était amené à parcourir de longues distances en solitaire ou bien dans certains cas encore plus particulier à intégrer temporairement une autre meute.

Alec était un peu contrarié de ce fait.

-Why est très stressé et furax, je suppose qu’il est bel et bien au collège, lança t’il complétement indifférent des tracas de son cadet.

Mimiko fit la moue et il n’eut pas besoin de lien direct avec son esprit pour savoir à quoi elle pensait. Bien qu’elle marchait encore un peu sur des œufs avec lui, ses yeux s’illuminaient quand elle voyait le collégien et il la voyait se tripoter les mains alors qu’elle se retenait de ne pas le prendre dans ses bras pour lui faire un câlin. Elle avait beau le reprendre quand il le traitait de « gosse », de tous, elle était certainement celle qui le voyait le plus comme un bébé.

Tout ça à cause de leurs expériences communes. Pff… 

-Tu sais, pour certain, la vie est difficile, tout le monde ne peut pas être aussi populaire que toi… Marmonna-t-elle en le regardant avec reproche.

Il ne méritait pas ça. SA vie n’était pas facile non plus. Zut !

Roulant des yeux, il fit mine de se plonger dans son exercice de maths, mais il n’arrivait pas vraiment à se concentrer, comme si l’humeur de Whisper l’avait contaminé. Non, se reprit-il avec ironie, il n’est pas stressé et contrarié, il est Frustré et Contrarié. Avec Majuscule, parfaitement. Comme le serait n’importe qui assis-à-côté-de-la-fille-dont-il-est-amoureux-qui-vient-de-le-critiquer-et-qu’il-meurt-d’envie-d’embrasser-surtout-quand-elle-mordille-ses-lèvres-comme-ça-mais-qui-ne-le-peut-pas-parce-qu’un-crétin-a-dit-un-jour-qu’on-ne-pouvait-pas-faire-ce-genre-de-chose-à-sa-demi-sœur.

A part ça, il parait que sa vie est FACILE.

Pour changer ses idées, il préféra se plonger dans les sentiments de ses compagnons. Kyo, Asuka et Naru étaient intensément concentrés, preuve qu’ils étaient eux aussi en cours. Kyogané n’émettait qu’une douce sérénité, à peine captable et cela voulait surement dire qu’il dormait. Et pour finir Arisa émettait des ondes de mauvaises humeur, ce qui ne l’éclairait pas du tout sur ce qu’elle était en train de faire. Il n’arrivait pas encore à sentir Isaka et ne le pourrait pas tant qu’elle ne se serait pas transformée au moins une fois.

Il s’amusa alors à deviner quel pourrait être sa forme animale. Un poids plume, décida t’il. Un chiot ? Une souris blanche ? Un furet ? Un cabri ?

Cette image mentale le fit ricaner, s’attirant une partie des regards de sa classe, sont celui de leur professeur.

-Mr Laroche veut peut être venir résoudre l’équation 6 et nous montrer à quel point il la trouve amusante ? Demanda la jeune femme en tendant dans sa direction un marqueur.

Alec n’en fut pas démonté, d’un coup d’œil il navigua sur le calcul mathématique et sut qu’il ne lui poserait pas de problème.

-Mais avec plaisir madame, badina-t-il, faisant glousser ses copains qui savaient que l’un de ses jeux préférés en mathématique était de flirter avec la prof.

Comme prévu, il écrivit tout le calcul sans difficulté avant de rendre tout sourire le stylo et de rejoindre vite fait sa place. Là il put recommencer à rêvasser au sujet d’Isaka.

**

 

Isaka n’était pas à la fête : elle rasait les murs du lycée en compagnie d’Arisa, essayant de ne pas mourir de honte sous les regards un peu trop insistants des adolescents. A choisir, elle aurait effectivement voulu pouvoir se changer en petite souris blanche, ici et maintenant, pour aller se cacher dans un trou.

-N’y fait pas attention. Ignore les, maugréa Arisa d’un ton blasé.

-C’est plus facile à dire qu’à faire…

-Sont tous cons, faut croire que leur vie est vraiment inintéressante au possible pour être fasciné par ça.

Isaka rentra un peu plus la tête dans ses épaules. Elle aurait TELLEMENT préféré rester caché chez elle jusqu’à la prochaine rentrée de septembre ! Malheureusement ET ses parents, ET sa fichue psy à qui elle n’avait rien à dire, n’avaient pas semblé être d’accord avec elle.

Heureusement qu’Arisa et elle étaient dans la même classe. C’était étrange, parce qu’elle n’avait rencontré la blonde qu’en septembre et qu’elle était sa cadette d’un an, mais en ce moment, elle éprouvait une confiance totale en elle. Malgré la peur et la honte qu’elle ressentait, elle se sentait protégée.

Bien plus que dans sa propre chambre avec ses parents.  

Elles arrivèrent finalement devant leur salle de classe, plus que jamais fixée par ses camarades qui devinrent brusquement silencieux à son passage. Inconsciemment, elle se rapprocha d’Arisa et agrippa un morceau de son manteau. La blonde foudroya aussitôt les autres élèves du regard.

-Quoi ?! Qu’est-ce que vous voulez ? Notre portrait ?! Aboya-t-elle à la cantonade. Tain j’te jure…

La louve s’étonnait elle-même. Elle restait habituellement plutôt discrète et n’était pas du genre « grande gueule » en public, mais là…

/Membre de la meute à protéger/

Ohla ohla, mais elle n’avait jamais ressenti le besoin de protéger les autres filles comme ça ! C’était nouveau ça ! Etait-ce parce qu’elle était la compagne de l’alpha ? Elle allait avoir une petite discussion avec le docteur Aoba…

-Eh bien Arisa, tu as mangé du tigre ce matin ? Lança Kitsune en les rejoignant, obligeant de la sorte les autres élèves à s’occuper de leurs propres affaires. Bonjour Isaka, contente de te savoir de retour.

-Merci Kitsune, répondit avec une réelle gratitude la brune ravie de ne pas être traitée comme un phénomène de foire.

Arisa dansa d’un pied à l’autre, hésitant entre recevoir chaleureusement la perche de la rousse ou rester dans la jolie zone neutre où elle la cantonnait depuis plusieurs mois.

Kitsune avait pourtant été sa première amie dans cette classe, sa partenaire, mais leur première entrevue avec le docteur Aoba, puis ce qui était arrivé à Asuka, l’avait convaincu de prendre ses distances. Pour son bien.

Elle décida alors que le silence, et donc la fuite, était une alternative envisageable et ignora le regard déçu et vexé de son ancienne amie. Heureusement leur professeur arriva à ce moment-là et elle s’empressa de tirer Isaka derrière elle pour s’installer au premier rang, là où elles ne se verraient, ni l’une, ni l’autre, dévisagée.

Cela leur donnait par contre un point de vue privilégié sur la porte d’où rentraient les élèves. Arisa fit mine de chercher dans son sac alors que Kitsune passait devant elles, serrant les poings sur son sac. Tout ça passerait, elle se forcer à y penser.

Puis soudain un malaise la fit frissonner et dresser les poils sur la peau et elle sut avant même de la voir que Shinobu arrivait à son tour. Isaka se tendit comme la corde d’un arc, semblant prête à sauter sur sa meilleure amie.

En entrant dans la classe, les yeux couleur ciel de Shinobu semblèrent s’éclairer, retrouvant la clarté qui était la leur alors qu’elle croisait les doux yeux de biche qui lui faisaient face.  

Arisa attrapa le bras d’Isaka, se retenant de grogner :

-Kyo a dit : pas de contact, lui rappela t’elle en un murmure.

Et soudain, ce fut comme si un nuage avait voilé le soleil. Les prunelles bleues reprirent leur teinte chagrine et Isaka sembla s’affaisser comme un soufflé. Shinobu fila jusqu’au fond de la classe en ignorant les murmures tandis que son ancienne meilleure amie la suivait du regard, catastrophée et dévorée par la culpabilité.

Mais elle ne pouvait tout simplement PAS désobéir à Kyo.

Arisa quant à elle s’interrogeait des étranges sensations que lui causait la proximité de Shinobu. C’était très différent de ce que lui inspirait Kitsune ou tout autre humain normal. Etait-ce parce qu’elle avait menacé la meute ? En tout cas son instinct l’identifiait comme une intruse.

Il n’y avait rien à faire, il fallait vraiment qu’elle parle à son petit ami et à leur docteur de service. 

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Posté par Mkat à 02:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]