Elle frissonna et se tourna vers son amie :

-C’est bien là qu’on était cet après

midi,

non ?

-Il me semble, approuva la brune en commençant à regarder par terre. J’espère que je pourrais retrouver mon téléphone portable avant qu’il fasse trop noir pour y voir…

Les jeunes filles se mirent donc à la recherche de l’objet perdu. Quelques passants étaient encore présents, flânant dans les allées, mais plus le soleil disparaissait derrières les immeubles, moins de personnes croisèrent le chemin d’Arisa et de Mimiko.

Finalement, il fit trop noir malgré la lumière des réverbères pour trouver quoi que ce soit.

-On devrait rentrer, murmura Arisa, n’osant pas lever la voix.

-Moui… Pff mon pauvre portable… Si on n’avait pas fait les folles cet après-midi, ce ne serait pas arrivé…

Elle s’arrêta, coupée par une longue plainte d’un chien, suivie peu après d’aboiement.

-Brrr… On dit que quand un chien aboie la nuit, c’est qu’il a vu un fantôme… Gémit Mimiko en se rapprochant de son amie.

Celle-ci était figée. Son regard était fixé sur un buisson, les poings crispés. Un frisson la parcourut tandis que les bruits de courses se rapprochaient d’elles. Non… Ca ne pouvait pas être possible, pas avec Mimiko à ses côtés…

Elle aurait aimé lui dire de s’enfuir mais sa gorge était sèche et ses jambes semblaient plantées profondément dans la terre.

-Risa ? Fit la voix hésitant de son amie.

Soudain, les branches du buisson frémirent et deux molosses jaillirent devant elles, les babines ouvertes sur des crocs d’une blancheur captivante. Un grognement roque et menaçant sortaient de leur gorge tandis qu’ils jaugeaient les deux jeunes filles devant eux.

C’était deux énormes Pitbull, l’un aux poils ras et noirs, l’autre clair, instinctivement, la lèvre supérieure d’Arisa se releva, les dents serrées : elle détestait ces bestioles.

*Enemi ! Enemi ! Enemi !* Lui cria une petite voix dans son cerveaux.

Mimiko était pareillement effrayée, mais Arisa sentit qu’elle reculait et se tassait, jetant des brefs regards furtifs autour d’elle.

-Risa… Ces chiens n’ont pas l’air très content… Je pense qu’il faudrait mieux se retirer en silence…

*Se retirer ?! Se soumettre ? Et puis quoi encore ?! Je leur suis supérieur !* Grogna la voix intérieure d’Arisa. 

-Vaut mieux ne pas faire de gestes brusques… Ajouta raisonnablement Arisa en retrouvant l’usage de ses jambes. Ignorant mentalement « le loup ».

Les deux chiens ne les quittaient pas de leurs yeux jaunes qui brillaient.

Les jeunes filles reculaient lentement à petits pas, espérant que leurs maîtres ne tarderaient pas à accourir pour les museler.

*Ils n’ont pas d’alpha… Ce sont des vagabonds ! Des ennemis !*

Alors qu’Arisa écoutaient distraitement son instinct, un bruit de craquement raisonna du côté de Mimiko. Son pied venait de s’écraser sur une branche sèche.

Celle-ci se pétrifia d’horreur.

La suite fut très rapide. En moins de temps qu’il lui en aurait fallut pour dire « ouf », une pression de 65 kg/cm2 s’abattit sur le bras gauche qu’elle avait lancée devant son visage pour se protéger.

Les crocs s’enfoncèrent dans la chair tendre de son bras et un sang rouge et chaud jaillit. Arisa ignorait comment elle savait qu’il pouvait être chaud, mais la vue de ce monde écarlate et noir la plongea dans une transe. Ses yeux verts se mirent à briller sous l’effet de la pleine lune.

*Il attaque un membre de la meute !!! Il a blessé un membre de la meute !!!* Hurla son instinct.

Mimiko ne put retenir un cri de douleur et c’est ce qui finit par faire perdre toute raison à Arisa qui se précipita vers le chien.

Ce sont les mâchoires d’un loup qui se refermèrent sur l’abdomen du pitbull, l’éviscérant en l’entrainant avec lui dans son saut. Le chien noir boula contre un arbre, éventré, son sang s’écoulant autour de lui.

Mimiko se retint de vomir, à la fois de douleur et d’écœurement, se bâillonnant de sa main valide. Le loup avait atterrit un peu plus loin et était en train de mettre en morceaux les fripes dans lequel il s’était empêtré. Elancé, l’animal avait une belle couleur clair, mais il y avait sans conteste quelque chose de sauvage qui le différenciait de ses cousins chiens. Et le rouge qui tâchait le bout de son museau n’y était que pour peu.

Un bref instant, la jeune fille remarqua une décoloration nette au niveau de son coude.

Un fin croissant de lune.

Le deuxième chien s’apprêta à sauter sur le loup, mais celui-ci l’évita d’un saut et s’empara de sa courte oreille. Les deux fauves se lancèrent dans un duel violent, grognant, les dents entièrement découvertes, la queue haute, ébouriffée et dressée.

Les mâchoires claquaient, les deux animaux tournaient en essayant de s’agripper à quelque chose. Oreille, truffe, pattes, du pareil au même tant qu’ils pouvaient avoir une prise. Au bout d’un long moment de suspens, le chien sembla comprendre qu’il n’avait aucune chance et rentrant la queue entre ses pattes, se mit à gémir lamentablement.

Mais le loup ne semblait pas décidé à le laisser tranquille et les deux canins s’élancèrent dans les fourrés du parc, l’un pourchassant l’autre.

Mimiko se retrouva toute seule au beau milieu d’un carré d’herbe, se vidant de son sang. Secouant la tête, elle sembla sortir de sa léthargie :

-Risa ? Appela-t-elle.

Sans réponse.

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