Les gyrophares de l’ambulance et de la police peignirent des ombres rouges sur le visage de Mimiko. Elle essayait tant bien que mal de donner sa version des faits à un policier tandis que deux infirmiers l’attachaient sur un brancard.

 

Tout autour de la scène était tendue une ligne de démarcation et la police scientifique s’affairait prés du cadavre du chien noir.

 

-Donc c’est le deuxième chien qui a tué le premier, récapitula le policier, après que celui-ci vous ait mordu…

 

-C’est cela, mentit Mimiko.

 

-Mais pourquoi celui-ci est parti après l’avoir tué ?

 

-Je n’en sais rien, mais c’est une vaine car à l’heure qu’il est, je serais peut être morte…

 

Machinalement elle fit bouger son bras blessé, contente de sentir les effets de l’anesthésie.

 

-Et les vêtements déchirés que l’on a trouvé, ce sont les vôtres ?

 

Encore une fois, Mimiko hocha la tête et mentit.

 

Elle ne savait pas pourquoi elle faisait cela et alors qu’on faisait glisser le brancard dans l’ambulance, elle essaya de chasser l’étrange intuition qu’elle avait sur cette histoire.

 

Arisa était un loup-garou.

 

Elle laissa échapper un petit gloussement paniqué à cette conclusion fantaisiste et on ne peut plus irrationnelle.

 

Néanmoins, deux choses étaient sures : Arisa avait disparue et ce loup apparut de nulle part lui avait sauvé la vie.

 

Est-ce qu’elle allait bien ? Ou s’était elle enfuie ? Qu’est ce qu’elle ressentait en ce moment ? Etait-elle blessée ? Maintenant que Mimiko ne sentait plus son bras, elle ne pouvait s’empêcher de se faire du souci pour son amie. Ha, si seulement elle n’avait pas perdu ce fichu portable…

 

Le trajet de l’ambulance jusqu’à l’hôpital rajouta encore plus de questions. Sur les vêtements déchirés d’Arisa… Sur la marque de croissant de lune présente sur la patte du loup… Elle se souvenait aussi des pupilles vertes de l’animal… Iris qui brillait… Un loup plus petit qu’elle le pensait, ressemblant à un chacal… Mais trop gros pour en être un.

 

Le brancard quitta le véhicule et voyagea dans les couloirs de l’hôpital. Allongée, la jeune fille voyait les néons défiler. Il s’arrêta devant une porte et un médecin en sortit. Les infirmiers lui tendirent la feuille de soin avant de partir s’occuper de quelqu’un d’autre.

 

-Hum, fit le docteur, ça a juste l’air plus terrible que ça ne l’est…

 

Mimiko tourna la tête pour l’observer : il devait avoir dans la vingtaine, probablement un tout jeune médecin. Calme, les cheveux couleur poivre, il y avait dans ses yeux, dans sa voix et dans un geste quelque chose qui respirait la sagesse. Très étonnant d’ailleurs quand on considérait sa taille et sa carrure. Les mots « force douce » s’assemblèrent dans l’esprit de la jeune fille tandis qu’il l’aidait à se mettre en position assise.

 

Il défit le bandage et observa la plaie avec un murmure appréciateur.

 

-Vous êtes bonne pour porter une attelle pendant plusieurs jours, il faudra éviter de bouger votre muscle pour qu’il cicatrise et pour éviter de faire sauter les points de suture…

 

-Quels points de sutures ? Demanda-t-elle avant de regretter aussitôt sa question quand le docteur fit venir à lui un meuble contenant du désinfectant, des aiguilles et du fil.

 

-Les points de suture que je vais vous faire, répondit-il d’une voix douce et caressante.

 

Il avait probablement intercepté le regard d’horreur qu’elle avait lancée aux aiguilles.

 

-Vous ne sentirez rien grâce à l’anesthésie, je vous le jure, déclara t’il en commençant à nettoyer la plaie.

 

-Mais après ? Grommela Mimiko en détournant la tête.

 

-Vous aurez probablement des démangeaisons à cet endroit là au bout d’un moment. Mais il ne faudra surtout pas que vous grattiez.

 

Il avait commencé à coudre la blessure et comme annoncé, Mimiko ne le sentait même pas.

 

-Vous avez été vaccinée contre la rage ? Continua-t-il en fermant définitivement les deux lèvres de la plaie.

 

-Je ne crois pas, non.

 

-Les analyses de la police pourront dire si cet animal avait la rage ou pas, mais si vous voulez, on peut vérifier nous même en vous faisant une prise de sang.

 

-Ha ? Euuh je passe…

 

-Vous n’aimez pas les piqures ! Plaisanta l’homme.

 

-Incroyable déduction…

 

-J’ai terminé. Je vais vous passer une attelle à votre taille et après vous pourrez passer à l’accueil voir si vos parents sont arrivés.

 

Surprise, Mimiko s’évita un torticolis et regarda à nouveau devant elle et son bras. Elle ne put s’empêcher de grimacer.

 

Le docteur revint avec plusieurs attelles et chercha celle qui était le plus adaptée à ses bras.

 

-Au fait… Commença-t-il avec hésitation. Est-ce que ce chien avait quelque chose de bizarre ? De différent ? Une marque quelconque ? Un comportement étrange ?

 

-Il m’a sauté dessus sans raison, si ça c’est pas un comportement bizarre !

 

-Hum, répondit simplement l’homme en attachant sn bras. Si jamais vous ressentez une brûlure au niveau de votre plaie ou d’autres choses bizarres, n’hésitez pas à revenir me voir. Je suis presque tout le temps de service la nuit.

 

Il finit par laisser partir Mimiko qui retrouva ses parents et sa maison. Ceux-ci la prévinrent qu’il fallait s’attendre à ce qu’une flopée de journaliste vienne couvrir ce fait divers et déjà Mimiko imaginait la Une du journal de la ville « Deux chiens attaquent une innocente jeune fille dans un parc ! ».

 

-Pff… Je n’arrive pas à y croire… Gémit Mimiko.

 

Au même moment, le téléphone sonna et la brune décrocha.

 

C’était la mère d’Arisa.

 

-Pas rentrée ?

 

Il était une heure du matin, normale qu’elle s’inquiete…

 

Que devait-elle faire ? Devait-elle dire toute la vérité ou bien inventer ?

 

« Excusez moi madame, votre fille s’est transformée en loup pour me sauver la vie et a disparue. J’aurais bien essayé de la siffler pour la faire revenir, mais siffler je sais pas et j’étais en train de perdre tout mon sang… A part ça, ça va la famille ? Les enfants ? »

 

Non. Définitivement pas.

 

Il fallait aussi penser à ce que Arisa aurait voulu qu’elle dise. Elle ne voulait probablement que ses parents se fassent du mouron pour elle… Mais si jamais il lui était arrivé un souci ?

 

Ca pouvait attendre le lendemain, songea Mimiko.

 

-Elle m’a dit avant qu’on se sépare qu’elle allait dormir chez une amie… Laquelle ? Je l’ignore… Désolé… Oui… Au revoir…

 

Mimiko raccrocha le téléphone.

 

Et c’est la conscience lourde qu’elle monta se coucher. Elle eut d’ailleurs un mal de chien, c’était le cas de le dire, à s’endormir.

 

« La pleine lune » Disait toujours sa mère dans ces cas là.

 

Quelques heures plus tard, le matin, elle fut réveillée part sa mère qui lui tendit le combiné du téléphone.

 

- Pour toi, lui indiqua-t-elle.

 

-Raaaloooo ??? Marmonna Mimiko, dans le cirage.

 

-Mimiko ? C’est moi ! Fit une voix qu’elle appréciait d’entendre et qui la réveilla sur le coup, tel un électrochoc.

 

-ARISA !!! Mon dieu ! Comment est ce que tu vas ? Où tu es ?

 

-J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi, commença Arisa. La bonne c’est que j’ai retrouvé ton portable et que je téléphone avec. La mauvaise c’est que tu dois venir le plus vite possible m’apporter des vêtements. Et quand je dis le plus vite, c’est vraiment à la vitesse de l’éclair : je suis nue dans le parc et seul un buisson me cache du reste du monde !

 

CIMG1411