- Tu ne peux pas savoir le mal que je me suis donnée pour pouvoir sortir de chez moi en douce, râla Mimiko pendant qu’Arisa enfilait ses habits.

Elles se trouvaient dans un îlot de verdure artificiel au milieu du parc, là où les gens passaient encore peu à cette heure. Il faisait humide et froid à l’intérieur et la terre gardait encore les traces d’un gros animal. Ces pattes longues et griffues tournaient autour d’Arisa, comme si l’animal s’était affolé et avait tourné sur lui-même plusieurs fois consécutive.

-Je suis désolé, j’aurais dû me souvenir que ton bras était blessé. J’imagine que ta mère ne voulait pas te laisser sortir…

-Oh, si c’était que ça… Non, c’est les journalistes qui zonent autour de la maison en attente d’un témoignage de ma part à rajouter sur leur navet. D’ici trois jours, je suis sure de passer sur les éditions régionales à la télé. Voire sur les nationales si une guerre n’éclate pas entre temps au Moyen-Orient…

-Ca n’a pas l’air de te réjouir…

-Voir mon horrible tête décoiffée à la télé ? Si au moins c’était pour quelque chose de plus glorieux que « je me suis fait attaquer par des chiens et j’en suis ressortie vivante. » !

-Vu comme ça, rigola Arisa en finissant d’ajuster un large haut de survêtement.

Mimiko se radoucie et, humidifiant un mouchoir, nettoya les traces rouges qui voisinait la bouche de son amie :

-Et puis qui d’autre que moi aurait pût t’aider ?

-Merci… Fit Arisa, son visage redevant grave et presque douloureux.

Mimiko en fit de même et s’accroupit prés de son amie.

-Qu’est-il arrivé à l’autre chien ?

Arisa frissonna et passa machinalement la main sur ses lèvres.

-Je ne veux pas me souvenir et CROIS MOI : tu ne veux pas savoir.

Elle passa ses bras autour de ses jambes, se tassant sur elle-même.

-Dans ce cas, murmura Mimiko, que t’est t’il arrivée ?

-J’en suis pas très sure, répondit Arisa en rentrent la tête dans ses épaules. Il vaut mieux sûrement que tu n’en sache rien aussi. Oui, ca vaut mieux…

-Qu’est ce que tu veux me cacher Risa… J’ai tout vu.

-Non, tu n’as rien vu… Tu ne SAIS rien…

-Tu t’es transformée en LOUP, Risa, l’informa Mimiko. Je t’aie vue.

-C’est bien ce qu’il me semblait, marmonna t’elle au bout d’un moment. Mais… Est-ce que c’est mal ? Je veux dire, Mi, tu as peur de moi maintenant ?

-Si j’avais peur de toi, je ne serais pas là. En fait… Je crois que c’était plutôt cool et puis tu m’as sauvée la vie en te transformant…

Arisa eut un sourire amer.

-Est-ce que tu te rends compte que je n’étais plus capable de raisonner ? De me contrôler ? S’il n’y avait pas eu le deuxième chien, peut être que c’est toi que j’aurais… Oh mon dieu… Oh mon dieu…

Arisa renversa sa tête sur ses genoux.

-Je n’ais pas de mot pour définir ça… Murmura-t-elle alors. Mais c’était un sentiment de puissance… De liberté… Incroyable… Je ne me souciais plus de rien. Le monde me paraissait étrangement simple et pourtant, je ne l’avais jamais vu aussi distinctement, aussi bien… La nuit était si belle, elle me donnait envie de…

Un son étouffé s’échappa de sa gorge, comme si elle retenait une vocalise.

-… De hurler mon plaisir, mon contentement, ma joie…

-Tu ne m’aurais pas attaquée, l’assura Mimiko.

-QU’EST-CE QUE TU EN SAIS !?!?

-Parce que tu serais restée. Tu ne serais pas partie à la poursuite de l’autre chien. Tu l’avais soumis. Tu n’avais pas de raison de le tuer. C’est la preuve que tes émotions humaines restent présentes en toi.

-…

-Mais c’était la première fois que ça t’arrivait ? La questionna Mimiko, cherchant à changer de sujet.

-Oui. Jusqu’ici, j’avais l’intuition que je pouvais mais je me suis toujours retenue… Là, je n’ai pas réussi à me contrôler… Ca me fait un peu peur…

-C’est peut être due à la pleine lune ?

-Attends… Là t’es en train de me comparer à un loup-garou ???

-Pourquoi pas ! Fit Mimiko. Il faudrait que tu essaies de voir si tu peux encore te transformer.

-QUOI ?!?! S’exclama Arisa, se relevant. J’ai peur que ça arrive, je ne vais donc pas le déclencher intentionnellement !!!

-Si tu veux le contrôler, il faut t’entrainer. Savoir comment ça marche. Et puis, mine de rien, ça a plutôt l’air de te plaire, non ?

-A toi aussi à l’évidence, grogna Arisa, les sourcils froncés. Et où tu veux que je m’entraine sans que quelqu’un m’aperçoive ?

Mimiko se leva à son tour, l’air ravi :

-Je connais l’endroit idéal, prés de chez moi. Je te montrerais !

-Non ! C’est trop dangereux pour toi ! Imagine que n’ayant pas d’autres chiens à poursuivre et à mettre en charpie, je me tourne vers toi ?!?!?

-Je me tiendrais à distance. De toute façon, tu as besoin de quelqu’un pour faire le guet.

-Ok, ok, céda Arisa, songeant qu’il était en effet temps qu’elle maitrise cet « autre elle » lupin et que la jeune fille ne semblait pas prête de céder sur cet affaire. Définitivement maso.

-Mais ça reste un secret entre toi et moi, hein ? T’en parle à PERSONNE d’autre !

-Pas de problème !

Les jeunes filles sortirent de leur cachette et prirent donc le chemin du retour, planifiant quand aurait lieu le premier « entrainement ».

-Au fait, tu vas te faire enguirlander par ta mère en rentrant, la prévint Mimiko quand elles sortirent du train, je lui ais dit que tu étais restée dormir chez une amie anonyme…

-… … … HEIIINNN ?!?!

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