-Alors c’est ici, le « fameux endroit »…

Il était impressionnant de penser qu’à seulement quelques mètres se trouvaient les résidences qui bordaient la ville de ce côté. Dans cette petite forêt aux bois touffus, le terrain était si escarpé qu’Arisa se demandait bien ce que Mimiko pouvait faire ici.

Elles se trouvaient en haut d’une grande pente de terre à angle effrayant, en bas se trouvait un petit havre de verdure longeant une petite rivière, protégé de chaque côté par des rangés d’arbres qui entremellaient leurs feuillages de façon sauvage. Des petits papillons volaient et les oiseaux sifflaient gaiement, accompagnant le doux glougloutement de l’eau.

-C’est ici que je viens lorsque j’ai envie de méditer un peu… On peut facilement rejoindre le chemin de l’Aussonelle d’ici, mais rare sont les gens qui dévalent jusqu’ici, ce n’est pas assez bien entretenu, répondit Mimiko. C’est très agréable n’est ce pas ?

Arisa hocha la tête.

Le loup aimait bien.

-Tu peux descendre pour te transformer, moi je resterais en haut, comme ça, si jamais tu as envie de m’attaquer, j’aurais le temps de m’enfuir.

Elle disait cela, mais Arisa savait qu’elle n’y comptait pas trop. C’était juste histoire de la rassurer.

Se transformer… Arisa ne savait même pas si elle en était capable et avait attendue exprès que la lune commence à décroitre pour se prouver que non, elle n’était pas un loup-garou. Elle essaya aussi de se souvenir si ça lui avait fait mal la première fois… Mais elle se souvenait juste de l’impression douce et réconfortante d’avoir enfilée un manteau de fourrure.

Elle posa son sac de cours prés de Mimiko et commença à dévaler la pente.

On allait vers la fin de l’automne, pourtant cet endroit semblait subsister en printemps éternel. Cela allait au moins lui faire croire qu’il faisait chaud, songea t’elle en commençant à ôter son coupe-vent. Elle hésita un instant, puis retira aussi ses tennis.

Elle n’en avait pas prévue de rechange.

Ne sachant pas encore COMMENT se transformer, elle refusait de se retrouver toute nue pendant des heures, vulnérable malgré la protection de Mimiko.

Une fois cela fait, elle se trouva bête : que devait-elle faire ? Essayer de faire sortir son chakra en forçant sur son corps ?

*Eh ! Toi le loup, dis-moi comment faire !!!*

… Voila qu’elle se parlait à elle-même…

*J’ai froid…*

Le vent souffla, faisant s’envoler quelques feuilles des arbres, amenant avec lui des odeurs multiples et différentes. Elle ne s’était jamais rendu compte avant que le vent était un tel cocktail d’arôme. La pollution était la plus forte, due à la route qu’elle entendait vrombir au loin…

Alors qu’Arisa faisait cette découverte, elle s’aperçut qu’elle entendait comme elle n’avait jamais entendue avant. Elle n’y avait pas fait attention jusqu’ici mais elle était capable d’entendre le moindre mouvement des oiseaux dans les arbres. Au-delà, elle entendait Mimiko s’agiter et encore plus loin, derrière les arbres et d’autres arbres, elle entendait les Hommes fermer les portes dans leurs maisons…

C’était comme si les sens du loup ne l’avaient pas quittée lorsqu’elle s’était, sous le sentiment de la panique, retransformée en humaine.

Peut être était-elle capable de courir aussi vite… Peut être pouvait-elle voir dans le noir ? Mimiko lui avait dit qu’avant même qu’elle se transforme, elle avait vue ses yeux briller dans la nuit…  

Arisa ferma ses yeux et se détendit. Si la peur, la panique et le stress la faisait redevenir humaine, il fallait qu’elle oublie tout ça et qu’elle se concentre sur ce qu’elle était à l’origine.

Avant même d’être un être humain, elle était un loup.

Le doux manteau de fourrure vint la recouvrir, la réchauffer et la protéger.

En ouvrant les yeux, elle tomba de sa position debout pour se mettre à quatre pattes. Ses habits l’entouraient…

L’emprisonnaient…

Elle s’empressa d’essayer ses nouveaux crocs pour les réduire en charpie. Voila, c’était mieux. Elle s’étira l’échine longuement, faisant travailler ses muscles fins et athlétiques, ayant la conscience paisible de tout ce qui l’entourait.

L’Homme le plus proche était encore loin. Aucune chance qu’il l’aperçoive. Et aucun autre prédateur digne de ce nom, ne hantait ces bois. Aucune odeur qui marquerait la délimitation d’un territoire en tout cas… A part celle fade et presque inexistante des chiens qui se promenaient beaucoup plus haut.

Néanmoins… Elle avait réussie à redevenir loup !

Soudainement elle avait envie de donner la bonne nouvelle à Mimiko. Elle trottina jusqu’à la montée, apercevant la jeune fille tout en haut. Les yeux de celle-ci s’arrondirent et elle sembla se tendre comme la corde d’un arc.

Maintenant qu’Arisa était sous cette forme, elle s’apercevait à quel point ses craintes avaient été stupides… Jamais elle n’attaquerait Mimiko. Celle-ci n’était ni classifiée ennemi, ni proie. C’était… Un membre de la meute.

Elle poussa un aboiement amical à la jeune fille et commença à grimper la pente, la queue battant de joie. Pff, c’était si simple en tant que loup. Au fur et à mesure qu’elle montait, Mimiko commença à reculer petit à petit et son odeur était de plus en plus forte.

Sueur… Souffle chaud… Une odeur désagréable de chat… Mais plus que tout : une odeur de peur.

Pourquoi avait-elle peur ?

Arisa refit le tour des lieux mentalement : il n’y avait aucun danger dans le coin.

-Tout va bien ! Lança Arisa.

Ce qui fit retranscrit par un bref aboiement qui fit faire un sursaut de 1m à son amie.

Il devint évident, que c’était d’elle, qu’elle avait peur. Elle aurait peut être dû se détransformer avant de grimper cette fichu côte.

Que devait-elle faire pour faire comprendre à Mimiko qu’elle ne lui voulait aucun mal ?

Arisa prit alors la pose du « j’ai fait une bêtise, désolé » en se plaquant contre le sol, la queue entre les pattes, les yeux levés vers la jeun fille, les oreilles baissée. Un gémissement désappointé sortit de sa gorge.

Mimiko se détendit peu à peu et l’odeur de la peur se fit de moins en moins évidente, remplacée par la suspicion.

-Arisa ? Lança-t-elle en avançant doucement la main qui n’était pas immobilisée par l’attelle.

Arisa ne bougea pas, restant soigneusement immobile, attendant que la main de la jeune fille se pose sur le haut de son crâne. Mimiko lui adressa de petite caresse, soulagée et Arisa, toujours avec énormément d’attention, se releva et plongea ses beaux yeux verts dans le brun de ceux de l’humaine.

Evidemment, si elle avait voulue, il lui aurait été d’une facilité déconcertante d’arracher la main qui lui prodiguait ses douces et timides caresses. Elle savait donc, qu’il faudrait un certain temps avant que Mimiko la considère avec plus de légèreté sous sa forme de loup.

Elle savait qu’il lui faudrait aussi bientôt reprendre son apparence humaine et étrangement, cela ne la réjouissait guère. C’était comme si, en récupérant la parole, elle récupérait aussi le lourd fardeau que portait continuellement les Hommes.

Et s’il n’y avait pas eu Mimiko prés d’elle… Elle aurait peut être choisie d’ignorer l’évolution et de rester un animal.

C’était beaucoup plus simple… 

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