30 janvier 2009

Partie 3

-Tu es en retard ! Souffla Sumomo alors que Mimiko se laissait tomber sur sa chaise de tout son poids.

- Le prof n’est pas là, répliqua la jeune fille en sortant ses affaires.

-Il est parti faire des photocopies. Ca va mieux ton bras ?

-Ouais, je pense que je vais bientôt pouvoir virer le bandage.

-Tu n’as pas réussi à te réveiller ? Se moqua Sumomo, taquine.

Mimiko ne lui répondit pas.

Non. Elle s’était levée à la même heure que d’habitude. Elle avait juste attendu que sa mère parte au travail pour se faufiler dans son bureau.

Recherche veine, songea la jeune fille, apercevant à peine le prof revenir avec une pile de polycopié. Et inutile. Quoiqu’elle ait voulu trouver.

Sa mère n’avait certainement rien gardé… Et la poubelle venait d’être vidée. Avait-elle déjà quelques soupçons ?

Une feuille s’abattit sur son coin de table, une feuille blanche couverte de lignes noire et bleu, puis massacrée de rouge. Elle leva les yeux vers le professeur qui essayait d’attirer son attention, à moitié penché sur elle.

Un faible grognement s’échappa de sa gorge. Trop faible pour que l’homme l’intercepte, mais Mimiko l’entendait résonner dans son corps comme une corde de guitare. Colère/Danger. Pourquoi cet homme était il penché sur elle dans une posture dominatrice ? Elle n’aimait pas ça du tout.

Son bras se mit à l’élancer.

Le professeur récupéra la copie pour se tourner vers la classe en la brandissant telle une oriflamme :

-Voici exactement le genre de copie que je ne veux pas voir ! Le travail est bâclé et ne fait que répéter le cours ! Au niveau lycée, on attend plus de vous, on attend déjà une « réflexion » de votre part. Je sais que vous êtes en seconde, mais je vous rappelle que l’année prochaine, vous passerez la première partie du bac !

La pauvre copie innocente fut à nouveau abattue sur la table comme un agneau égorgé sur l’autel du savoir.

Mimiko serra les dents et récupéra sa copie, jetant à peine un coup d’œil sur le gros 5 qui ornait le coin droit de la feuille. Elle la lissa consciencieusement, pendant que Sumomo, à côté d’elle, se rongeait les sangs en se demandant quel serait sa propre note.

Génial, une joyeuse note à ramener à sa mère alors que c’était la fin du trimestre… L’ « histoire de l’Art » était le mal.

Une onde de douleur venant de son bras lui coupa alors le souffle. Ce n’était pas encore guéri apparemment…

Mimiko leva la main.

-Qu’il y a-t-il ? Demanda le professeur.

-Est-ce que je peux aller à l’infirmerie ?

-Oui vas-y. Tu as besoin de quelqu’un pour t’accompagner ?

-Non, ça ira.

Juste un antidouleur… Un petit antidouleur de rien du tout, pria t’elle intérieurement avant de frapper à la porte maudite de l’infirmerie.

Maudite oui, parce qu’il n’y avait jamais personne et cette fois-ci ne fut pas l’exception de la règle. Elle tourna la poignée : c’était fermé.

Deux solutions : attendre prés de la porte ou revenir en cours.

Attendre prés de la porte.

Elle s’assit sur les chaises mises à disposition dans le couloir et se tint le bras pour apaiser la douleur. Elle sentait fiévreuse tout d’un coup. Perdue dans ses pensées, elle se mit à somnoler.

Elle imagina plusieurs plans pour pouvoir retrouver Alec. Des plans stupides et impossibles pour la plupart à moins d’être Catwoman. Aaah comme ça serait bien d’être un chat… Un joli chat noir… Libre… Vivant au jour le jour… Et…

Elle fut brusquement réveillée par l’image d’un chien lui sautant dessus.

-AH !!! Mon dieu !!!

Mais il n’y avait personne dans le couloir, en tout cas, pas la trace d’un des dangereux molosses qui les avaient attaqués elle et Arisa, dans le Jardin des Plantes. De toute façon, Arisa les avaient tués.

Une sueur froide coulait le long de sa tempe, elle l’essuya d’un mouvement du bras. Elle ne se souvenait pas de s’être déjà sentie aussi mal… Comme si elle allait s’évanouir d’un moment à l’autre. Le monde tanguait devant ses yeux et sa gorge lui brulait.

Elle se releva et essaya d’aller aux toilettes qui se trouvaient au bout du couloir. Elle n’arrivait pas à marcher droit et dû se retenir de temps en temps au mur car elle perdait son équilibre.

Que se passait-il ?

Quelques pas de plus, ça y est…

Brutalement elle eut la nausée et s’empressa de vider le contenu de son estomac dans les toilettes.

*Berk… Je savais que les haricots de ce

midi

étaient suspects… Si seulement ils nous avaient servis de la viande correcte avec… Et pas ce poisson pourri…*

Elle sentait ses jambes sur le point de la lâcher mais préféra quitter la vision des toilettes pour se rincer la bouche dans le lavabo. Relevant la tête, elle aperçut son reflet dans le miroir.

Comme elle était pitoyable… Déjà qu’habituellement elle se trouvait plus ou moins affreuse, là, la chevelure noire désordonnée, les quelques boucles tombant sur le visage, le visage ayant perdu toute ses couleurs et son regard enfiévré, elle faisait carrément peur.

*Gééénial… Là je suis sure de faire fuir tous les gens que je croiserais… Je veux pas retourner en cours comme ça… Déjà que ce prof m’a humiliée… Après tout ce qui me tombe dessus en ce moment… Je déteste ce monde… Je déteste les gens… C’est injuste… J’en ai assez !*

La colère et l’injustice grondait au fond d’elle, puissant, secouant son esprit comme des lames de fonds, l’adrénaline la rendant nerveuse et tendue comme un arc. Puis soudain, une pure bouffée de violence s’empara d’elle et avant qu’elle ne comprenne quoique ce soit, son poing s’enfonça dans la glace du miroir, la faisant exploser en plusieurs petits éclats qui brillèrent de blanc et de rouge.

Elle haletait quand elle aperçut son propre sang couler le long du mur. Elle dégagea sa main et l’ouvrit doucement. Elle avait brisée cette glace avec tellement de facilité… Ne l’ayant jamais fait avant, elle se demandait si c’était normal… Le sang provenait des quelques morceaux qui s’étaient enfoncés dans ses doigts, mais sinon, elle ne ressentait presque aucune douleur.

L’adrénaline retombée, la surprise passée, Mimiko s’aperçu alors du massacre : Elle venait de casser une glace et son sang maculait le reste du miroir et du mur.

-Oh merde…

Elle tourna les robinets et fit couler de l’eau sur sa blessure. Heureusement, elle réussit à retirer les fragments de miroir sans trop de mal. Elle éclaboussa à grandes eaux le mur pour faire partir toute trace de son sang et commença à dérouler son bandage au bras gauche pour pouvoir en entourer sa main droite.

Définitivement estropiée. Mais son bras gauche ne lui faisait plus mal, comme si le fait d’avoir évacuer sa colère, avait aussi évacué le mal.

C’est au moment où elle enroulait la bande autour de sa main, qu’elle se figea.

Sur son bras gauche libéré, à l’emplacement de la morsure, il y avait une cicatrice.

Un fin croissant de lune.

broken_mirror_by_julilene

Crédit Peinture

Posté par Mkat à 00:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]