***

C‘était censé être une petite racaille. Le genre de type paumé qui sait pas quoi faire de sa vie, qui n’a jamais pensé qu’il pourrait utiliser ses dix doigts à faire autre chose que des conneries. Fort devant ses potes, devant ses clients, mais à l’intérieur, juste faible. Celui qui cède à la solution de facilité est juste faible. Juste une proie.

Il se fout du mal qu’il fait autour de lui, il ne pense qu’à l’argent. L’argent, un concept surévalué dans cette société. Juste l’air qui entoure, juste la lumière d’une lune, juste l’eau des ruisseaux, juste l’herbe et la terre du sol, juste la chaleur du soleil et juste les proies.

C’est juste ce qui fallait à la Mimiko panthère.

Du haut du toit, sous sa forme humaine, mais aux yeux ambré aux pupilles rondes et envahissante, aux deux arceaux chatoyant, oreilles, noyé dans une masse d’ébènes et à la queue qui s’agitait sous sa jupe de lycéenne, balancier au repos, elle suivait l’homme dans ses mouvements, rectifiant automatiquement sa propre position pour s’avancer, se cacher, pivoter.

Elle cherchait le meilleur angle pour attaquer, cette activité qui durait depuis bien une heure la comblait de ravissement.

C’était encore mieux que de chasser un animal car ce dernier repérait rapidement la présence d’un prédateur que ce soit à cause d’un faux mouvement ou par un sixième sens.

L’Homme par contre… Ah l’Homme ne se doutait pas une seconde qu’il était en danger jusqu’au moment où il apparaissait à ses yeux.

Si certains se montraient plus intuitifs que d’autres, celui-là ne montrait aucun signe d’inquiétude.  Il était trop occupé.

Lui aussi chassait, mais pas le genre de proie qui pouvaient s’enfuir ou se défendre. Il les repérait, puis, discrètement, pillait les motos, les scooters et vélos. Une fois récupéré la pièce qui l’intéressait, il faisait un signe et ses copains, jamais loin, avançaient une camionnette où se trouvaient tous leurs larbins.

Peut-être des vautours. Mais même les vautours semblaient avoir plus de gout.

Mais Mimiko non plus ne chassait pas pour se nourrir. C’était plus du sport, du jeu. Rien d’autres. La proie n’était pas pour ainsi dire, très appétissante.

Si en plus elle permettait par-là d’aider la police à mettre la main sur ce petit gang qui exaspérait tous les propriétaires de deux roues de la ville, personne ne pourrait le lui reprocher.

Le jeu du chat et de la souris commençant à perdre un peu de son intérêt, elle se décida à agir.

Jouant des épaules machinalement, elle se mit en place, prête à sprinter et, avant même de s’en rendre compte, totalement guidée par son instinct qui semblait savoir quand le moment était le bon, elle s’était élancée et bouscula l’homme qui était occupé à dévisser une roue. Le choc le jeta à terre et surpris, il n’eut pas le temps de se remettre debout qu’elle lui attrapa le bras pour le lui tordre dans le dos, et appuyant dessus de toutes ses forces, elle le maintint à terre. L’homme était fort, mais elle n’avait presque pas de difficulté à le retenir sous son contrôle.

Alors qu’il l’abreuvait d’injure, elle exultait et un sourire lui dévorait les lèvres. Elle se sentait incroyablement bien, incroyablement puissante et avait envie d’hurler de rire.

Cette transformation était définitivement une bénédiction.

La derrière chose que vit l’homme avant qu’elle lui assomme la tête par terre, ce fut deux grands yeux jaunes et brillants…       

***

Arisa se plaça dans un coin isolé du couloir et perdant un sourire qu’elle s’efforçait de maintenir 24h sur 24, le sourire du « mais je vais bien qu’est-ce que tu crois ? », sortit son téléphone portable. Faisant passer les numéros jusqu’à celui qui l’intéressait, elle hésita un instant, puis appuya sur la touche d’appel.

Les tonalités lui répondirent et s’étendirent jusqu’au répondeur. Elle baissa alors l’appareil de son oreille et éteignit. Elle n’avait pas l’intention de lui laisser un message… s’il ne décrochait même pas quand elle appelait, il ne l’écouterait certainement pas.

Pourquoi ? Qu’est ce qu’elle avait fait ? Elle ne comprenait pas. Elle s’était comportée comme d’habitude mais c’était la première fois qu’elle provoquait un tel rejet. 

A bien y repenser, le comportement de Kyo, ce jour-là, ne faisait pas vraiment penser qu’il appréciait être à ses côtés. Il s’était montré distant, autant physiquement que mentalement, mais ça avait été un peu moins le cas lorsqu’il l’avait aidé à semer le changeur…

Peut-être que c’était parce qu’elle était un canin et lui un félin ? Peut-être que ces deux types de changeurs ne s’entendaient pas ? Non c’était ridicule, elle, elle n’éprouvait aucune envie de lui courir après en lui aboyant dessus… Quoiqu’en ce moment…

Mais alors que signifiait ce « actuellement je ne peux pas être ton ami » ? Et pourquoi refusait-il de la voir ou de lui parler ?

Peut-être qu’il ne l’appréciait simplement pas du tout…

… Mais le problème c’est que ce n’était pas pareil de son côté.

Elle voudrait l’avoir comme ami, pouvoir rigoler avec lui, pouvoir se disputer gentiment avec lui, pouvoir regarder des films avec lui, aller à des concerts, discuter de musique, l’obliger à voir tous les dessins-animés de disney pour qu’il comprenne ses références, lui faire gouter son crumble aux pommes ou encore manger avec lui jusqu’à s’en crever la panse. Il devait être un bon mangeur, elle en mettrait sa main à couper.

Mais pourquoi bordel ne pouvaient t’ils pas faire tout ça « ACTUELLEMENT » ??!!???!!! Ses explications étaient incompréhensibles !

Elle laissa tomber sa tête contre le mur, frustrée de ne pas comprendre, de ne pas savoir ce qu’elle avait fait de mal et d’être rejeté comme un chien galeux.

Mais s’il n’y avait rien à faire, il fallait juste qu’elle oublie tout ça. Ce serait surement le mieux.

Elle se força à repartir, la sonnerie venait de sonner, et de faire comme si rien ne s’était passé. Elle était plutôt forte pour ça de toute façon.   

 

Le samedi soir suivant, un long hurlement déchirant brisa la quiétude de Bouconne.

Une chienne s’arrêta net dans sa poursuite d’un lapin pour écouter un instant, les oreilles aux aguets et d’hurler à la mort à son tour.