Il faisait déjà nuit quand le trop détesté cours d’allemand de Mimiko se termina et elle descendit les étages d’un air rêveur sur des escaliers presque déserts.

Seuls les élèves d’art « gagnait » le magnifique droit de travailler le mercredi après-midi. Droit dont ils se seraient bien passé, et les quelques élèves ayant une LV2 allemand encore plus puisque ne sachant pas où placer le cours autre part, on le leur avait imposé de 4 à 5.

Ils devaient être les derniers dans le grand bâtiment éclairé.

Tout vitré qu’il était, la nuit il ressemblait à un nid chaleureux et réconfortant, tout le contraire de la journée où ses murs de bétons imposaient leurs froideurs. Passant la main sur ledit béton dont était fait le pilier central autour duquel tournait l’escalier en colimaçon, elle eut un petit sourire.

Son cours d’allemand aurait pût la frustrer au plus haut point, mais ce soir elle avait des projets réjouissants Elle allait chasser et s’amuser et profiter de la nuit qu’elle aimait tant.

Sortant enfin dans la cour de devant, elle marcha jusqu’à atteindre le portail et froncer alors les sourcils. 

Derrière celui-ci l’attendait une Asuka emmitouflé dans une énorme doudoune, une grande écharpe enroulé au moins trois fois autour de son cou. Bon elle ne portait guère une tenue très différente mais son duffle-coat prenait moins d’épaisseur et rendait le spectacle moins impressionnant.

-Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda Mimiko sincèrement étonné.

Si elle, vu que sa maison se trouvait dans les parages, avait tendance à squatter leur lycée, aucune de ses amies n’étaient jamais venu la voir dans le sien. Trop loin.

-J’avais des courses à faire à Toulouse et comme je me suis souvenu que tu finissais à 17h, je me suis dit que j’allais t’attendre pour qu’on rentre ensemble… Expliqua Asuka avant de pencher la tête sur le côté pour regarder derrière la brune. Alec n’est pas avec toi ?

-Non, lui il fait partie des veinards qui ont eu la présence d’esprit de choisir l’espagnol en LV2...

-En même temps, c’est pas comme si on avait eu le choix.

-… Et c’est gentil de m’avoir attendu, mais je ne rentre pas chez moi ce soir, termina Mimiko.       

Elle posa un instant une main sur l’épaule d’Asuka pour appuyer ce qu’elle venait de dire, car après tout, c’était vrai qu’elle était ravie, et partit ensuite en direction du métro sans rien dire de plus.

Asuka la regarda avec de grands yeux, se demandant ce qu’elle lui faisait à et décida de la suivre pour connaitre le fin mot de cette histoire.

-Comment ça tu rentres pas chez toi ce soir ?

-J’ai quelque chose à faire… Puis j’irais squatter chez Alec.

-Ta mère est au courant ?

Mimiko se tourna pour lui lancer un regard genre « et puis quoi encore ? » avant de lever les yeux au ciel.

-Oui bon j’ai compris que c’était tendu ! C’est pourquoi j’ai posé la question.  

-Je lui ai dit que j’allais dormir chez Sumomo.

-Heingh ?

-Une copine du lycée, traduisit Mimiko en descendant les marches du métro.

-Ouais bein désolé, t’en as jamais parlé, remarqua Asuka un peu agacé.

-C’est qu’avec cette histoire de changeurs, on fait que parler de ça… Dis le train, c’est pas vraiment dans cette direction, lui indiqua Mimiko alors qu’elle s’apprêtait à poinçonner son ticket et qu’elle voyait son amie sortir le sien.

-Comme si j’allais te laisser seule alors que tu te montres aussi peu loquace. Tu as ton air « je vais faire des bêtises ».

Si Asuka ne savait pas que Mimiko était son amie, elle aurait surement réfléchit à deux fois avant de parler vu le regard furax qu’elle lui lança. Un merveilleux regard « fous-moi la paix, lâche-moi les baskets ».

Woho… La panthère était déjà à moitié sortie.

Et ça n’arrivait généralement que le vendredi soir, lorsque les filles s’apprêtaient à partir pour Bouconne, et là jusqu’à preuve du contraire on était un mercredi soir.

Un peu tôt pour partir en ballade, surtout en plein milieu de la ville.     

-Eh, relax ! Fit-elle pour essayer de calmer le jeu. C’est pas le moment pour ça.

-C’est le moment quand je veux, maugréa Mimiko en descendant vers les rames, avant de dire plus bas, de façon à ce que seule Asuka à ses côtés, et non pas les autres usagers puisse l’entendre : et puis je chasse seule.

*Chasser ?!? Et puis encore !* S’exclama intérieurement Asuka. *Et puis chasser QUOI d’abord ? Les rats ? Les chats errants ? *

-Je le savais que tu faisais des bêtises, grommela de la même voix basse Asuka.

-Mais non…

-Oh si.

Les deux jeunes filles se foudroyèrent du regard.

-Ne me suis pas.

-Je ne te suis pas, répliqua Asuka en levant le menton, bien consciente de son mensonge.

Elle jeta un petit coup d’œil aux yeux déjà mordorés de Mimiko qui la fixait derrière ses paupières mi-closes.

C’était étrange, normalement elle aurait fait en sorte de calmer le jeu, mais pour une étrange raison, une part d’elle se rebellait et refusait de se soumettre. Une seule chose était sure, toutes les part d’elle se mettait d’accord sur une seule chose : /Curiosité/.

Le métro arriva et elle monta à la suite de Mimiko sans la moindre idée d’où elle allait arriver.

-Asuka… Maugréa Mimiko d’un son à moitié grondement.

-Je ne te suis pas, continua t’elle d’affirmer. Je viens juste de me rappeler de quelque chose que je dois faire.

Après un soupir désespéré, la brune lui tourna le dos.

*Bon ça va, je gère jusque-là…*

La rame continua son chemin dans les sous-sols de la ville, telle un immense serpent dans un trou. Asuka restait attentive aux mouvements de Mimiko, au cas il lui prendrait l’envie de sortir brusquement à un arrêt, mais elle se rendait compte qu’à cause du monde présent dans le wagon, tous les sens qu’elle s’était découvert étaient saturés. Kyo avait bien eu raison de conseiller à Arisa de semer le changeur qui la suivait en se servant du métro. L’odeur qui y régnait était tellement forte et écœurante qu’Asuka se demanda si elle n’allait pas tourner de l’œil (elle n’imaginait même pas ce que c’était pour des /museaux/ aussi fins que ceux d’Arisa et de Naru).

Finalement, alors qu’elles entraient dans les quartiers mal famés, Mimiko sortit du métro et Asuka s’empressa de la suivre pour ne pas la perdre de vue dans la cohue. Elle n’était jamais venue dans ce coin de la ville et ne se sentait pas très rassuré.

Qu’est-ce que Mimiko pouvait bien venir faire ici ????

Celle-ci jeta un regard derrière elle et vu qu’Asuka la suivait toujours.

-Je ne te suis pas, on va juste dans la même direction, lança Asuka d’un ton bourru.

Mimiko marmonna quelque chose à voix basse.

Sortant du bâtiment, Asuka se sentit un peu perdue et aussi, alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, une vague d’angoisse vint la submerger quand ses yeux tombèrent sur un groupe de jeunes assis à discuter entourés de canettes de bière.

Ca lui rappelait…

…Les hyènes.

Elle déglutit et chercha inconsciemment… /une cachette/.

De toute façon, elle ne pouvait plus continuer à suivre Mimiko de façon aussi évidente.

/Oui c’est ça, se mettre à l’abri et épier/.

Une part d’elle approuvait totalement cette idée et elle se décida à la suivre. Tournant dans une ruelle déserte, elle chercha un moyen de monter sur le toit des bâtiments mais il n’y avait pas ce genre d’échelles et escaliers de secours qu’on voyait dans les séries américaines.

/Pas besoin./

Faisant quelque pas en arrière, elle se demanda si elle pouvait sauter aussi haut que loin.

*Je ne perds rien à essayer*.

Elle avisa la grande poubelle installée contre le mur et s’accroupit légèrement tout en assurant son équilibre. Il valait mieux qu’elle n’y pense pas trop et qu’elle laisse faire son instinct.

Courant, elle sauta en direction de la poubelle. Comme la dernière fois, comme si ses jambes étaient devenues des ressorts, il lui apparut merveilleusement simple de s’envoler jusqu’à son but.

Atterrissant dessus, elle se ramassa comme un chat et chercha un nouveau point plus haut. Des fenêtres courraient le long des deux bâtiments. Avec un petit sourire, elle sauta vers la première et aussitôt, à chaque fois qu’un de ses pieds touchaient un rebord, s’élançait vers la suivante. Elle finit par se redresser sur le toit.

-YOUHOUU !!! S’exclama-t-elle de joie.

Non seulement tout cela avait été excessivement facile, mais en plus, elle se sentait drôlement bien et à l’aise face à cette forêt de toits et de cheminées qui se déployait devant elle.

-Je ne suis pas une grenouille ! En conclut-elle.

Plus sérieusement, songea-t-elle en longeant le toit pour observer le monde fourmillant en bas, éclairé par les réverbères, elle devait sûrement être un chat.

*Ca me plairait en tout cas. Farniente au soleil et balade matinale. La belle vie quoi !*

En tout cas, Alec avait raison quand il disait qu’ils avaient simplement abandonnés certaines choses pour d’autres. Elle était prête à  abandonner autant de fois qu’elle le pouvait sa tranquillité d’esprit et sa petite vie bien rangée face à cette sensation incroyable qu’elle ressentait maintenant qu’elle dominait le commun des mortels du haut de ses toits.

Un sourire satisfait ne quittait pas ses lèvres alors qu’elle repérait Mimiko dans la foule et suivait ses déplacements en sautant gracieusement d’un toit à un autre. De temps à autre, elle faisait fuir une nuée d’oiseaux ou bien même un chat, mais sinon, elle était complétement seule.

Les tuiles en briques et les toits en pente n’étaient pas très pratiques, même si l’inclinaison n’était pas très forte, mais il y avait aussi quelques toits plats, ou seulement certaines parties, d’autres en ardoises, certains vieux bâtiments avaient même des décorations ou des espèces de mâchicoulis.

/C’est amusant ! C’est amusant !/

Pour peu, elle en oubliait presque sa mission pour aller visiter ce nouveau monde, seulement éclairée par la lune qui apparaissait de temps en temps derrière les nuages.

Mimiko traversa la route, tourna finalement dans une ruelle et disparut un instant à la vue d’Asuka. Celle-ci ne pouvait pas sauter de l’autre côté de la rue, c’était tout de même un peu trop risqué pour l’instant, mais elle ne tarda pas à la revoir apparaitre et se coucha brusquement sur le côté opposé du toit.

Mimiko avait, tout comme elle, rejoint la voix des airs.

Sur le toit qui lui faisait face, la brune alla jusqu’au bord, puis jugeant apparemment l’angle bon, elle s’assit et sortit un livre de son sac.

Asuka jeta un coup d’œil à sa montre. Il était déjà 18h.

*Maman va s’inquiéter…*

La lycéenne sortit alors son portable et tapota un texto à son attention en essayant de faire le moins de mouvement possible pour ne pas être repérée de la brune.

*Je me demande quand même ce qu’elle peut bien traficoter ? Elle a dit qu’elle allait chasser, pourquoi elle ne le fait pas ?*

L’heure suivante s’égrena sans que Mimiko ne bouge. Parfois elle cessait sa lecture pour se coucher sur les tuiles et observer le ciel, ou bien regardait en bas sur le ventre sans avoir la moindre peur de tomber.

A la faveur d’un rayon de lune, Asuka se rendit compte qu’elle voyait la longue queue de Mimiko taper de façon répétée le toit, et ses oreilles en demi-cercle frémir au milieu de l’océan de boucles que formait sa chevelure.

*19H… Ca y est, je suis sacrément en retard…*

Curieusement, elle ne pouvait pas dire qu’elle s’ennuyait car son attention ne cessait de sauter d’une chose à une autre au moindre mouvement ou son.

En bas, dans la rue, les gens se faisaient de plus en plus rares. Et alors que la nuit continuait son cycle, son attention devint de plus en plus affutée.

Elle avait faim.  

Soudain les piafs qui venaient se reposer sur le toit voisin semblaient drôlement appétissants.

*Asuka c’est des pigeons… Ca traine dans la rue toute la journée, ça doit être dégueulasse…*

*Ouais mais d’un autre côté, au moyen-âge on les mangeait, c’est qu’ils doivent pas être si mauvais que ça…*   

Prise dans ses pensées de « dois-je ou ne dois-je pas manger ce pigeon », bien qu’elle ne l’avait pas encore attrapée et qu’elle ne verrait pas comment le manger de toute façon, elle ne surveillait plus du tout l’heure.

Dans la rue, sur une petite place, les habituels passants avaient fait place à trois types qui discutaient en fumant quelque chose qui lui attaquait l’odorat. De temps en temps, d’autres personnes venaient les voir et ils échangeaient discrètement paquets et billets.

*Génial des dealers…* Se rendit-elle compte quand elle cessa de s’intéresser à ses pigeons.

Levant légèrement le nez, elle s’aperçut que Mimiko avait rangé son livre et qu’elle les observait avec l’attention d’un animal prêt à bondir sur sa proie.  

*Non… Elle n’a pas l’intention de faire ça ?!?!*

L’un des hommes salua ses compagnons et se mit à remonter la rue. Mimiko se releva elle aussi, et, presque comme une ombre, se mit à le suivre du haut des toits.

Asuka se mit à quatre pattes, hésitant un instant. Elle avait l’impression que Mimiko allait faire quelque chose de dangereux et n’avait pas très envie de s’y retrouver mêler… Mais en même temps… Si jamais il arrivait quelque chose à son amie ?

* C’n’est pas comme si tu pouvais faire le poids. La dernière fois que tu as voulu faire la maline tu t’es retrouvée avec une pique en acier dans l’estomac !*

Oui, mais elle avait aussi permis de sauver Naru ce jour-là…

Se détestant d’avance de ce qu’elle allait faire, elle se releva et continua à suivre discrètement Mimiko.

**

-Si tu veux des nouvelles des filles, tu peux leur téléphoner directement Kyo, s’agaça le docteur Kyogané Aoba. Maintenant si tu es là pour une consultation, je peux te faire une piqure !

L’homme sortit une seringue d’un tiroir et s’amusa à voir Kyo se crisper comme un chat qu’on s’apprêtait à jeter à l’eau. Mais il savait à quoi s’attendre en venant le voir à l’hôpital au beau milieu de la nuit.

-Peux pas, maugréa rapidement le garçon assis sur un tabouret, portant sur son dos son étui de guitare.

-Il s’est passé quelque chose ?

-Il aurait pût. Mais j’ai préféré coupé court avant de ne plus pouvoir faire marche arrière. C’est que ces filles sont de telles inconscientes ! S’énerva-t-il.

-Toi tu es née dans cette communauté, tu es mal placé pour critiquer. Il m’a fallu à moi aussi un certain temps avant de comprendre les relations entre changeurs. Mais si c’est ce à quoi je pense, pourquoi te restreindre ? Qui te dit que ce sera mal accueilli ?

-De un, parce que je suis sûr que ça le sera, de deux parce que je veux profiter de ma liberté que j’ai eu tant de mal à obtenir !

Donc d’un côté la peur du rejet, de l’autre la flemme de s’investir, conclut Kyogané avec un petit sourire. 

-Tu ne compte quand même pas rester solitaire toute ta vie ?

-Tu es mal placé pour parler…

Le docteur hocha brièvement de la tête puis se dirigea vers l’unique fenêtre de son bureau pour observer la nuit glacée.

-A ce sujet, je pense que si une véritable meute de Bouconne se forme, j’irais certainement les rejoindre. Bien malgré moi, si je veux être honnête, j’en fais déjà parti. Je ne veux pas laisser ces jeunes filles toutes seules… Et puis je commence à ne plus supporter de ne pas pouvoir me transformer…

Kyo fit une brève grimace, comme s’il imaginait bien de quoi pouvait parler le docteur.

-Tu vas jouer ce soir ? Fit ce dernier pour changer de sujet, comprenant que le roux ne lâcherait pas le morceau.

-Ouais, à la Tête de Tigre, et puis il y aura peut être à nouveau le batteur de la dernière fois.

-Tu veux parler de Why ? Malheureusement, à ce que j’ai entendu dire, il est impossible de déterminer quand il sera ou ne sera pas là.

-M’étonne pas, il a l’air d’un type bizarre… enfin, je veux dire que pour un changeur, il est plus bizarre que la normale, se rattrapa Kyo en faisant une nouvelle grimace. 

Le docteur cacha un éclat de rire derrière une toux et regarda le jeune homme quittait son bureau l’air aussi grognon que quand il y était entré.

-Au fait, si j’ai des nouvelles des filles, je te les ferais passer ! Lâcha-t-il finalement avant que le roux ferme la porte.

Ce qui lui valut un nouveau regard furibond.

**

L’homme était entré dans un vieil immeuble où se trouvait une boutique de réparation de matériel électronique qui ne faisait pas trop envie. Pas très loin s’élevaient trois barres d’immeubles qui tranchaient le ciel sinistrement.

Asuka regarda Mimiko s’immobiliser. Elle espérait vraiment qu’elle en avait fini là pour ce soir. Regardant sa montre pour la première fois depuis un moment Asuka serra les dents. Ouille, il était plus de minuit. Heureusement qu’elle avait écrit qu’elle dormait chez une amie. Sa mère devait l’avoir entretemps bombardé de textos, surtout pour savoir qui était cette fameuse amie… Bah elle pourrait toujours prétexter après coups s’être tellement amusée qu’elle n’avait pas regardé ses textos et s’assurer avant que Naru soit son alibi.

Alors qu’elle mettait au point ses magouilles pour échapper à l’engueulade, Mimiko se laissa pendre à la gouttière et glissa silencieusement à l’intérieur d’une fenêtre ouverte et sombre. Asuka la perdit alors de vue.

*Mais qu’est-ce qu’elle fabrique bon sang ?!?!*  

Ne la voyant pas ressortir, elle martyrisa ses pauvres cheveux un instant avant de se décider à approcher de l’immeuble.

Descendant du toit pour atterrir souplement sur le trottoir, elle traversa la route déserte et revint se cacher dans l’obscurité, peu rassurée. Par terre, elle avait l’impression d’être redevenu une simple lycéenne manchotte dans une grosse doudoune.

Elle essaya de se rapprocher de la porte d’entrée l’air de rien et passa en revu les quelques noms d’interphone présent. La plupart n’était pas indiqué ou avait été arraché.

*Tout cela n’est pas très rassurant…*

Elle hésita à appuyer sur un interphone au hasard et sortir le premier nom d’association qui lui viendrait en tête : « Bonjour chuis de Notre Dame des ptits pauvres et je viens faire une quête ! » Mais à minuit passé, ça pourrait peut-être être bizarre.

A tout hasard elle essaya la poignée et s’aperçut que ce n’était pas fermé. Elle passa donc la porte pour entrer dans un hall d’immeuble pourri avec une lumière en panne. Mais ce n’était pas très grave car elle s’aperçut qu’elle y voyait très bien sans ça. La pupille de ses yeux s’était dilatée au maximum pour absorber au mieux la faible lumière filtrant d’en haut. L’iris habituellement couleur noisette avait envahi le blanc de ses yeux et était parsemé de pépites vertes.

Comme elle entendait vaguement du bruit en haut, elle monta discrètement les marches de l’escalier. Cela venait du deuxième étage, des fenêtres aux volets fermés se souvint-elle. L’homme de tout à l’heure s’y trouvait mais il n’était pas seul. Il y avait une odeur rance d’urine mélangée à la marijuana et aux vapeurs d’alcools. Une autre odeur aussi tout aussi forte, mais qu’elle n’arrivait pas à définir.

Elle eut un rire intérieur. Drogue, alcools, il ne manquait plus qu’une seule chose pour parachever le tableau et c’était sans doute ça : foutre.

Fronçant le nez, elle continua à s’approcher et tendit l’oreille. Normalement il aurait s’agit tout juste de sons assourdis par la porte, mais grâce à ses sens développés, elle était capable d’entendre presque nettement ce qu’ils disaient.

-Et 20 000, voilà. J’attends un nouveau chargement vendredi à l’aéroport, vous irais à la réception avec Alejandro.

-Et les keufs ?

-Comme d’hab. Et si les connards du quartier ouest viennent vous faire chier, on fera une descente chez eux leur rappeler qui commande. Avec les nouvelles kalach…

*Bon ok, petite Asuka, c’est le moment de se casser*

Elle commença à faire un pas sur la marche arrière, le cœur battant à tout rompre de peur d’être découverte, quand toutes les lumières de l’immeuble se coupèrent brusquement.

-PUTAIIIN LE DISJONCTEUR ! Braya un des types.

Ce cri fut suivi d’un autre qui s’apparentait plutôt à de la douleur. Il y eu des insultes, des bruits de combats, puis soudain un coup de fusil ou quelque chose dans le genre qui fit faire un bond à Asuka et la fit détaler jusqu’en bas.

D’autres coups raisonnèrent, la porte s’ouvrit en claquant et un des types sortit pour se précipiter lui aussi dans l’escalier, une arme dans la main.

Il bouscula Asuka qui n’avait pas encore franchit la porte et pointa son pistolet sur elle. Enfin sur plusieurs directions car contrairement à elle, il n’y voyait rien, il tira deux fois, complétement paniqué et la rata car elle n’était plus aussi haute qu’avant.

Dans sa frayeur, Asuka s’était retrouvée à quatre pattes, ses vêtements mélangés dans ses pattes couvertes d’une épaisse fourrure rousse tachetée.  

Encore maladroite et emmêlée, elle se tapa une nouvelle fois dans l’homme et celui-ci tira en poussant un cri. Il semblait effrayé comme s’il venait de voir un fantôme et récitait tout une série de mots dans une langue étrangère.

Il fut soudain coupé et aspiré dans l’obscurité. Il y eu un bruit de bagarre, puis un son sourd et une grosse masse tomba par terre. Asuka tremblait de tout son corps félin, elle n’arrivait pas à se dépêtrer, puis elle se calma soudain en sentant une odeur familière et en voyant Mimiko apparaitre des ténèbres, ses yeux jaunes reflétant la lumière, lui donnant une apparence un peu spectrale.

-Je t’avais dit de ne pas me suivre… La réprimanda-t-elle.

Asuka se contentât de lui répondre avec un miaulement piteux et la jeune fille vint l’aider à sortir de sa doudoune, de son écharpe, de son pull et de toutes les épaisseurs qu’elle avait enfilées afin de résister au froid.  

De cet amas de vêtement sortit finalement un fauve à la silhouette effilée, aux pattes musclées, la queue courte, un pelage magnifique décoré de points et de courbes, comme des peintures de guerre, et avec des oreilles pointues se terminant par des pinceaux de poils foncés.

-Asu, tu es devenu un magnifique lynx, lui apprit Mimiko alors que celle-ci se lustrait son pelage ébouriffé et tentait de se rassurer.  

La brune reprit un air sombre :

-Maintenant je veux que tu montes sur le toit et que tu m’y attendes, j’ai encore quelque chose à faire ici…

Asuka la regarda dégainer son téléphone portable, mais désireuse de quitter cet endroit glauque, elle appuya de ses pattes sur la poignée de la porte, vérifia qu’il n’y avait personne dans les entourages et sortit.

Les lieux lui apparaissait étrangement différent, mais ayant eu assez d’émotion forte, elle bondit de fenêtre en fenêtre pour rejoindre le toit.

/En sécurité/.

A suivre… 

toits

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