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Asuka et Arisa revenaient de leur cours de sport quand la première stoppa brutalement en passant au milieu des deux espaces couverts qui se trouvaient au milieu de la cour. Sur les tables de pique-nique placées en dessous, elle voyait nettement Isaka et Shinobu… AVEC quelqu’un qui n’aurait jamais dû se trouver là.

-Mais c’est Alec ! S’indigna-t-elle.

La blonde à côté d’elle jeta un regard par-dessus-elle :

-Ah oui. Il était déjà venu la dernière fois.

-Mais… Il est avec Isa et Shin !

En les voyant rigoler tous les trois ensembles, se penchant comme pour se raconter des confidences, on aurait dit qu’ils étaient de vieux amis de toujours. Observant de plus comment les deux filles le regardaient, Asuka ne pût s’empêcher de grogner.

Oui. Bon. Elle était jalouse. Et sans raison, honte à elle, car le roux n’avait jamais vraiment fait de signes ou dit quoique ce soit laissant à penser qu’il s’intéressait plus à elle qu’à n’importe quelle autre fille.

Mais elle était jalouse quand même. 

Elle se demanda quand l’idée qu’Alec ferait un petit ami acceptable s’était insinué sournoisement dans sa tête, mais il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre pourquoi : il était beau, il était gentil (un peu trop, et avec tout le monde, mais bon, passons), il aimait rire et c’était un changeur. DONC c’était le parti parfait pour quelqu’un dans sa situation. Mais il ne fallait pas se voiler la face : sous sa forme animal elle avait beau être un superbe lynx de compet, sous forme humaine elle n’avait franchement rien de plus qu’une autre humaine lambda. Pardon : une autre changeuse lambda.

Alors qu’Isa et Shin…

Elle ne pût s’empêcher de se porter vers eux et de se recoiffer machinalement, peine perdue car de toute façon après deux heures de sport (athlétisme, forcement), elle ne pouvait qu’avoir le teint rougeau et une coupe en pétard.  

-Eh ! Quelle surprise… ! Lança-t-elle en essayant d’y mettre autant de bonne humeur que possible.

Isaka et Shinobu ne firent pas cet effort et se renfrognèrent en faisant mine d’être soudainement très intéressées par leur agenda ou leur téléphone.  

-Salut Asuka ! Répondit Alec qui lui n’avait aucune raison de se sentir gêné. Salut Arisa !

-Salut, répondit la blonde. Quoi de neuf ?

-Oh, eh bien… A la fois rien d’intéressant et de très intéressant. Disons que je suis sur un projet passionnant. Ou plutôt NOUS sommes sur un projet passionnant.

-Ah oui ? Quoi donc ? Demanda Asuka.

-C’est un secret pour l’instant.

-Ah… Dis, on peut te parler un instant… SEUL…

Shinobu et Isaka la regardèrent avec indignation, mais Asuka ne pouvait décemment pas parler de ça devant elles. Grommelant intérieurement de ne pouvoir rien faire pour sauver leurs amitiés qui se dégradaient, elle tira Alec par un bras pour l’entrainer un peu plus loin avec Arisa :

-Mais enfin Alec, tu devrais éviter d’être aussi proche d’elles ! On n’a pas fait tous ces efforts moi et les filles afin éviter qu’elles soient contaminées pour que tu gâches tout !

-T’inquiètes, j’ai bien retenu la leçon : éviter tout contact de salive, sang ou sperme. Je ne vois pas pourquoi on devrait se priver de la compagnie de ceux qui ne sont pas comme nous.

-Oui, c’est ce qu’on se disait aussi, au début, railla Arisa. Avant que Naru et Asuka soient aussi contaminées.

-Mais ça n’a rien à voir, se défendit Alec, toi et Mio avaient étés mordus par des chiens contaminés, Naru s’est contaminée elle-même en barbouillant la griffure que lui avait faite Mio du sang d’un chasseur que ma sœur avait déjà bien mâchouillé –et donc contaminé – en tout cas d’après Kyogané, et toi Asu… Euh…

La jeune fille se détourna brusquement.

-Mieux vaut ne pas en parler, énonça t’elle sombrement.

-Bref, vous ne vous êtes jamais contaminées les unes les autres.

-Mais INDIRECTEMENT, si, répliqua Arisa. Notre seule présence à leurs côté à suffit. Les chiens qui ont agressés Mimiko étaient là parce qu’ils avaient senti MON odeur. Naru a été contaminée parce qu’elle a voulu rattraper une erreur de Mi et Asu a été attaquée par des changeurs qui avaient senti l’odeur de Naru. Donc ta seule présence pourrait causer du tort à Isaka et Shinobu même si ton animal ne s’est pas encore révélé…

Alec sembla contrarié par le discours de Arisa. Asuka posa une main sur son épaule et en profita pour la même occasion pour se griser de son parfum. Mélange de son odeur naturelle et d’un parfum, ou d’une eau de Cologne. Une odeur plus sensuelle que virile, très inhabituelle chez un garçon de cet âge.

-Tu t’inquiète à ce sujet ? Demanda-t-elle avec douceur.

-A quel sujet ?

-Ton animal.

-Non, pas vraiment, répondit-il après même pas trois secondes de réflexion.

Ce qui étonnait Asuka car cela avait été un énorme sujet d’inquiétude pour elle et pour Naru.

-Tu sais que tu pourrais devenir à peu près n’importe quoi ? Insista-t-elle.

-Je sais ce que je suis.

Il avait l’air si confiant qu’il en paraissait bête. Bah, tant pis pour lui s’il se transformait en tapir géant. Ca semblait bien lui ressembler de ne pas se faire du souci pour une chose qui était de toute façon déjà définie.

Devant son visage confus, Alec lui sourit et revint vers Isaka et Shinobu. Il se retourna vers elles à un moment :

-Tiens, tant que j’y pense ! J’aimerai avoir une photo de vous avec moi, pour rassurer ma mère. Elle ne me croit pas quand je lui dis que je me suis déjà fait plein d’amis !

-Pas de soucis.

-Ah mais l’appareil photo de mon portable craint, Risa, le tien est plutôt pas mal, non ?

La blonde haussa des épaules :

-Bah, il est pas fantastique non plus…

-Mais mieux que le mien, je peux te l’assurer. On peut prendre les photos avec ? Tu n’auras qu’à me les envoyer.

-Oui, ça pose pas de problème.

-Qu’est ce qu’on fait ? On pose tous les trois ? Demanda Asuka.

-Non d’abord moi avec chacune d’entre vous, puis tous ensembles ! Et des photos un peu sexy, c’est plus marrant ! Allez viens là Asu !

Arisa alla se placer devant eux pour prendre la photo pendant que les deux autres prenaient place.

-Tu me l’enverras aussi Risa ? Demanda Asuka en se laissant prendre dans les bras de l’adolescent, se prêtant fort volontiers au jeu.

-OK ! Alors souriez… Voilà c’est fait ! Je vous envoie ça !

-Super ! Répondit Alec en lâchant Asuka. Isa ! Tu veux bien prendre la suivante avec moi et Arisa ?

Isaka et Shinobu qui observaient jusque-là s’étonnèrent de la demande car Alec savait bien qu’elles boudaient les deux filles, mais devant le clin d’œil qui leur adressa discrètement, Isaka compris et voleta jusqu’à Arisa pour se faire expliquer le fonctionnement du téléphone.

Lui laissant l’appareil, Arisa alla rejoindre Alec qui lui tendait les bras d’un air chafouin.

-Allez, sexy Arisa !

-S’il le faut vraiment… Gémit-elle avant de s’exécuter, un poil hypocrite. 

-Voilaa ! C’est pris ! Annonça Isaka avec un grand sourire. Elle est géniale. Je te l’envoie Alec.

Pendant que celui-ci réunissait Arisa et Asuka sous prétexte de trouver une pose de groupe, Isaka envoya aussi la photo à quelqu’un d’autre. Suivi d’un texto en plus, pour faire bonne figure. Shinobu derrière elle se retint de ricaner.

Alec était vraiment trop fort.

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-C’est donc ainsi qu’on calcule les variables de…

Kyo se retint de se cogner la tête contre sa table. Si on lui avait dit que ces cours de gestion financière étaient en fait des cours de maths déguisés, il y aurait réfléchis à deux fois avant de prendre cette option.

Mais de toute façon, il n’avait pas d’autres choix, dixit Maître Robert, que de suivre sa section de gestion d’entreprise dans ce lycée professionnel s’il voulait un jour ouvrir son propre dojo. La bonne blague.

C’était comme ce formulaire pour les études supérieures qu’on leur avait distribués. En ce moment, il ne savait pas quoi faire au sujet de son avenir. Rien que ce mot « avenir » lui fichait des frissons d’angoisse. 

Déjà ce serait bien beau qu’il finisse sa terminale. Après…

Devrait-il rentrer ? C’est ce qu’exigerait sans doute sa famille. Sa meute.

Mais il y avait aussi la possibilité de continuer le sports/études avec la section STAPS à l’Université Paul Sabatier. S’il restait ici évidemment. Si on lui en donnait l’autorisation.

Mais pourquoi faire ? On lui ordonnerait de toute façon de rentrer après pour exercer dans le dojo familial.

Cet encart en France, ça ne devait être qu’une respiration. On le lui avait permis pour ça après tout… 

Il fut coupé de ses pensées sombres par le vibreur de son portable. Le sortant discrètement de sa poche, il fut surpris de découvrir un message d’Arisa. Cela faisait un moment qu’elle avait renoncé à lui envoyer quoique ce soit pourtant…

Bien qu’il ne lui ait jamais répondu, il avait lu chaque message, sms ou répondeur qu’il avait reçu. Ainsi il fit de même et ouvrit le mms.

Son portable fit un bruit inquiétant quand il resserra inconsciemment les doigts dessus, menaçant de le réduire en morceau.

Là, sur le petit écran, il y avait une photo d’Arisa qui semblait à deux doigt d’embrasser un garçon inconnu. Et écrit dessous : « Comme promis je te l’envoie. Pleins de bisoux, je t’aime. ».

Aussitôt après, un deuxième texto arriva et il s’empressa de l’ouvrir, découvrant cette fois-ci un « Oups, désolé, c’était pas pour toi, je l’ai envoyé à la mauvaise personne. Bonne journée ! ».

Kyo était purement estomaqué, et il remit la photo, dévisageant cet espèce d’olibrius roux qui était avec elle. Mince, il ressemblait à un acteur américain en plus, même s’il avait l’air un peu con.

Il jeta son téléphone dans son sac, dégouté, et se raccrocha à sa table en essayant de se calmer et de ne pas y penser. Peine perdu et dans un craquement sonore, la plaque de bois qu’il crispait dans ses mains se fendit en deux. Tous les élèves se retournèrent vers lui pour voir les deux pans de son bureau s’effondrer par le milieu, formant un espèce de M.

-MONSIEUR SOMA !!! S’indigna le professeur en remontant ses lunettes sur son nez, n’en croyant pas ses yeux.

-Grummlemle… Sont pas solide vos tables… Maugréa-t-il avant d’attraper son manteau et son sac pour sortir précipitamment de cours.

***

Lorsque le ciel s’obscurcit au-dessus du lycée VH, Alec décida de rentrer à Toulouse. Se faufilant au milieu des lycéens qui finissaient leur journée de cours, il se dirigea en direction de la sortie.

C’est par hasard, alors qu’il n’y pensait même pas, qu’il tomba nez à nez avec Umiko.

Elle ne ressemblait plus du tout à la petite fille qu’il avait connu, celle que lui et Mimiko appelaient « la sauterelle » à cause de ses membres longilignes. Elle avait commencé à mettre des formes là où il le fallait et semblait avoir arrêté de grandir comme une pousse de haricot. Habillée d’un duffle coat carmin, d’un baggy, de mitaines en résille noire ornant ses mains et de tennis à la mode, elle était entourée de plusieurs amies assez pareillement vêtues.

Elle se figea brutalement en le voyant, perdant une partie des quelques couleurs qui lui restaient en hiver.

-Umi… Commençant Alec avant de se prendre en pleine face son regard haineux et assassin.

-Qu’est ce que… Qu’est ce que tu fais là ?! Personne ne veut de toi ici ! Rentre chez toi !

Tout ce qu’aurait pût dire Alec lui resta coincé au fond de la gorge alors que l’adolescente et son groupe passaient à côté de lui.

-Mais… Tu es ma sœur… Réussit-il à murmurer.

-Non. J’ai pas de frère, j’ai qu’une sœur. Toi, tu n’existes pas, asséna-t-elle sans le regarder.

Elle le laissa derrière lui et Alec ne fit rien pour la rattraper, la tête baissée vers le sol.

Mais…Lui, il n’y était pour rien…

Qu’est-ce qu’il pouvait bien y faire ?

***