**

Arisa tapotait machinalement son cahier du bout de son stylo. Malgrès l’urgence d’un devoir à rendre demain le livre d’histoire grand ouvert devant elle n’arrivait pas à l’inspirer.

Le CDI tout autour d’elle était envahie d’une ambiance studieuse faite d’une douce chaleur, de bruit de pages tournées et du frottement des mines sur le papier.

Dehors la nuit était presque tombée et tous les élèves s’empressaient de rentrer chez eux pour échapper au froid.

*Il faut te secouer.* Songea t’elle en regardant sa montre. 17H30. Le CDI fermait dans trente minutes.

Ses yeux s’attardèrent sur son téléphone.

*Il ne t’appellera pas. *

Il avait eu tout le temps du monde pour le faire alors il fallait qu’elle se fasse une raison. Au début elle avait vu Kyo uniquement comme un potentiel ami, mais la réalité l’avait frappé quand sous l’effet de ses hormones il y avait à peine trois semaines, elle avait délibérément pensé à lui.

Elle avait sous le nez l’odeur d’Alec, la possibilité qu’il finisse par venir, mais non, elle avait voulu Kyo.

Kyo et ses airs sérieux, Kyo et sa gentillesse bourrue et maladroite. Kyo et le contraste de ses mouvements secs et précis au karaté et ceux de ses doigts, souples et agiles sur les cordes d’une guitare.

Arisa passa une main sur ses yeux, cachant la vague de chagrin qui l’assaillait, partant de la gorge jusqu’à ses yeux.

Elle était amoureuse de lui.

Pourquoi fallait-il qu’elle ne s’en rende compte, apprenne ce sentiment, que lorsqu’elle se résignait à y renoncer ?

Et comment les quelques misérables heures qu’elle avait passée en sa compagnie pouvaient-elles provoquer un tel un raz de marée émotionnel ?

Reniflant pour renvoyer tout ce sentiment de tristesse au plus profond d’elle, elle attrapa le téléphone et fit passer la liste de ses contacts jusqu’à celui de Kyo. Appuyant sur les touches correspondantes, elle fit défiler les options.

« Voulez-vous effacer ce contact ? » Demanda le téléphone.

Arisa fit voler le curseur de oui à non avant de se lancer. Voilà qu’elle ne serait plus tentée de lui dire quoique ce soit. Voilà qu’elle ne fixerait plus son téléphone dans l’attente de voir le nom aimé y apparaitre.

Elle tournait une page, bien que celle-ci était invisible et ne faisait aucun bruit.

Trop abattue pour se concentrer, elle décida d’avoir une mauvaise note et rangea ses affaires.

En cet instant, elle avait bien besoin de la chaleur de ses proches. Elle ne leur dirait rien, bien entendu, mais peut être que s’insinuer dans leur insouciance lui ferait oublier sa peau glacée et le poignard qui fouaillait dans son cœur.

Emmitouflée dans son manteau elle prit le chemin de la sortie du lycée, quand une odeur la stoppa net. Il y avait celle d’Alec qui était surement venu trainer une nouvelle fois avec Isa et Shin, mais surtout il y en avait une autre qui faisait naitre des souvenirs à la louve et fit bondir son cœur.

Le poignard était toujours là, mais c’était comme si à la place de se contenter de limiter sa douleur, son organe s’était gonflé et envoyait de grandes quantité de sang chaud à l’intérieur de son corps.

Excitée, elle courut vers la cours du lycée, son sac ballotant dans son dos. Dans sa tête un flot de questions se déversaient mais sa course l’empêchait d’y réfléchir et de leur trouver une réponse raisonnable.

Sortie dehors, dans la nuit installée, elle s’immobilisa un instant.

En cherchant à découvrir d’où venait l’odeur, celle du sang s’était ajouté au cocktail explosif et un frisson parcouru son échine. Tous les éléments en présence lui firent comprendre que quelque chose de grave se passait et pendant un bref moment, elle resta immobile, n’osant plus bouger. Il fallait dire que depuis qu’elle était changeuse, elle sentait beaucoup plus de choses qu’avant et elle avait fini par comprendre que les émotions avaient eux aussi leurs odeurs. Et ce qu’elle sentait, c’est de la colère et de la rage. Et de la testostérone. Beaucoup de testostérone. Son instinct lui criait de ne pas approcher d’un combat opposant deux mâles.

*Oui mais il y a du sang… Ca pourrait être aussi bien Alec que Kyo…*

Secouant sa tête pour se réveiller, elle se mordit la lèvre inferieur fort et se força à parcourir l’espace qui la séparait du combat.

Qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir en tout premier lieu Shinobu, penchée sur Isaka qui était étendue à terre, comme endormie. Arisa déglutit difficilement en se rendant compte que l’odeur de sang venait en réalité des deux filles.

-Shin ? Demanda-t-elle avec hésitation.

La blonde tourna doucement la tête, dévoilant ses yeux grands ouvert, dilatés et son maquillage qui avait coulé en même temps que ses larmes. 

Elle chercha à dire quelque chose en voyant son visage familier, mais au même moment une grande ombre fut projetée pas loin d’elles sur un ensemble de barrière de sport qui s’écroula dans un bruit métallique et tout ce que pût faire Shinobu c’est couiner d’horreur en se protégeant la tête de ses mains. 

L’ombre tenta de se relever, flageolante sur ses pattes. C’était Alec. Ou plutôt Alec sous la forme d’un félin élancé qui ressemblait beaucoup à la panthère de Mimiko, sauf qu’il était roux et tacheté.

Il était mal en point : une de ses oreilles était ouverte et des marques de griffes marquaient son corps racé.

Arisa et lui tournèrent la tête au même moment pour apercevoir la forme massive qui se détachait de l’obscurité.

Kyo.

Arisa avait toujours su qu’il était un félin, mais elle n’avait jamais pu déterminer de quelle genre de chat il s’agissait. A présent elle se disait qu’il n’aurait pas pût en être autrement et se demanda si c’était ce que ressentait toutes les personnes qui découvraient la forme animale d’un changeur.

Le cougar approchait d’une démarche chaloupée, tranquille. A part une légère estafilade sur la tempe, il semblait encore intact, confiant et en fait, diablement sexy. Arisa rougit, en partie à cause de l’étrange fourmillement qu’elle sentait dans sa cage thoracique et parce qu’elle se demandait comment on pouvait trouver un animal « sexy » ?

Génial, être changeuse l’avait rendue à moitié zoophile.

Mais surtout, malgré le fait que ses amies à côté semblaient complètement traumatisées et Alec à moitié mort, elle était tout simplement heureuse. Voir Kyo, même sous forme de lion des montagnes avait complétement chassé tous ses soucis.

Il était là, tout allait bien.

Leurs regards se croisèrent un instant, expressifs, mais vite les yeux mordorés se tournèrent vers Alec qui tentait toujours de se remettre sur ses quatre pattes.

Kyo rugit de défi et Arisa reprit un instant le contrôle de son cerveau.

S’il continuait, il allait mettre Alec en miettes.

Elle s’interposa donc entre les deux animaux, sachant que ce qu’elle faisait était très stupide. Elle tenta à nouveau de capter l’attention du félin roux sur ses yeux :

-Kyo… Arrête s’il te plait… C’est bon, tu l’as vaincu… Tout va bien… Tu sais très bien qu’il ne sait pas ce qu’il fait, c’est la première fois qu’il se transforme et… Psalmodiait-t-elle d’une voix suppliante. 

Le puma dansa sur ses pattes, allant tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite, tout en lui feulant dessus, lui demandant apparemment de jerter vite fait bien fait de son passage. Puis son visage se relâcha et peu à peu la tension dans l’air s’apaisa.

Alec dû le sentir aussi, car à bout de force il se laissa retomber, inspirant de large goulée d’air.

Kyo s’approcha de la jeune fille qui le regardait toujours, l’inquiétude laissant place à l’adoration dans ses yeux. Il vint lécher doucement ses doigts, comme pour s’excuser et la rassurer. Arisa n’y tenant plus se laissa tomber à genoux et enserra la tête du fauve de ses bras, enfouissant son visage dans son court pelage.

Elle se mit à pleurer doucement, même si elle ne comprenait pas la raison de ses larmes, elle qui n’était pas vraiment sentimentale. 

Son corps, son âme, tout son être était soulagé grâce à la seule présence du jeune homme.

Sans qu’elle s’en rende compte, la fourrure devint peau et elle sentit la main de Kyo dans ses cheveux, ses lèvres sur son front.

Puis, lentement, elle écarta sa tête du cou qu’elle serrait et détailla le visage de son vis-à-vis. Il n’avait plus du tout l’air grognon ou insensible, ses traits étaient très doux et il la regardait avec tendresse. En voyant les sillons mouillés sur ses joues son sourire s’étira, douloureux, et il essuya les larmes en y passant le pouce.

-Désolé, je t’ai fait pleurer.

Arisa ne trouva rien à dire, elle se contenta de faire un signe de dénégation de la tête, ne pouvant s’empêcher de sourire de gêne et retenant de peu les rires qui se précipitaient à ses lèvres.

Ils restèrent un long moment immobile à se régaler de leurs seules présences, oublieux de tout le reste.

Pourtant le reste de l’univers s’empressa de se rappeler à eux par les halètements de Shinobu qui tentaient de reculer mais qui n’arrivaient pas à contrôler ses jambes et trébuchait à chaque pas.

Elle les regardait tous les deux avec horreur tout en serrant contre elle ses mains ensanglantée.

-Vous… Vous…

-Shinobu… L’appela Arisa en se relevant, s’apercevant alors en partie que parce qu’il s’était transformé, Kyo était entièrement nu.

Celui-ci sembla le remarquer aussi et plongea vers ses vêtements pour s’habiller en vitesse.

Arisa essaya alors d’approcher la jeune fille blonde avec douceur, comme s’il s’agissait d’un animal blessé et effrayé.

-Shin… Tout va bien… Tout va…

La blonde se rencogna contre le mur du gymnase en la voyant approcher, puis, alors qu’Arisa faisait un pas de plus dans sa direction, elle poussa un long cri perçant.

Arisa se rejeta en arrière, surprise et choquée de lire la peur panique sur le visage de Shinobu. Celle-ci la regardait comme elle aurait fixé un monstre.

Kyo la prit par le bras et la secoua un peu :

-Faut pas qu’on reste là, elle va ameuter tout le monde.

-Mais…

-Prends la brunette, je m’occupe d’Alec.

Arisa s’arracha avec douleur de la vue de Shinobu et courut prendre Isaka dans ses bras, étrangement légère et fluette. De tous, elle était celle qui avait le visage le plus paisible, comme si elle dormait au creux d’un lit bien douillet.

Elle suivit Kyo qui avait balancé la panthère sur ses épaules et se laissa absorber par les ténèbres.

Sa vie serait peut être ainsi dorénavant car il était presque sure que Shinobu raconterait tout ce qu’elle avait vu.

***

Un grand rassemblement se prépara à l’appartement d’Alec.

C’était là-bas qu’ils s’étaient réfugiés après qu’Arisa ait appelé Kyogané. Le docteur n’avait pas eu d’autres choix que de quitter son poste à l’hôpital pour soigner Alec et Isaka, et entendant toute l’histoire, il leur avait conseillé de réunir tout le monde.

Arisa resta un instant avec Kyogané, observant les trombes de pluie qui tombait dehors jusqu’à ce qu’il lui assure que les deux blessés se remettraient. Alec ne devrait pas quitter sa forme animale pendant au moins deux semaines, le temps que ses plaies se referment et Isaka avait surtout besoin de repos. Ils placèrent la jeune fille dans le grand lit d’Alec afin qu’elle reste au calme et ne soit pas dérangée par les discussions qui auraient lieu dans le salon.

Pendant ce temps Kyo était parti se doucher et Arisa attendit sagement que l’eau cesse de couler et que le jeune homme puisse se sécher et s’habiller pour toquer à la porte.

Il lui ouvrit presque aussitôt et elle se faufila à l’intérieur de la salle embrumée pour parler tranquillement avec lui. Elle s’assit sur le rebord de la baignoire en croisant et décroisant ses mains, cherchant par où commencer, tandis qu’il s’appuyait au lavabo.

-Isa et Alec iront bien, lui annonça t’elle finalement.

-Je suis content de le savoir.

-Mais… Enfin je me demandais comment Isaka a fait pour se faire mordre ainsi ? Et… euh…

-Qui ? Fit à sa place Kyo pour la soulager d’avoir à poser cette question. Moi. Elle s’est placée devant Alec pour le protéger alors que j’étais déjà en plein saut. Je n’ai pas réussi à dévier ma trajectoire.

-Qu’est-ce qu’elles faisaient là ? 

-Elles n’auraient pas dû être là. Alec n’a pas réussi à s’imposer de toute évidence…

-On l’avait pourtant prévenu… Le maudit Arisa en passant une main dans ses cheveux. S’il ne s’était pas rapproché d’elles ça ne serait pas arrivé et on ne serait pas dans cette situation de merde !

Kyo la dévisagea d’un air curieux et quand elle s’en aperçut elle lui en demanda la raison.

-Tu ne sors pas avec Alec, hein ?

-Non, absolument pas, pourquoi ?

Le roux sortit son téléphone et lui mit le mms qu’il avait reçu sous les yeux. Arisa le regarda d’un air d’abord éberlué, puis furieux.

-Mais… Je ne t’ai jamais envoyé ça ! Et le texto qui suis non plus !

Kyo poussa un discret soupir de soulagement tandis qu’Arisa s’indignait et se sentit un peu idiot de n’avoir pas fait confiance à ses sens de changeurs.

-Oh, je sais… Han les enfoirés… Ils se sont servis de mon téléphone pour t’envoyer cette photo. Sois disant que c’était pour envoyer à sa mère. Sa mère ! Tu parles ! J’arrive pas à croire qu’il m’ait menti comme ça.

-Ce n’est pas grave, tenta de la calmer Kyo qui pouvait à présent se montrer bon prince, il a dû agir avec de bonnes intentions.

-Non, mais non, ya pas de raison. Il avait pas le droit de faire ça, répliqua d’un ton buté la blonde.

-Tu es toujours aussi à cheval sur tes principes ? Demanda Kyo qui riait, le cœur léger. S’il n’avait pas fait ça, je ne serais pas là en ce moment.

Arisa se détendit un peu et prit sa main du bout des doigts.

-Explique moi, demanda t’elle et il comprit qu’elle voulait parler de son silence.

Il attira sa main dans sa paume et s’accroupit à côté d’elle.

Ils entendirent tous deux la porte d’entrée s’ouvrir pour laisser entrer Mimiko, Asuka et Naru mais n’y firent pas attention.

-J’étais persuadé que ce n’était pas une bonne idée. Persuadé que tu ne me voyais que comme un potentiel ami. Tu sais, ça ne marche pas très bien l’amitié entre changeurs des deux sexes tant qu’ils n’ont pas chacun un compagnon.

-Tu as raison. Ça ne marche pas du tout, l’approuva-t-elle avec un petit rire nerveux.

-Et j’ai été… récemment blessé par quelqu’un que j’aimais beaucoup. Elle, elle ne me voyait vraiment que comme un ami. Je ne voulais pas ressentir ce sentiment à nouveau.

-Je ne savais pas…

-C’est normal. La seule personne qui me connait dans cette ville c’est Kyogané et lui-même ne connait pas toute l’histoire. C’est… Compliqué. Un jour je te raconterais peut être toute l’histoire, mais pour l’instant, si ça ne te dérange pas…

-T’inquiète, j’ai pas à savoir tout de toi. Ce serait bizarre. C’est que le début après tout …Non ?

-Tu veux bien sortir avec moi ? Se lança précipitamment Kyo en songeant qu’il n’y aurait pas de meilleur moment pour le lui demander.

-Sérieusement, tu crois que j’enlace tous les fauves qui passent devant moi ? Le taquina Arisa. Et que je tiens souvent des réunions avec des garçons dans les salles de bain ?

Il haussa les épaules, l’air de dire qu’il n’en savait rien.

-J’imagine que je dois prendre ça pour un assentiment ? Demanda-t-il.

-Plutôt, oui. Et pour ta gouverne je ne tiens PAS de réunion avec des garçons dans les salles de bain.

Kyo leva les yeux au ciel et se pencha vers elle. Arisa l’arrêta cependant en levant le doigt :

-Mais, et pour la meute ? Je croyais que tu ne voulais pas en faire partie ?

-J’ai changé d’avis, grommela Kyo un peu agacé. Maintenant tais-toi et laisse-moi t’embrasser d’accord ?

Il ne laissa pas à Arisa le temps de répondre et posa ses lèvres sur les siennes.

En plus de son cœur qui battait la chamade, Arisa se sentit soudain enveloppée par une couverture chaude. Une immense couverture qui ne faisait pas que la couvrir, car elle sentait aussi Kyo dans cette chaleur, ainsi que Asuka, Mimiko et Naru, et même Alec et le docteur Aoba. Ils étaient tous ensemble et elle était capable de sentir les principales humeurs du Clan.

De la Meute.

Kyo s’écarta d’elle et elle papillonna des yeux, un peu ivre par ce qu’elle ressentait :

-Le doc avait raison : on ne savait pas ce que c’était « être une meute ».

-Tu sens notre lien à tous les deux ? Demanda Kyo en posant son front contre le sien et Arisa ferma à nouveau les yeux.

Elle inspira profondément, calme et sereine et se laissa porter le long du courant qui les attirait comme des aimants.

-Ca veut dire que je suis ton compagnon.

**

Arisa n’était pas la seule à avoir sentie l’étrange connexion qui les liait tous. Dans le salon, Asuka, Naru et Mimiko se jetaient des regards remplis de perplexité. Elles sentaient vaguement qu’Arisa était particulièrement heureuse, tout comme elles sentaient la douleur qu’éprouvait Alec.

Kyogané restait silencieux sur une chaise de la cuisine, refusant de leur dire quoique ce soit.

Finalement Kyo et Arisa sortirent du couloir, main dans la main et un début d’explication commença à se former. L’ambiance se calma et les changeurs se détendirent naturellement.

Kyo lâcha la main d’Arisa et se porta au-devant du groupe, l’air décidé :

-Meute de Bouconne, je suis votre alpha.

Cette déclaration fut suivie d’une impression de soulagement commun et de sécurité. Cela ne dura cependant qu’une fraction de minute car aussitôt le lien se craquela par un côté et les connexions se délitèrent :

-NOOON !!! Hurla Mimiko depuis le canapé d’où elle soutenait la tête du léopard.

Kyo sentit la jeune fille échapper de force du réseau et tenta de la ramener, mais il se heurta à une résistance et une instabilité qu’il n’avait pas du tout prévu.

-Si. J’ai vaincu Alec, le seul mâle dominant de la meute, je suis donc légitimement l’alpha.

-Je refuse…. Je refuse de laisser mon destin dans les mains d’une brute incapable de se contrôler.

L’insulte fit tiquer Kyo et il gronda. Mimiko ne se laissa pas impressionner et répondit de la même façon, protégeant de son corps son frère.

-Mi… Gémit Naru en la suppliant du regard, mais sans grand résultat.

Asuka réserva son avis, passant du léopard couvert de bandage à Kyo. Si elle s’était sentie ravie d’avoir un alpha, elle n’en était pas moins mécontente de l’état de ce pauvre Alec…

Arisa voyait quant à elle les choses différemment et vint se placer devant Kyo, furieuse :

-Alec n’a eu que ce qu’il méritait ! C’est à cause de lui qu’Isaka va se transformer et que Shinobu a découvert ce qu’on était et risque de nous dénoncer !

-A cause de lui ?!? S’étrangla Mimiko. Est-ce Alec qui a eu l’idée de ce combat ? Est-ce lui qui a porté le premier coup ? Est-ce lui qui a mordu Isaka ? Non, je ne crois pas ! C’est la présence de Kyo qui a provoqué tout ça alors excuse-moi de ne pas danser joyeusement en battant le rappel !

-Et qui a fait croire à Kyo qu’il sortait avec moi ?!? Qui l’a poussé à venir le défier, hein ?! Hurla en réponse Arisa.

-Ah parce qu’un simple mensonge méritait une mise à mort ?! Alec ne fait pas toujours des choses intelligentes mais n’importe quelle personne saine d’esprit aurait compris qu’il ne s’agissait que d’une blague et aurait passé son chemin !

-Insinues tu que Kyo n’est pas sain d’esprit ?

-Je n’insinue rien, j’affirme !

-Comme si ton frère était mieux !

Les deux jeunes filles se défiaient du regard, furieuses l’une de l’autre. Les yeux de Mimiko étaient devenues jaune, les pupilles rondes remplie de violence et Kyo attrapa intuitivement Arisa par l’épaule pour la placer derrière lui.  

Mimiko était en l’état incontrôlable, il ne pouvait rien faire pour le moment pour la ramener dans le lien et combler le fossé qu’elle y avait créé, fragilisant toute la structure.

Quand il l’avait rencontré il ne s’était pas aperçu qu’elle faisait partie des « poids lourds » et surtout qu’elle souffrait apparemment de dissociation. Il n’y avait rien de plus dangereux qu’un changeur incapable de contrôler ses actes sous forme animal et il s’étonnait que Kyogané ne lui en ait pas parlé.  

Il espérait ne pas avoir à la combattre car ça ne lui disait rien du tout. Les mâles ne se battaient pas avec les femelles, ça ne servait à rien. Il fallait dire qu’elles étaient rare les femelles carnivore poids lourd, même si certain aimaient s’en entourer…

-Calmez-vous ! Tenta Kyogané. Nous avons des soucis plus urgents à régler…

-PARTEZ ! Grogna Mimiko en réponse. PARTEZ TOUS D’ICI !!!

-Mais…

-PARRRTEEEZZZZZ !!!!

Et ce fut plus un feulement qu’un cri.

Naru hoqueta de peur et s’empressa de rejoindre Kyogané devant la porte d’entrée. Arisa fulminait derrière Kyo, mais celui-ci la poussa vers la sortie par sécurité :

-Laissons la toute seule, ça vaut mieux pour le moment.

Asuka resta un instant sur le seuil, hésitant à partir. Elle souffrait de voir le frère et la sœur ainsi.

-Je… Je pense que tu n’as pas tout as fait tort Mi, mais… malgré tout ce serait bien de former une vraie meute… Réfléchis-y, s’il te plait.

Mimiko ne répondit pas et Asuka tourna les talons.

Le silence envahit l’appartement.

**

-Reprenons si vous voulez bien mademoiselle Fielder… Le sang sur vos vêtements…

-C’est celui d’Isaka.

Le policier tapota sur le clavier de son ordinateur et la jeune fille blonde regarda le mouvement de ses doigts agiles.

-Votre amie qui a été enlevée par… un espèce de loup garou ?

-Non, ce n’était pas un loup, je vous l’ai dit, il y avait deux félins ! 

-Hum… Oui. Et vous pouvez me rappeler le nom de ces « personnes » ?

-« Kyo », Alec et Arisa Ferteau.

 

A suivre… 

leopard-04